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Non, le chat n’avait pas la même odeur que Dorcas.

C’était un grand bien que d’offrir des cadeaux, et cela apprit à Mike la valeur de l’argent. Mais il n’oubliait pas d’autres choses qu’il était désireux de gnoquer. Jubal découragea par deux fois le sénateur Boone, sans le mentionner à Mike, qui ne s’en aperçut pas : son appréhension du temps était très vague et pour lui « dimanche prochain » ne représentait rien de précis. Mais la fois suivante, l’invitation fut adressée directement à Mike. Boone sentait qu’Harshaw essayait de repousser indéfiniment l’invitation, et il était soumis à une forte pression de la part de l’évêque suprême Digby.

Mike en parla à Jubal. « Et alors ? grommela ce dernier. Vous avez envie d’y aller ? Vous n’êtes pas obligé, vous savez. Nous pouvons leur dire d’aller au diable. »

Un aérotaxi avec pilote humain (Harshaw se refusa énergiquement à faire confiance à un pilote-robot) vint, le dimanche suivant, chercher Mike, Jill et Jubal pour les amener au Tabernacle de l’Archange Foster de l’Église de la Nouvelle Révélation.

23

Pendant toute la durée du trajet, Jubal essaya de mettre Mike en garde – mais Mike ne comprit pas très bien contre quoi. Il écoutait, certes, mais le paysage exigeait toute son attention. À titre de compromis, il mémorisa ce que Jubal lui disait. « Voyez, mon garçon, l’exhortait Jubal, ces Fostérites en veulent à votre argent. Sans compter le prestige, si vous vous convertissez. Ils vont tout faire pour vous convaincre ; il faudra être très ferme.

— Pardon ?

— Mais enfin, vous ne m’écoutiez pas ?

— Désolé, Jubal.

— Bon… Considérons les choses ainsi. La religion est pour beaucoup une consolation et il est concevable qu’il existe, quelque part, une religion qui représente la vérité ultime. Mais la religion rend souvent vaniteux. La foi dans laquelle j’ai été élevé m’assurait que j’étais meilleur que les autres hommes : j’étais « sauvé » et ils étaient damnés ; nous étions en état de grâce et les autres étaient des « païens ». Ils entendaient par-là des gens comme notre frère Mahmoud. Des rustres ignares qui se lavaient rarement et plantaient leur maïs à la nouvelle lune prétendaient avoir percé le mystère de l’univers, ce qui leur donnait le droit de regarder les autres de haut. Nos hymnes étaient d’une incroyable arrogance : le Tout-Puissant avait une très haute opinion de nous, et tous les autres iraient en enfer au jour du Jugement. Par ailleurs, nous colportions les seuls articles authentiques reconnus par Lydia Pinkham…

— Voyons, Jubal ! protesta Jill. Vous voyez bien qu’il ne gnoque pas.

— Comment ? Oh, désolé. Ma famille voulait faire de moi un prédicateur. Cela doit se voir.

— Cela se voit.

— Ne vous moquez pas, Jill. J’en serais devenu un bon si je n’avais pas succombé à la fatale folie de la lecture. Avec un peu plus de confiance en moi et une bonne dose d’ignorance, je serais devenu un évangéliste fameux. Peut-être nous dirigerions-nous maintenant vers le Tabernacle de l’Archange Jubal ! »

Jill réprima un frisson. « Je vous en prie, Jubal ! Pas si tôt après le déjeuner.

— Je parle sérieusement. Un escroc sait qu’il ment, ce qui limite son envergure, tandis qu’un bon chamane croit en ce qu’il dit et sa croyance est contagieuse. Rien ne limite son envergure. Mais je n’ai pas assez confiance en mon infaillibilité ; je ne pourrais jamais devenir un prophète… mais seulement un critique – une sorte de prophète de quatrième rang se trompant de genre. » Jubal se rembrunit. « C’est cela qui m’inquiète chez les Fostérites, Jill. Je pense qu’ils sont sincères. Et Mike est prêt à avaler tout ce qui est sincère.

— Que pensez-vous qu’ils vont faire ?

— Essayez de le convertir. Puis mettre la main sur sa fortune.

— Je croyais que vous aviez tout prévu pour que cela soit précisément impossible.

— Pas exactement. On ne peut rien lui prendre contre sa volonté. Et, normalement, il ne pourrait rien donner sans que le gouvernement intervienne. Mais un don fait à une église politiquement puissante, c’est autre chose.

— Je ne vois pas pourquoi.

— Voyons, chère amie, la tança Jubal. La religion n’existe pas aux yeux de la loi. Une église peut faire tout ce que font les autres organisations, mais sans aucune restriction. Elle ne paie pas d’impôts, n’est pas tenue détenir de comptabilité, est effectivement protégée contre tout contrôle, fouille, ou inspection… et une église est n’importe quelle organisation qui choisit de s’appeler ainsi ! On a tenté d’établir une distinction entre les « vraies » religions ayant droit à cette immunité et les « cultes ». Impossible, à moins de fonder une religion d’État, ce qui serait un remède pire que le mal. Selon ce qui reste de la Constitution des États-Unis, et selon le Traité de la Fédération, toutes les églises ont droit à la même immunité – surtout si elles contrôlent un bon nombre de votes. Si Mike se convertit au Fostérisme… rédige un testament en faveur de son église… puis « monte aux cieux » par un matin radieux, ce sera parfaitement légal. »

Jill paraissait atterrée. « Et moi qui pensais qu’il était enfin en sécurité.

— On n’est jamais en sécurité de ce côté-ci de la tombe.

— Mais alors… qu’allez-vous faire, Jubal ?

— Rien. Me ronger les ongles. »

Mike enregistra leur conversation sans tenter de la gnoquer. Il en reconnut le sujet comme étant d’une extrême simplicité dans son langage, mais excessivement scabreux en anglais. Depuis son échec pour arriver à se gnoquer mutuellement même avec son frère Mahmoud, échec qui avait pour cause une traduction fautive du concept martien fondamental exprimé par « Tu es Dieu », il attendait. L’attente finirait par porter ses fruits. Son frère Jill apprenait son langage, et il pourrait le lui expliquer. Alors, ils gnoqueraient ensemble.

Le sénateur Boone les accueillit à l’aire d’atterrissage du Tabernacle. « Comment va ? Que le Bon Seigneur vous bénisse en ce beau Sabbat, Mr. Smith ! Content de vous revoir ! Et vous aussi, docteur. » Il ôta son cigare de la bouche. « Et la petite dame… je ne vous avais pas vue au palais ?

— En effet, sénateur. Je suis Gillian Boardman.

— C’est bien ce que je pensais, m’dame. Êtes-vous sauvée ?

— Euh… je ne pense pas, sénateur.

— Il n’est jamais trop tard. Nous serons heureux que vous suiviez le service dans le Tabernacle Extérieur réservé aux chercheurs. Je vais appeler un gardien pour vous guider. Mr. Smith et le toubib iront dans le sanctuaire.

— Sénateur…

— Oui, docteur ?

— Si Miss Boardman ne peut pénétrer dans le sanctuaire, nous ne pourrons assister qu’au service des Chercheurs. Elle est son infirmière. »

Boone parut inquiet. « Il est malade ? »

Jubal haussa les épaules. « Je suis son médecin, et j’exige la présence d’une infirmière. Mr. Smith n’est pas acclimaté à cette planète. Demandez-lui. Mike, voulez-vous avoir Jill avec vous ?

— Oui, Jubal.

— Mais… Fort bien, Mr. Smith. » Boone ôta de nouveau son cigare, porta les doigts à la bouche et siffla. « Chérubin ! »

Un tout jeune homme s’empressa d’approcher. Il était vêtu d’une robe ample et courte, de collants et de chaussons. Il avait des ailes de pigeon dans le dos. Ses boucles étaient blondes et son sourire radieux. Jill pensa qu’il ferait une parfaite publicité pour de la limonade.