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— Non, certainement pas, mais…

— Je crains qu’il ne soit trop tard. Toutes les dispositions ont été prises, et seule une arrivée massive de vos apaches pourrait empêcher l’interview. Je ne l’avais d’ailleurs mentionné que pour vous permettre de faire diffuser un communiqué indiquant – à l’avance – que l’Homme de Mars est de retour et se repose dans les Poconos. Ainsi, le gouvernement ne paraîtra pas pris par surprise. Vous me suivez ?

— Très bien. » Douglas regarda fixement Harshaw. « Un moment, s’il vous plaît. » Il quitta l’écran.

Harshaw fit signe à Larry d’approcher et posa une main sur le micro. « Écoutez, mon vieux, murmura-t-il. Avec cet émetteur en panne, tout ce que j’ai dit est du bluff. J’ignore s’il est parti pour rédiger ce communiqué… ou pour nous remettre les poulets aux trousses. Courez, essayez de joindre Tom Mackenzie sur un autre appareil et dites-lui que s’il ne fait pas remettre son installation en état de marche il ratera l’histoire la plus sensationnelle depuis la chute de Troie. Soyez prudent : les environs doivent grouiller de flics.

— Où est-ce que j’appelle Mackenzie ?

— C’est…» Douglas était revenu sur l’écran. « Demandez à Myriam.

— J’ai suivi votre conseil, docteur Harshaw. Le communiqué suit à peu près vos termes… avec des détails à l’appui. » Douglas eut son bon sourire officiel. « J’ai ajouté que le gouvernement allait discuter des relations interplanétaires avec l’homme de Mars dès qu’il se serait reposé des fatigues du voyage, et que ces conversations seront publiques, très publiques. » Son sourire se fit glacial ; il ne ressemblait plus du tout au bon vieux Joe Douglas.

Harshaw ne put réprimer un sourire admiratif. Le vieux bandit avait réussi à transformer sa défaite en une victoire du gouvernement. « C’est parfait, monsieur le secrétaire ! Nous vous appuierons sur toute la ligne.

— Merci. Pour en revenir à ce Caxton… l’admission de la presse ne s’applique pas à lui. Il pourra regarder à la stéréo et fabriquer ses mensonges à partir de là. Mais il ne sera pas présent.

— Dans ce cas, il n’y aura pas de conversations, quoi que vous ayez annoncé à la presse.

— Vous m’avez mal compris, docteur. La présence de cet homme me serait une insulte. Je ne veux pas de lui. C’est ma prérogative personnelle.

— Vous avez raison, monsieur le secrétaire. C’est en effet une question de prérogative personnelle.

— Ce détail est donc réglé.

— Vous m’avez mal compris. Il s’agit bien d’une prérogative personnelle. Mais pas de la vôtre. De celle de Smith.

— Vous disiez ?

— Vous avez la prérogative de choisir vos conseillers – et si vous ameniez le diable en personne nous ne nous plaindrions pas. Smith a la prérogative de choisir ses conseillers et d’exiger leur présence. Si Caxton n’assiste pas aux discussions, nous ne viendrons pas. Nous serons à une toute autre conférence. Une conférence où vous ne seriez pas le bienvenu. Même si vous parlez le hindi. »

Harshaw pensa que, cliniquement, il était mauvais pour un homme de cet âge de se mettre en colère. Enfin, Douglas parla – en s’adressant à Smith.

Mike était resté en vue, aussi immobile et silencieux que le Témoin. Douglas lui dit : « Voyons, Smith, vous insistez vraiment sur cette condition ridicule ? »

Harshaw intervint instantanément : « Ne répondez pas, Mike ! » Puis, à Douglas : « Voyons, monsieur le secrétaire ! Et les Canons ? Vous n’avez pas le droit de demander à mon client la raison des instructions qu’il m’a données. Et le cas est d’autant plus grave que mon client n’a appris l’anglais que récemment et ne peut pas se défendre contre vous. Lorsque vous aurez appris le martien, je vous autoriserai à l’interroger… dans sa langue. Mais aujourd’hui, non. »

Douglas plissa le front. « Je pourrais faire vérifier de quels Canons vous avez abusé, mais je n’en ai pas le temps ; j’ai un gouvernement à diriger. Je cède, donc. Mais ne me demandez pas de serrer la main à ce Caxton.

— Comme il vous plaira. Mais pour en revenir à notre point de départ : je n’ai pas pu trouver Caxton. »

Douglas éclata de rire. « Vous avez insisté pour conserver une prérogative que je trouve offensante. Soit, amenez qui vous voudrez. Mais cherchez-le vous-même !

— Ce que vous dites est raisonnable, monsieur le secrétaire. Mais pourriez-vous accorder une faveur à l’Homme de Mars ?

— Hein ? Quelle faveur ?

— Les pourparlers ne commenceront que lorsque nous aurons trouvé Caxton ; cela n’est pas sujet à discussion. Mais c’est précisément ce que je n’ai pas pu faire. Je ne suis qu’un simple citoyen.

— Où voulez-vous en venir ?

— J’ai dit beaucoup de mal des Services spéciaux – mettez cela sur le compte d’un vieil homme irascible dont on venait d’enfoncer la porte. Mais je sais que leur efficacité est incomparable… et ils peuvent obtenir la coopération de toutes les forces de police. Si vous, monsieur le secrétaire, appeliez le commandant de vos S.S. et lui demandiez de trouver immédiatement un certain homme… vous obtiendriez plus de résultat en une heure que moi en un siècle.

— Et pourquoi diable alerterais-je toutes les polices afin de retrouver un vulgaire journaliste à scandales ?

— Je vous l’ai dit. C’est une faveur que je vous demande au nom de l’Homme de Mars.

— C’est… c’est ridicule, mais… bon, d’accord. » Douglas regarda Smith. « C’est une faveur que je vous accorde. J’espère que vous serez aussi coopératifs lorsque nous en viendrons aux faits. »

Ce fut Jubal qui répondit : « Je vous donne l’assurance que cela facilitera énormément les choses.

— Je ne peux évidemment rien vous promettre. Vous dites que cet homme a disparu. Il s’est peut-être fait écraser par un camion. »

Harshaw s’assombrit. « Espérons que ce n’est pas le cas. Pour nous tous.

— Comment cela ?

— J’ai tenté de faire entrevoir cette possibilité à mon client, mais il ne veut pas en entendre parler. » Harshaw soupira. « Ce serait un beau gâchis. Oh oui ! Si nous ne retrouvons pas Caxton, nous serons tous dans de beaux draps.

— Soit… je ferai tout mon possible. Mais n’attendez pas de miracles, docteur.

— Je n’en attends pas, monsieur le secrétaire. Mais mon client ; il a une optique martienne, et s’attend à des miracles. Prions pour qu’il y en ait un.

— Je vous tiendrai au courant. Je ne peux en dire plus. »

Harshaw s’inclina sans se lever. « Serviteur, Monsieur. »

Lorsque l’image de Douglas eut disparu, Jubal se leva… et se retrouva dans les bras de Gillian. « Oh ! Jubal ! Vous avez été merveilleux.

— Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, mon enfant.

— On ne pouvait pas faire plus que vous n’avez fait pour tenter de sauver Ben. » Elle l’embrassa.

« Hé, pas de ça ! J’ai abandonné quand vous n’étiez pas encore née. Respectez mes cheveux blancs. » Il l’embrassa doucement mais en insistant. « Juste pour m’enlever le goût de Douglas. De gentillesses en rosseries, cela m’a donné la nausée. Allez donner une bise à Mike. Il l’a bien mérité, pour avoir écouté mes mensonges sans broncher.

— Avec plaisir ! » Jill lâcha Harshaw et alla enlacer l’Homme de Mars. « De merveilleux mensonges, Jubal. » Elle embrassa Mike.

Jubal observa Mike, qui prenait l’initiative d’un second baiser – solennellement, mais pas en novice. Harshaw lui donna la note Assez Bien, avec Excellent pour l’effort.