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Comment ?

Appeler le palais ? Heinrich avait sans doute dit vrai, et on lui repasserait, sinon Heinrich, du moins le gradé S.S. qui aurait pris sa place. Après tout, pourquoi pas ? Ils seraient surpris de recevoir un coup de fil d’un homme pour l’arrestation duquel ils venaient d’envoyer deux escadrons. Peut-être parviendrait-il à se frayer un chemin jusqu’à leur chef, le commandant machin-chose, ce type au visage de furet bien nourri – ah oui, Twitchell. Le commandant en chef des S.S. aurait certainement accès au grand patron.

Mauvais. Inutile de perdre du temps à expliquer à un homme qui croit en la suprématie des armes qu’on possède mieux. Twitchell enverrait hommes et armes jusqu’à ce qu’il ait épuisé ses dernières réserves plutôt que d’admettre qu’il était impuissant à arrêter un homme dont on savait où il se trouvait.

Quand on ne peut pas entrer par la grande porte, on essaie la porte de service – c’est de la politique élémentaire. Ben l’aurait sûrement tiré d’affaire.

Mais c’était précisément l’absence de Ben qui était la cause de tout ce rodéo. À qui s’adresser alors ?

Nom d’une pipe ! Dire qu’il était au bout du fil il y a cinq minutes. Il redemanda Tom Mackenzie ; il dut passer par trois couches de « climénoles » mais heureusement on le connaissait. Sur ces entrefaites, les autres arrivèrent. Myriam lui écrivit sur un bloc : « Portes et fenêtres verrouillées. »

Jubal fit un signe d’assentiment et écrivit en dessous : « Larry – bouton d’alarme ? » puis se tourna vers l’écran. « Désolé de vous déranger de nouveau, Tom.

— C’est un plaisir, Jubal.

— Tom, comment feriez-vous si vous vouliez parler au secrétaire général Douglas ?

— Hein ? J’appellerais son secrétaire de presse, Jim Sanforth. Je ne parlerais même pas à Douglas : Jim se chargerait de tout.

— Mais si vous teniez à avoir Douglas en personne ?

— Je demanderais à Jim d’arranger ça. Mais il serait plus rapide d’exposer mon problème à Jim. Vous comprenez, Jubal, notre réseau est utile à l’administration – et ils le savent. Mais nous préférons ne pas trop tirer sur la ficelle.

— Mais si vous aviez absolument besoin de parler à Douglas, dans les dix minutes ? »

Mackenzie leva les sourcils. « Dans ce cas, j’expliquerais à Jim la raison…

— Non.

— Soyez raisonnable, Jubal.

— C’est justement ce que je ne peux pas être. Supposez que vous ayez surpris Sanforth la main dans le tiroir-caisse ; vous ne pourriez pas lui dire de quoi il s’agit. Il faudrait que vous parliez à Douglas lui-même. »

Mackenzie poussa un soupir. « Dans ce cas, je dirais à Jim que j’ai besoin de parler au patron – et que s’il refuse, mon réseau retirerait son soutien au gouvernement.

— D’accord, Tom – faites-le.

— Quoi ?

— Appelez le palais sur un autre appareil et branchez-moi dès que vous l’aurez. Il faut que je parle immédiatement au secrétaire général ! »

Mackenzie prit un air peiné « Jubal, mon ami…

— Cela veut dire que vous refusez.

— Cela veut dire que je ne peux pas. Vous avez rêvé d’une situation hypothétique dans laquelle le – excusez-moi – dirigeant d’un réseau stéréo mondial pouvait parler au secrétaire général. Je pourrais peut-être y parvenir, à la rigueur, mais le faire au nom de quelqu’un d’autre, non. Écoutez-moi, Jubal. J’ai beaucoup de respect pour vous. Nous détesterions vous perdre et nous sommes désagréablement conscients du fait qu’aucun contrat ne vous lie à nous. Mais je ne peux pas. On ne téléphone au chef du gouvernement mondial que s’il veut vous parler.

— Et si je vous signais un contrat d’exclusivité de sept ans ? »

À voir Mackenzie, on aurait cru qu’il avait une rage de dents. « Je ne pourrais toujours pas. Je perdrais mon travail – et vous seriez obligé d’honorer le contrat. »

Jubal pensa un moment à lui montrer Mike. Mais la chaîne de Mackenzie avait retransmis les programmes avec le faux Homme de Mars. Ou bien Mackenzie était dans le coup, ou bien, ce que Harshaw croyait, il était honnête et refuserait de croire qu’il s’était laissé prendre à une supercherie. « N’en parlons plus, Tom. Mais vous connaissez bien le gouvernement. Qui appelle Douglas quand il en a envie ? À part Sanforth, bien sûr.

— Personne.

— Enfin voyons, personne ne vit dans un vide ! Il doit y avoir des gens qui peuvent l’obtenir sans se faire rabrouer par des secrétaires.

— Les membres de son cabinet peut-être. Et encore pas tous.

— Je n’en connais aucun. Mais à part les politiciens. Qui peut l’appeler sur une ligne privée pour l’inviter à faire une partie de poker ?

— Vous n’êtes pas exigeant… Voyons. Il y a Jake Allenby.

— Nous nous sommes rencontrés. Il ne m’aime pas. Je ne l’aime pas. Il le sait.

— Douglas a peu d’amis intimes. Sa femme décourage… Dites-donc, Jubal, que pensez-vous de l’astrologie ?

— Je préfère le cognac.

— C’est une question de goût. Oui… Écoutez-moi bien, Jubal : si jamais vous laissez entendre que je vous ai parlé de cela, je vous tords le cou.

— Enregistré. Je vous écoute.

— Eh bien, Agnès Douglas préfère l’astrologie… et je sais où elle se fournit. Son astrologue peut l’appeler à n’importe quel moment – et, croyez-moi, Mrs. Douglas se fait écouter du secrétaire général. Vous pouvez appeler son astrologue… ensuite, à vous de jouer.

— Je ne pense pas avoir d’astrologue dans mon carnet… comment s’appelle-t-il ?

— Elle. Elle s’appelle Alexandra Vesant, de Washington. Cela s’écrit V, E, S, A, N, T.

— Tom, dit Jubal, tout joyeux, vous m’avez rendu un grand service !

— Je l’espère. Rien pour moi ?

— Un moment. » Il regarda le papier que Myriam lui tendait, et lut : Larry dit que l’émetteur n’émet plus – il ne sait pas pourquoi. Jubal continua : « Le reportage promis n’a pas eu lieu à cause d’une panne d’émetteur. »

— Je vous envoie quelqu’un.

— Merci. Merci deux fois. »

Jubal appela ensuite Washington, demandant à l’opératrice de brouiller la communication si le numéro destinataire était équipé pour cela. Il ne fut pas surpris d’apprendre que tel était le cas. Peu après, Mme Alexandra Vesant, très digne, apparut sur l’écran. Jubal lui sourit : « Hello, Rube ! »

Elle parut d’abord surprise, puis son visage s’éclaira.

« Mais c’est cette vieille canaille de doc Harshaw ! Dieu, que ça fait du bien de vous voir ! Où donc vous cachiez-vous ?

— Exactement, Becky – je me cache. Ils en veulent à ma peau.

— Que puis-je faire pour vous aider ? Vous avez besoin d’argent ?

— J’en ai plus qu’il ne m’en faut, Becky. Non, c’est bien plus grave que cela – et personne ne peut m’aider, sauf le secrétaire général. Il faut que je lui parle – et sans perdre un instant. »

Elle resta sans expression. « C’est beaucoup demander, doc.

— Je sais, Becky. J’ai essayé de le joindre… pas moyen. Mais ne vous en mêlez pas, ma bonne Becky… parole, je suis dangereux. J’espérais que vous pourriez peut-être me donner un conseil… un numéro où je pourrais l’atteindre. Mais je ne veux pas que vous soyez impliquée. Il vous arriverait du mal, et je n’oserais plus jamais regarder le professeur dans les yeux – paix soit à son âme.