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— Vous savez, doc, il y a d’autres moyens de se faire payer… vous avez vu les cours de la Bourse ?

— Non, mais ne me les dites pas. Venez plutôt prendre un verre.

— Ce serait avec plaisir, mais j’ai promis à… un client important de me tenir à sa disposition.

— Je vois. Becky, se pourrait-il que les étoiles montrent qu’il serait de l’intérêt général que cette question soit réglée aujourd’hui même ? Peut-être juste après la fermeture de la Bourse ? »

Elle prit un air songeur. « Je vais les consulter.

— Ça serait bien. Et venez nous voir. Le garçon vous plaira. Il est étrange comme des bretelles de serpent et doux comme un baiser volé.

— Je… je viendrai. Merci, doc. »

Ils se dirent au revoir. Jubal trouva le docteur Nelson en train d’examiner Mike dans une des chambres. Le médecin paraissait fort déconcerté. « Docteur Jubal… j’ai examiné ce patient il y a seulement dix jours. Dites-moi où il a acquis ces muscles.

— C’est très simple. Nous avons envoyé un coupon découpé dans « Rut, le magazine de l’homme. » Vous savez, cette annonce disait comment un maigrelet de quarante kilos peut…

— Je vous en prie, docteur.

— Demandez-lui. »

Nelson le fit, et Mike répondit : « Je les ai pensés.

— Et voilà, dit Jubal. Il les a « pensés ». Lorsqu’il est arrivé, il y a une semaine, il était mou, flasque et pâle. On aurait cru qu’il avait grandi dans une cave – et je suis près de le penser. Je lui ai donc dit de devenir fort. Il l’a fait.

— Il a pris de l’exercice ? demanda Nelson dubitativement.

— Il a nagé dans la piscine.

— Quelques jours de natation ne vous transforment pas en un homme qui fait des haltères depuis des années ! » Nelson plissa le front. « Je sais que Mike contrôle ses muscles dits « involontaires, » mais il y a des précédents. Tandis que ceci nous conduit à supposer…

— Docteur, dit Jubal doucement, pourquoi ne pas simplement admettre que vous ne le gnoquez pas ? »

Nelson soupira. « Autant. Vous pouvez vous rhabiller, Michaël ! »

Un peu plus tard, Jubal s’ouvrit aux trois officiers du Champion. « Le côté financier était simple : il fallait immobiliser l’argent de Mike de façon à empêcher toute lutte, même s’il mourait : j’ai dit à Douglas que le décès de Mike mettrait un terme à sa gestion, tandis qu’une rumeur provenant d’une source généralement digne de foi – moi – a atteint Kung et d’autres, disant que la mort de Mike donnerait un contrôle permanent à Douglas. Évidemment, si j’étais sorcier, j’aurais débarrassé notre jeune ami de sa fortune, jusqu’au dernier centime. Mais…

— Pourquoi, Jubal ? » L’interrompit van Tromp. Harshaw le regarda avec stupéfaction. « Êtes-vous riche, capitaine ? Je veux dire, vraiment riche ?

— Moi ? » Van Tromp renifla de dédain. « J’ai mon salaire, une maison hypothéquée et deux filles à l’université. J’aimerais bien être riche !

— Je ne pense pas.

— Hein ? Vous ne diriez pas cela si vous aviez des enfants qui poursuivent leurs études.

— J’en ai poussé quatre jusqu’au bout de leurs études – j’étais dans les dettes jusqu’au cou. L’une est devenue une étoile dans sa profession – sous son nom de femme mariée, parce que je suis pour elle un vieux fainéant et non un souvenir révéré. Les autres n’oublient pas mon anniversaire et ne m’embêtent pas ; l’éducation ne leur a fait aucun mal. Je ne parle d’elles, d’ailleurs, que pour prouver qu’un père a souvent besoin de plus qu’il n’a. Mais vous pouvez certainement trouver une firme qui vous paiera trois ou quatre fois ce que vous touchez maintenant, rien que pour avoir votre nom sur son papier à en-tête. On a dû vous faire des propositions ?

— Là n’est pas la question, répondit van Tromp avec raideur. J’ai ma carrière.

— Ce qui signifie que l’attrait de l’argent ne vous fera pas renoncer à commander des vaisseaux spatiaux.

— Un peu d’argent en plus ne me déplairait pas !

— Un peu ne sert à rien. Les filles peuvent toujours dépenser dix pour cent de plus que ce que l’on gagne dans n’importe quelle profession. C’est une loi de la nature, dorénavant baptisée « Loi de Harshaw ». Mais, capitaine, la vraie richesse, celle qui exige un bataillon de conseillers fiscaux pour résister aux impôts, vous coulerait tout aussi sûrement que si vous donniez votre démission.

— Pensez-vous ! Je mettrais tout en actions et je toucherais les coupons.

— Non, pas si vous étiez du type à faire fortune. Ce n’est pas difficile, d’ailleurs : il suffit d’y consacrer toute sa vie. Jamais danseuse étoile n’a travaillé plus dur. Mais ce n’est pas votre genre, capitaine. Vous ne voulez pas faire de l’argent ; vous voulez seulement le dépenser.

— Parfaitement exact ! Je ne vois donc pas pourquoi vous tenez tellement à débarrasser Mike de sa fortune.

— Parce qu’une grande fortune est une malédiction, à moins qu’on ne prenne plaisir à la gagner. Et même alors, cela a de sérieux inconvénients.

— Balivernes ! Jubal, vous ressemblez à un gardien de harem essayant de convaincre un homme intact des avantages qu’il y a à être eunuque.

— C’est possible, admit Jubal. L’esprit a une capacité illimitée de rationaliser ses propres insuffisances, et je ne fais pas exception à la règle. Comme vous, je ne m’intéresse à l’argent que pour le dépenser ; il m’est donc impossible de devenir riche. Par contre, je n’ai jamais eu de mal à réunir les modestes sommes nécessaires à satisfaire mes vices ; il suffit d’un peu de savoir-faire. Mais une vraie fortune ? Vous avez vu cette farce. Aurais-je pu la récrire de façon à empocher la galette – en devenant son fondé de pouvoirs et en me servant à ma guise, sans que Douglas proteste ? Mike me fait entièrement confiance : nous sommes frères par l’eau. Aurais-je pu lui voler sa fortune ?

— Sacré nom, Jubal !… je pense que oui !

— C’est même certain, parce que notre secrétaire général n’est pas plus assoiffé d’argent que vous ou moi. C’est l’attrait du pouvoir qui le pousse – un son de cloche auquel je suis sourd. Il aurait suffi que je lui garantisse (avec élégance bien sûr !) que nous continuerions à soutenir son gouvernement. »

Jubal frissonna. « J’ai même cru qu’il me faudrait en passer par-là pour protéger Smith des vautours, et j’avoue avoir été pris de panique. Vous ne savez pas quel maître impitoyable peut être une grande fortune. On est entouré de mendiants comme à Bombay, chacun demandant sa part. On devient méfiant ; les amis se font rares : ceux qui auraient pu le devenir sont trop délicats pour être bousculés par les mendiants, ou trop fiers pour courir le risque d’être confondus avec eux.

« Pire encore, votre famille est perpétuellement en danger. Vos filles ont-elles déjà été menacées de kidnapping, capitaine ?

— Comment ? Dieu merci, non !

— Si vous possédiez la fortune qui a échu à Mike, vous les feriez garder jour et nuit… et pourtant vous ne connaîtriez pas le repos, car vous ne seriez pas sûr des gardes. Repensez aux cent derniers kidnappings dont la presse a parlé. Souvenez-vous dans combien de cas étaient impliqués de fidèles employés ou serviteurs… et combien peu de victimes en sont sorties vivantes. L’argent a-t-il pour vous des attraits qui valent le risque de voir vos filles la corde au cou ?

— Je pense que je vais garder ma maison hypothéquée, dit van Tromp avec conviction.