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— J’ignore tout de ce mandat, docteur.

— De ces mandats. Il a dit « des mandats pour plusieurs arrestations ». Peut-être « lettres de cachet » serait-il un terme plus approprié.

— C’est une grave accusation.

— La situation est grave.

— Docteur, je vous l’ai dit, j’ignore tout de ces mandats, s’ils existent vraiment. Mais je vous assure en mon nom personnel que je vais sans tarder faire rechercher où et par qui ils ont été délivrés, et agir selon ce que l’équité exigera. Puis-je en dire davantage ?

— Vous pouvez en dire bien davantage. Je peux facilement reconstituer la façon dont ces mandats ont été délivrés. Dans un excès de zèle, un membre de vos services les a fait rédiger par un juge docile… afin de se saisir de ma personne et de celle de mes hôtes pour pouvoir nous interroger loin de votre vue – loin de la vue de tous les hommes, monsieur le secrétaire ! Nous discuterons de toutes les questions litigieuses avec vous… mais nous nous refusons à être interrogés par des individus comme celui-là…» Jubal montra le major du pouce. «… Dans quelque petite pièce sans fenêtres ! Monsieur le secrétaire, j’espère que vous nous ferez justice… mais si ces mandats ne sont pas immédiatement annulés, si je n’obtiens pas l’assurance formelle que l’Homme de Mars, l’infirmière Boardman et moi-même serons laissés en paix et libres d’aller et venir comme bon nous semble, alors…» Jubal haussa les épaules en signe d’impuissance, « nous serons contraints de trouver un champion prêt à défendre notre cause. Il existe, en dehors du gouvernement, des personnes et des puissances qui s’intéressent de très près à l’Homme de Mars.

— C’est une menace.

— Non, monsieur le secrétaire. C’est une supplique. Nous désirons négocier. Mais nous ne le pouvons pas tant que nous sommes traqués. Je vous en supplie, rappelez vos chiens ! »

Douglas évita son regard. « Ces mandats, s’ils existent, ne seront pas exécutés. Ils seront annulés dès que j’aurai retrouvé leur trace.

— Merci, monsieur le secrétaire. »

Douglas regarda le major Bloch. « Vous insistez toujours pour l’arrêter sur place ?

— Ah, lui ? Ce n’est qu’un imbécile en uniforme. Laissons également tomber les dommages et intérêts. Nous avons à discuter de questions plus importantes.

— Vous pouvez disposer, major. » L’officier S.S. salua et sortit instantanément. Douglas continua : « Ces questions ne peuvent pas se régler par téléphone.

— Je suis absolument d’accord.

— Vous et… votre client serez mes hôtes au Palais. Je vais vous envoyer mon yacht. Pouvez vous être prêts dans une heure ? »

Harshaw secoua la tête. « Je vous remercie, monsieur le secrétaire, mais nous passerons la nuit ici. Le moment venu, je trouverai bien un traîneau ou quelque chose. Inutile d’envoyer votre yacht.

— Allons, docteur ! Comme vous l’avez fait remarquer, nos conversations seront quasi diplomatiques, ce que j’entérine en proposant ce protocole. Vous serez mes invités officiels.

— Mon client a suffisamment goûté à l’hospitalité officielle, voyez-vous, et il a eu un mal du diable à y échapper. »

Le visage de Douglas se figea. « Est-ce que vous impliquez…

— Je n’implique rien du tout. Smith en a assez vu, et il n’a pas l’habitude du cérémonial officiel. Il dormira bien mieux ici. Et moi aussi. Je suis un vieil homme, monsieur le secrétaire, et je préfère dormir dans mon lit. Je pourrais également vous faire remarquer qu’il n’est pas certain que les pourparlers aboutissent – et dans ce cas il serait embarrassant que nous soyons vos hôtes. »

Le secrétaire général prit un air sévère. « Encore des menaces ! Je croyais que vous me faisiez confiance, docteur ? Je vous ai distinctement entendu dire que vous étiez « prêt à négocier ».

— Je vous fais confiance, monsieur le secrétaire (… tant que je pourrai montrer les dents !) et nous sommes prêts à négocier – mais dans le sens original de ce mot, pas dans le sens moderne de « chercher l’apaisement ». Et je vous promets que nous serons raisonnables. Toutefois, nous ne pouvons commencer les discussions dans l’immédiat. Il nous manque encore un facteur et nous devons attendre ; j’ignore malheureusement combien de temps.

— Expliquez-vous.

— Nous supposons que l’administration sera représentée par une délégation de votre choix – et nous avons le même privilège.

— Certainement. Mais pour parler affaires, il vaut mieux ne pas être trop nombreux. Je dirigerai notre délégation, et deux ou trois assistants me suffiront : le Conseiller juridique, nos experts en loi spatiale…

— Notre groupe sera également réduit : Smith, moi-même, un Juste Témoin…

— À quoi bon, voyons !

— Un Témoin ne vous gênera pas. Et un ou deux autres – mais il nous manque un homme. Mes instructions précisent qu’un certain Ben Caxton doit être présent… et je n’arrive pas à le trouver. »

Ayant manœuvré longtemps afin de pouvoir lancer cette réplique, Jubal se tut et attendit. Douglas fronça les sourcils. « Ben Caxton ? Quand même pas cette espèce de journaliste ?

— Le Caxton dont je parle a une colonne dans un grand quotidien.

— Hors de question !

— Alors, dit Harshaw, je regrette. Ce sera tout. Mes instructions sont formelles. Désolé de vous avoir fait perdre votre temps. Excusez-moi. » Il avança le bras comme pour couper la communication.

— Attendez !

— Monsieur le secrétaire ?

— Je n’ai pas fini de parler !

— Que monsieur le secrétaire général veuille m’excuser. J’attendrai qu’il nous donne congé.

— Bien, bien ; passons, docteur. Est-ce que vous lisez les ordures que ce journal publie ?

— Dieu m’en préserve !

— Hélas, j’y suis contraint. Il est hors de question d’amener des journalistes. Nous les verrons lorsque tout sera terminé. Et même si nous en admettions, Caxton serait exclus. Cet homme est venimeux… un intrigant de la pire espèce.

— Nous n’avons rien contre la publicité, monsieur le secrétaire. En fait, nous l’exigeons.

— C’est ridicule !

— Il se peut. Mais je défends de mon mieux les intérêts de mon client. Si nous parvenons à un accord concernant l’Homme de Mars et sa planète natale, je désire que tous les habitants de cette planète sachent comment nous sommes parvenus à cet accord et en quoi il consiste. Dans le cas contraire, le public doit savoir pourquoi les pourparlers auront échoué. Il n’y aura pas de Chambre secrète, monsieur le secrétaire.

— Il n’a jamais été question de cela, voyons ! Je désirais simplement pouvoir discuter dans le calme et dans l’ordre.

— Le calme pourra être préservé. Les journalistes resteront dehors, mais pas leurs caméras ni leurs microphones. À ce propos, d’ailleurs – mon client et moi allons être interviewés vers la fin de la journée par les réseaux stéréo, et j’annoncerai que nous demandons des pourparlers publics.

— Comment ? Vous ne devez pas donner d’interviews maintenant ! Ce serait contraire à l’esprit même de la discussion.

— Je ne vois pas en quoi. Suggérez-vous qu’un citoyen doit vous demander l’autorisation de parler à la presse ?