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Boone lui ordonna : « Vole au bureau du sanctuaire et dis au gardien de service que je veux immédiatement un nouvel insigne à la porte du sanctuaire, avec le mot « Mars ».

— « Mars », répéta le gosse, puis il fit un salut de scout à Boone et s’éleva au-dessus de la foule en un bond de quinze mètres. Jill comprit pourquoi sa robe lui avait paru si ample : elle dissimulait un harnais de saut.

— On est toujours obligé de surveiller les insignes des pèlerins, fit observer Boone. Vous ne pouvez pas imaginer combien de pécheurs veulent emporter un souvenir de la Joie divine sans s’être purifiés de leurs péchés. Allons flâner un peu en attendant que l’insigne soit prêt. »

Ils fendirent la foule et entrèrent dans le Tabernacle par une longue et haute salle. Boone s’arrêta. « Remarquez bien, leur dit-il, que savoir vendre est essentiel, même pour les œuvres du Seigneur. Tout touriste qui vient assister au service des chercheurs – il y en a vingt-quatre heures sur vingt-quatre – doit passer par ici. Et que voit-il ? Ces joyeux jeux de hasard. » Il désigna les machines à sous disposées des deux côtés de la salle. « Le bar et le self sont à l’autre bout – il ne peut même pas aller boire un verre sans courir sa chance. Je vous le dis, celui qui traverse cette salle sans se débarrasser de sa monnaie est un bien grand pécheur.

« Mais nous ne prenons jamais son argent sans rien donner en échange. Regardez…» Boone approcha d’une machine et tapa sur l’épaule de la femme qui jouait. « S’il vous plaît, ma fille. »

Elle se retourna et son expression contrariée fit place à un sourire. « Certainement, évêque.

— Soyez bénie, ma fille. Vous remarquerez, continua Boone en introduisant une pièce dans une fente, que, même s’il n’obtient pas de gains matériels, le pécheur est récompensé par une bénédiction et un texte-souvenir. »

La machine s’arrêta. Un texte apparut dans le panneau : DIEU VOUS REGARDE.

« Celui-là triple la mise, dit Boone en ramassant la monnaie, et voici le texte. » Il le tendit à Jill. « Gardez-le, ma petite dame, et méditez-le bien. »

Jill y jeta un coup d’œil avant de le fourrer dans son sac : Mais le ventre du Pécheur est empli d’ordures. – N.R. XXII, 17.

« Vous remarquerez que les gains sont distribués sous forme de jetons – la caisse est au fond, derrière le bar… les occasions ne manquent pas de faire des offrandes aux bonnes œuvres. Il y a de fortes chances pour que le pécheur les rejoue… et chaque fois, il a droit à une bénédiction et à un autre texte. L’effet cumulatif est formidable ! Eh oui, certaines de nos ouailles les plus pieuses se sont converties dans cette salle.

— Je n’en doute absolument pas, dit Jubal.

— Surtout s’ils remportent le gros lot. Vous avez déjà compris que chaque combinaison représente une bénédiction, mais le gros lot, ce sont les trois Yeux Saints. Ah, je vous dis, lorsqu’ils voient ces trois yeux s’aligner et la manne céleste descendre, ça les fait réfléchir. Il y en a même qui s’évanouissent. Tenez, Mr. Smith…» Boone lui tendit un jeton. « Faites la tourner. »

Comme Mike hésitait, Jubal prit le jeton – damnation, il n’allait pas laisser le gosse à la merci de ce bandit ! « Je vais essayer, sénateur. » Il introduisit le jeton.

Mike avait légèrement élargi son appréhension du temps et tâtonnait à l’intérieur de la machine, essayant de découvrir ce qu’elle faisait. Il était trop timide pour jouer lui-même.

Lorsque Jubal joua, Mike observa les cylindres qui tournaient, remarqua que chacun portait un œil et se demanda en quoi consistait ce « gros lot ». Sans intention particulière, pour voir, il ralentit les roues et les arrêta avec l’œil en face des fentes.

Une cloche sonna, un chœur chanta un hymne triomphal, toutes les lumières de la machine s’allumèrent et elle se mit à vomir des jetons. Boone paraissait ravi. « Soyez béni, docteur, c’est votre jour ! Tenez, remettez-en un pour effacer les Yeux. »

Mike se demandait ce qui se passait ; il fit de nouveau sortir les trois yeux. Les mêmes événements se répétèrent, « Que je sois… béni ! Ça ne devrait pas se produire deux fois de suite. Mais je veillerai à ce que vous soyez payé en entier. » D’un geste rapide, il mit un troisième jeton.

Mike n’avait toujours pas compris pourquoi on appelait cela un « gros lot ». Une fois encore, les yeux apparurent.

Boone ouvrit de grands yeux. Jill serra la main de Mike. « Mike… cela suffit !

— Mais, Jill, je voulais voir…

— Chut. Arrêtez. Attendez d’être à la maison !

— J’hésite à appeler cela un miracle, dit Boone lentement. Il faudra faire venir le réparateur. « Chérubin ! » cria-t-il.

Il mit un quatrième jeton.

Sans l’intercession de Mike, les roues s’arrêtèrent sur : FOSTER VOUS AIME. Un chérubin arriva. « Heureuse journée. Vous avez besoin d’aide ? »

« Trois gros lots de suite, lui dit Boone.

— Trois ?

— Tu n’as donc pas entendu la musique ? Tu es sourd ? Nous serons au bar ; fais-y porter l’argent. Et, fais vérifier cette machine.

— Oui, évêque. »

Boone les mena au bar sans s’arrêter. « Il est temps que je vous sorte de là, dit-il sur un ton jovial, avant que vous ne mettiez l’Église en faillite ! Vous avez toujours autant de chance, doc ?

— Toujours », affirma Harshaw solennellement. Il n’était pas certain que Mike y était pour quelque chose… mais il aurait aimé être au bout de ses épreuves.

Boone les mena à un comptoir marqué « Réservé ». « Ici, nous serons bien. À moins que la petite dame ne désire s’asseoir ?

— Cela ira très bien. » (Si tu m’appelles encore une fois « petite dame », je lâche les rênes à Mike !)

Un barman arriva. « Heureuse journée. Comme d’habitude, évêque ?

— Double. Et vous, docteur ? Et Mr. Smith ? N’hésitez pas : vous êtes les invités de l’évêque suprême.

— Merci. Cognac, avec un verre d’eau.

— Merci. Cognac », répéta Mike. Il ajouta : « Pas d’eau pour moi, s’il vous plaît. » L’eau n’était pas l’essence, certes ; néanmoins, il ne voulait pas boire d’eau ici.

« Voilà, s’exclama joyeusement Boone. Vous avez l’esprit qu’il faut avec l’esprit-de-vin ! Ha ha ! Vous avez compris ? C’était un jeu de mots. » Il donna un coup de poing amical dans les côtes de Jubal. « Et la petite dame ? Du cola ? Un verre de lait pour ses joues roses ? Ou bien nous accompagnerez-vous pour fêter cette Heureuse Journée ?

— Votre hospitalité irait-elle jusqu’à un martini ?

— Et comment donc ! Nous faisons les meilleurs martini du monde ; nous n’y mettons jamais de vermouth, mais nous les bénissons à la place. Un double martini pour la petite dame. Je vous bénis, mon fils, mais dépêchez-vous. Juste le temps de vider nos verres, puis nous irons nous incliner devant l’Archange Foster avant d’aller écouter l’évêque suprême. »

Les consommations arrivèrent, ainsi que l’argent gagné à la machine à sous. Boone bénit les boissons, puis ils burent, tout en discutant des trois cents dollars – Boone insista pour que Jubal empochât le tout, mais celui-ci régla la question en les déposant dans un tronc destiné aux « offrandes d’amour ».

Boone l’approuva chaleureusement. « C’est un signe certain de grâce, docteur. Nous vous sauverons. On remet ça ? »

Jill espéra que quelqu’un accepterait. Ils avaient mis de l’eau dans le vin, mais elle se sentait quand même devenir plus tolérante. Mais personne ne réagit, et Boone leur fit monter un escalier en travers duquel une pancarte proclamait : INTERDIT AUX CHERCHEURS ET AUX PÉCHEURS !