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Le courrier de quatrième catégorie posait un autre problème. Un paquet explosa dans le bureau de poste du village, détruisant tout un panneau d’annonces et quelques écriteaux ; par bonheur, le postier était allé boire un café et son assistante, une dame âgée aux reins fragiles, était aux toilettes. Jubal songea à faire examiner tous les paquets par un artificier.

Cela se révéla inutile, Mike étant capable de détecter la « mauvaiseté » d’un paquet sans l’ouvrir. Le système fonctionnait ainsi : on faisait déposer les paquets à la grille ; Mike les examinait à distance et faisait disparaître tout paquet nuisible ; puis Larry amenait le reste à la maison.

Mike adorait, uniquement pour le plaisir d’ailleurs, ouvrir les paquets. Les choses dont personne ne voulait finissaient dans un fossé, y compris toutes les denrées alimentaires – Jubal n’étant pas certain que le nez de Mike suffît à déceler les poisons. Il avait bu une fois une solution vénéneuse utilisée en photographie, que Duke avait laissée dans le réfrigérateur. Mike s’était contenté de remarquer que ce « thé glacé » avait un goût qui ne lui plaisait pas tellement.

Jubal dit à Jill que l’on pouvait garder n’importe quoi mais qu’il ne fallait pas : a) le payer, b) en accuser réception, c) le retourner à l’expéditeur quelles que soient les indications portées sur l’emballage. Certains articles étaient des cadeaux, d’autres des marchandises non commandées. Dans un cas comme dans l’autre, Jubal estimait que ces biens non sollicités étaient envoyés dans le but de se servir de l’Homme de Mars, et ne méritaient donc pas de remerciements.

Il y avait une seule exception : les animaux vivants, que Jubal conseilla à Jill de renvoyer à moins de s’engager à en prendre soin et à les empêcher de tomber dans la piscine.

Le courrier de première classe représentait le plus gros problème. Après en avoir examiné un ou deux sacs, Jubal fixa plusieurs catégories :

A. Mendicité : lutte contre l’érosion.

B. Lettres de menaces : ne pas répondre. Par la suite, cela devint : transmettre aux S.S.

C. « Propositions commerciales » : transmettre à Douglas.

D. Lettres de dingues : faire circuler les plus belles ; le reste : lutte contre l’érosion.

E. Lettres amicales : répondre si enveloppe-réponse jointe, à l’aide de lettres types ronéotypées signées par Jill (Jubal fit remarquer que celles signées par Mike avaient de la valeur et invitaient à un inutile échange de correspondance).

F. Lettres scatologiques ; transmettre à Jubal (qui avait parié avec lui-même qu’aucune ne contiendrait la moindre nouveauté littéraire), puis lutte contre l’érosion.

G. Propositions de mariage et autres moins orthodoxes : à classer.

H. Lettres provenant d’institutions scientifiques ou universitaires : même processus que pour « E », en utilisant un texte expliquant que l’Homme de Mars n’était disponible pour rien. Si Jill trouvait cela insuffisant, transmettre à Jubal.

I. Lettres de personnes connaissant Mike, tels que membres de l’équipage du Champion, président des États-Unis, et autres : laisser Mike répondre à sa guise. Excellent exercice pour le style et surtout pour les relations humaines (ne pas lui donner de conseils, mais répondre s’il en demande).

De la sorte, Jill n’avait que peu de lettres à écrire, et Mike pour ainsi dire aucune. Jill parvint à effectuer le classement en une heure tous les matins. Les quatre premières catégories étaient importantes. La catégorie G le fut très dans les jours suivant la stéréodiffusion de la conférence, puis baissa fortement. Jubal demanda à Jill de prendre garde au fait que, bien qu’il n’ait à répondre qu’aux lettres provenant de personnes connues, tout le courrier adressé à Mike lui appartenait de droit.

Le troisième matin suivant la mise en place du système, Jill apporta une lettre de la catégorie G à Jubal. Les dames et autres femelles (plus quelques mâles égarés) écrivant dans cette catégorie joignaient généralement une photo censée les représenter – dont certaines laissaient peu de chose à l’imagination.

La lettre en question contenait une photo qui ne laissait rien à l’imagination, puis la stimulait d’une façon imprévue.

« Regardez-moi ça, patron, dit Jill. Je vous demande ! »

Jubal lut la lettre. « Elle sait ce qu’elle veut. Qu’en dit Mike ?

— Il ne l’a pas vue. »

Jubal jeta un coup d’œil sur la photo. « Hum… elle a des charmes abondants. Son sexe n’est pas douteux, ni son agilité d’ailleurs. Mais pourquoi me montrez-vous cela ? J’ai vu mieux, vous savez.

— Pour vous demander ce que je dois faire ! La lettre n’est déjà pas drôle, mais cette photo répugnante… Je la déchire ?

— Qu’y a-t-il écrit sur l’enveloppe ?

— Rien que l’adresse, et celle de l’expéditeur.

— Comment l’adresse est-elle libellée ?

— Hein ? Ah oui ! « Mr. Valentin Michaël Smith, l’Homme de…».

— Ah ! Elle ne vous est donc pas adressée.

— Évidemment pas.

— Bon ; mettons les choses au point. Vous n’êtes ni la maman de Mike ni son chaperon. Si Mike a envie de lire tout ce qu’il reçoit, y compris les ordures, libre à lui.

— Quand même pas des saletés pareilles. Mike est innocent.

— Vraiment ? Combien d’homme a-t-il tués, au juste ? »

Jill prit un air malheureux.

« Si vous voulez l’aider, continua Jubal, il faut avant tout lui expliquer que le meurtre n’est pas bien considéré dans notre société. Autrement, il risque de se faire remarquer lorsqu’il sortira dans le monde.

— Je ne pense pas qu’il ait envie de « sortir dans le monde ».

— J’ai l’intention de le pousser hors du nid dès qu’il saura voler. Je ne lui donnerai pas la possibilité de vivre sa vie comme un bébé attardé. Ne serait-ce que parce que je ne le pourrais pas : Mike me survivra de bien des années. Mais vous avez raison, Jill : Mike est innocent. Dites-moi, avez-vous visité le laboratoire stérile de Notre-Dame ?

— Non, mais j’ai lu des articles.

— Les animaux en meilleure santé du monde… à condition de ne jamais les sortir du laboratoire. Mon enfant, Mike doit prendre contact avec l’« ordure », afin de s’immuniser. Un jour, il rencontrera la fille qui a écrit ceci, ou une de ses sœurs spirituelles. Il les rencontrera par centaines. Sacrebleu, avec sa notoriété et sa bonne mine, il pourrait passer sa vie à aller d’un lit à l’autre. Vous n’y pouvez rien, je n’y peux rien : cela ne dépend que de lui. De plus, je ne veux pas l’en empêcher, bien que refaire sans cesse la même expérience soit une façon stupide de passer sa vie. Qu’en pensez-vous ?

— Je…, marmonna Jill en rougissant.

— Peut-être ne trouvez-vous pas cela monotone ? Cela ne me regarde pas, d’ailleurs. Mais si vous ne voulez pas que Mike se fasse violer par les cinq cents premières femmes qui se trouveront seules avec lui, n’interceptez pas son courrier. De telles lettres le mettront sur ses gardes. Donnez-les lui avec les autres, et répondez à ses questions – en essayant de ne pas rougir.

— Vous avez le don de me mettre en rage avec votre logique !

— Voilà un argument bien curieux.

— En tout cas, je déchirerai cette photo dès que Mike l’aura vue !

— Surtout pas !

— Pourquoi ? Vous la voulez ?

— À Dieu ne plaise ! Mais Duke collectionne ce genre de photos. Si Mike n’en veut pas, donnez-la lui.