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« J’en parlerai à l’évêque suprême, dit Boone. Et maintenant, retournez animer la parade. Jug a besoin de vous.

— Bien, évêque. Heureuse d’avoir fait votre connaissance, docteur. Au revoir, Miss Broad. J’espère avoir l’occasion de vous revoir, Mr. Smith. Je prierai pour vous. » Elle s’éloigna en ondulant des hanches.

« Une fille du tonnerre, dit Boone, radieux. Vous avez vu son numéro, doc ?

— Je ne pense pas. Que fait-elle ?

— Vous ne le savez pas ?

— Non.

— Vous ne connaissez même pas son nom ? Aube Ardente, la strip-teaseuse la mieux payée de toute la Basse-Californie, voilà qui elle est ! Elle travaille avec un projecteur à diaphragme et, lorsqu’elle n’a plus que ses chaussures sur elle, seul son visage est éclairé ; on ne voit absolument rien d’autre. C’est très efficace. Hautement spirituel. Croiriez-vous, en regardant son doux visage, qu’elle a été une femme extrêmement immorale ?

— Pas possible !

— Mais si. Demandez-le lui. Elle vous le dira. Mieux encore, venez assister à la purification des pécheurs. Lorsqu’elle se confesse, cela donne aux autres femmes le courage d’avouer leurs péchés. Elle ne dissimule rien – et cela lui fait du bien de savoir qu’elle aide d’autres pécheurs. Elle est très dévouée ; elle vient par avion tous les samedis soirs après son dernier numéro, pour enseigner le catéchisme. Elle donne le Cours de Bonheur pour Jeunes Hommes, et l’assistance a triplé depuis que c’est elle.

— Cela, dit Jubal, je le crois volontiers. Quel âge ont ces heureux « Jeunes Hommes » ? »

Boone éclata de rire. « Vous ne m’y prendrez pas, vieux malin – quelqu’un a dû vous dire la devise de la classe d’Aube : « Jamais trop vieux pour être jeune. »

— Non, non, je vous assure.

— On ne peut y assister que lorsqu’on a vu la lumière et subi la purification. Nous sommes la Seule Vraie Église, Pèlerin, pas un de ces pièges de Satan, un de ces immondes abîmes d’iniquité qui se nomment « églises » pour entraîner les imprudents dans l’idolâtrie et autres abominations. Ici, on ne peut pas simplement venir passer deux heures par un jour pluvieux : d’abord, il faut être sauvé. En fait… oh, ça va commencer…» Des lumières clignotaient aux quatre coins de l’immense salle. « Jug les a bien préparés. Maintenant, il va y avoir de l’action ! »

Presque tous les assistants s’étaient joints à la danse, et les rares qui étaient restés assis battaient des mains et tapaient des pieds au rythme de la musique.

Des huissiers se précipitaient pour relever les danseurs tombés – dont certains, surtout des femmes, étaient pris de convulsions et avaient l’écume à la bouche. Ceux-là, ils allaient les jeter sur l’autel comme des poissons crevés. Boone désigna de son cigare une femme rousse et maigre d’une quarantaine d’années, dont la robe était toute déchirée. « Vous voyez cette femme ? Depuis plus d’une année, elle est possédée par l’Esprit à chaque service. Parfois, l’Archange Foster nous parle par sa bouche… à ces occasions, il faut au moins quatre hommes pour la maintenir. Elle est prête à monter au ciel ; cela peut arriver n’importe quand. Quelqu’un a encore soif ? Le service du bar est lent quand les caméras fonctionnent et que cela commence à s’animer. »

Mike redemanda à boire. Il ne partageait pas le dégoût de Jill pour ce qui se passait. Il avait été profondément troublé en découvrant que l’« Ancien » n’était que de la nourriture avariée, mais classa cette question et but profondément à la frénésie qui les entourait. Elle avait un parfum tellement martien qu’il ne se sentait nullement dépaysé. Les détails n’étaient pas martiens, certes, mais il gnoquait un rapprochement aussi réel que celui de la cérémonie de l’eau, d’une intensité telle qu’il n’en avait pas connue depuis qu’il avait quitté son nid. Dans sa tristesse, il souhaita que quelqu’un les inviterait à participer à cette danse et à ces sauts. Il mourait d’envie de se joindre à eux.

Il aperçut Mlle Aube Ardente. Peut-être l’inviterait-elle ? Elle avait exactement les mêmes proportions que son frère Jill, mais il la reconnut à son visage : ses peines et ses métamorphoses y étaient gravées sous le chaud sourire. Il se demanda si, un jour, Mlle Aube Ardente accepterait de partager l’eau avec lui. Il se méfiait, par contre, de l’évêque sénateur Boone et était heureux de ne pas être assis à côté de lui. Mais il regrettait le départ d’Aube Ardente.

Mais elle ne leva pas les yeux vers lui, et la procession continua son chemin.

L’homme qui était sur la plate-forme leva les bras. Le bruit diminua un peu dans l’immense caverne. Brusquement il les rabaissa et demanda à la foule : « Qui est heureux ?

— NOUS SOMMES HEU – REUX !

— Pourquoi ?

— Dieu… NOUS AI – ME !

— Comment le savez-vous ?

— FOSTER NOUS L’A DIT ! »

Il se laissa tomber à genoux et leva le poing. « Que le lion RUGISSE ! »

Ils rugirent, glapirent, hurlèrent, tandis que de son poing il les faisait monter, descendre jusqu’à un pianissimo imperceptible, puis remonter en un fortissimo assourdissant. Mike s’y vautrait avec une extase tellement douloureuse qu’il craignit d’être obligé de se retirer. Mais Jill lui avait dit qu’il ne devait pas ; il se contrôla donc et laissa les vagues déferler au-dessus de lui.

L’homme se releva. « Notre premier hymne, dit-il, nous est offert par les boulangeries de la Manne, fabricants du Pain d’Ange, la seule miche d’amour qui porte le visage souriant de notre évêque suprême sur tous les emballages et contient un précieux coupon-prime que vous pourrez échanger à la plus proche église de la Nouvelle Révélation. Mes sœurs, mes frères, demain les boulangeries de la Manne lancent à travers tout le pays une campagne géante de pâtisseries. Tous les prix sont cassés ! Envoyez vos enfants à l’école avec un gros paquet de biscuits Archange Foster ; chacun est béni et enveloppé séparément dans un texte approprié. Priez pour que chaque biscuit qu’il donnera à ses petits amis fasse voir la lumière à un enfant de pécheurs.

« Et maintenant, entonnons les saintes paroles de notre vieux favori En avant, Enfants de Foster ! Allez, tous en chœur…

En avant, enfants de Fos-ter !

Écrasez vos ennemis…

La Foi est notre ar-mure !

Frappons dans leurs rangs… !

(Allons-y, deuxième couplet !)

Pas de paix pour les péch-eurs !

Dieu est avec nous ! »

Mike était tellement enthousiasmé qu’il n’essayait même pas de gnoquer les paroles. Il gnoquait que les mots n’importaient pas – c’était le rapprochement qui comptait. Les danseurs se remirent à tourner autour de la salle, et leurs voix puissantes se joignirent à celles du chœur.

L’hymne fut suivi de communications diverses : messages divins, une autre annonce publicitaire, et une liste de prix. Un second hymne, Levez vos visages, Enfants Heureux, était offert par les supermarchés Dattelbaum, où les Sauvés peuvent acheter en toute sécurité, car on n’y vend aucune marchandise qui entrerait en compétition avec une autre marque reconnue par l’Église. Et dans chaque succursale, une Salle Heureuse pour les enfants, sous la surveillance d’une Sœur Sauvée.