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Jubal haussa les épaules. « Il faudrait demander cela au gouvernement, pas à moi. Je puis du moins vous dire comment je les ai interprétés : il m’a semblé que c’était une politesse élémentaire… a l’égard des Anciens de Mars.

— Excusez-moi ?

— Ces honneurs ne reflétaient pas bêtement la Décision de Larkin. Dans un sens qui dépasse la compréhension humaine, Mr. Smith est la Planète Mars ! »

Kung ne broncha pas. « Continuez.

— Ou, plus précisément, la race martienne. En la personne de Smith, ce sont les Anciens de Mars qui nous rendent visite. Les honneurs qu’on lui rend sont des honneurs qu’on leur rend. Et cela est vrai dans un sens littéral, bien qu’incompréhensible pour nous. Nous avons fait montre de prudence en rendant aujourd’hui honneur à nos voisins – mais pas dans l’esprit de la Décision de Larkin. Aucune personne compétente n’a jamais soutenu que ce précédent pouvait s’appliquer à une planète habitée. Et j’irai jusqu’à dire qu’aucune ne le fera jamais. » Il leva les yeux comme pour implorer le ciel de lui venir en aide « Soyez assuré, Mr. Kung, que les anciens souverains de Mars savent comment nous avons traité leur ambassadeur. Et je suis certain que le gouvernement de cette planète a agi sagement – vous apprendrez sans doute un jour qu’il a également agi avec prudence. »

Kung dit d’une voix doucereuse : « Si vous vouliez me faire peur, docteur, vous n’avez pas réussi.

— Je ne m’y attendais pas. Mais, heureusement pour le salut de notre planète, votre opinion n’a pas force de décision. » Jubal se tourna vers Douglas. « Monsieur le secrétaire… Cela fait des années que je n’ai pas fait une aussi longue apparition publique… et j’avoue être fatigué. Pouvons-nous nous retirer, en attendant votre décision ? »

21

La réunion fut ajournée. Jubal aurait voulu faire sortir le plus vite possible son petit troupeau, mais son dessein fut contrarié par le président des États-Unis et le sénateur Boone. Tous deux comprenaient la valeur qu’il y avait à être vus en compagnie de l’Homme de Mars, et ils étaient vivement conscients que les yeux du monde étaient fixés sur eux.

Déjà le troupeau des politiciens avides approchait.

Jubal se hâta de dire : « Monsieur le président, sénateur… nous partons immédiatement déjeuner. Si vous voulez vous joindre à nous ? » Il valait mieux en avoir deux en privé que douze en public – et il fallait faire sortir Mike d’ici avant que quelque chose ne cloche.

À son grand soulagement, tous deux étaient attendus ailleurs, mais Jubal ne s’en tira pas sans avoir promis d’amener Mike à cet obscène rite fostérite, ainsi d’ailleurs qu’à la Maison-Blanche. Si nécessaire, Mike pourrait avoir une maladie diplomatique. « En avant, les filles ! »

Elles escortèrent Mike jusqu’au toit. Anne venait en proue, avec sa grande taille, sa beauté de Valkyrie, et son impressionnante cape de Témoin. Jubal, Ben et les officiers du Champion couvraient leurs arrières. Larry les attendait avec le bus ; quelques minutes plus tard, le pilote les laissa sur le toit du New Mayflower. Des journalistes les y attendaient, mais les filles ne lâchèrent pas Mike jusqu’à l’appartement que Duke avait retenu. Elles prenaient visiblement plaisir à leur rôle ; Myriam et Dorcas témoignaient d’une férocité qui fit penser Jubal à des chattes défendant leur petit. Tout journaliste approchant à moins d’un mètre risquait un coup de pied dans les tibias.

Des troupiers des S.S. emplissaient le couloir et un officier montait la garde devant leur porte.

Jubal sentit ses cheveux se hérisser, mais il réalisa que leur présence signifiait que Douglas jouait le jeu. La lettre qu’il lui avait fait porter avant la conférence comportait un appel lui demandant d’utiliser son pouvoir pour protéger la tranquillité de Mike, pour que le pauvre garçon puisse vivre une vie normale.

« Jill ! cria Jubal. C’est un ordre. Surveillez Mike !

— D’accord, patron. »

L’officier qui était à la porte salua. Jubal lui jeta un coup d’œil. « Tiens ! Comment va, major ? Enfoncé quelques portes ces jours-ci ? »

Le major Bloch devint très rouge mais ne répondit rien. Jubal se demanda si on l’avait mis là par mesure punitive. Duke les attendait à l’intérieur. « Asseyons-nous, messieurs, dit Jubal. Tout est en ordre, Duke ? »

Duke haussa les épaules. « Personne n’est venu installer des micros secrets depuis mon arrivée. Mais il est toujours possible de piéger une turne sans qu’on puisse le repérer.

— Oui, oui, je sais. Mais je voulais savoir où en étaient les provisions. J’ai faim, mon garçon, et soif ! Et nous avons trois invités de plus.

— Ah, ça. J’ai assisté au déchargement. Tout est à la cuisine. Vous êtes bien méfiant, patron.

— Je vous conseille de le devenir si vous voulez vivre aussi vieux que moi.

— Je n’y tiens pas particulièrement.

— Question de goût. Ça m’a plu, dans l’ensemble. Allons, les filles, remuez-vous un peu. La première qui me donnera quelque chose à boire sautera son prochain tour. Après avoir servi nos hôtes, bien entendu. Asseyez-vous, messieurs. Quel est votre poison favori, Sven ? L’akvavit ? Larry, descendez donc en acheter deux bouteilles. Et du gin Bols pour le capitaine.

— Inutile, Jubal, dit Nelson. Je prendrai plutôt du scotch.

— Moi de même, dit van Tromp.

— Il y en assez pour noyer un cheval. Et vous, docteur Mahmoud ? Les filles ont certainement prévu des boissons non alcoolisées. »

Mahmoud soupira de regret. « Je ne devrais pas être tenté par les boissons fortes…

— Permettez. » Jubal le regarda attentivement. « Vous venez d’être soumis à une rude tension nerveuse, mon ami. N’ayant pas de méprobamate, je me vois contraint de vous prescrire deux onces d’alcool éthylique à quarante degrés ; répéter la dose si nécessaire. Quel parfum préférez-vous ? »

Le visage de Mahmoud s’éclaira. « Merci, docteur, mais je suis capable de porter le poids de mes péchés. Du gin, s’il vous plaît, avec un verre d’eau. Ou de la vodka. Ce que vous aurez.

— Ou de l’alcool pharmaceutique, ajouta Nelson. Ce salaud boit n’importe quoi – et le regrette après.

— Oui, je le regrette, dit Mahmoud avec sérieux. C’est un péché.

— Ne le taquinez pas, Sven, dit Jubal avec brusquerie. S’il tire davantage de plaisir de ses péchés en les regrettant, cela ne regarde que lui. Et les victuailles ? J’ai vu Anne mettre un jambon dans un des paniers – et il y a peut-être d’autres aliments impurs. Voulez-vous que j’aille vérifier ? »

Mahmoud secoua la tête. « Je ne suis pas traditionaliste, Jubal. Ces commandements datent d’une époque où les besoins étaient différents. Les temps ont changé.

— Oui…, dit Jubal avec tristesse. Pour le mieux ou pour le pire ? Peu importe d’ailleurs ; ils changeront encore. Mangez ce qu’il vous plaira, mon frère – Dieu pardonne les péchés de nécessité.

— Merci. Mais je mange assez rarement au milieu de la journée.

— Je vous le conseillerais pourtant, sinon ma prescription dépassera l’effet prévu. Par ailleurs, ces mômes qui travaillent pour moi font pas mal de fautes d’orthographe, mais elles sont d’excellentes cuisinières. »

Myriam arrivait justement avec un plateau chargé de boissons. « Vous devriez mettre cela par écrit, patron.