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— Qui parle tout le temps ?

— « La femme me tenta. »

En arrivant, ils trouvèrent Caxton et Mahmoud, qui étaient venus passer la journée. Ben avait été désappointé de ne pas voir Jill, mais grâce à la compagnie d’Anne, de Myriam et de Dorcas, sa journée fut supportable. Mahmoud venait toujours dans le but avoué de rencontrer Mike et Harshaw, mais lui aussi se contenta de sa cuisine, de sa cave, de son jardin… et de ses odalisques. Lorsqu’ils arrivèrent, Myriam lui massait le dos tandis que Dorcas lui caressait la tête.

« Ne vous donnez pas la peine de vous lever, lui dit Jubal.

— Je ne le pourrais pas : elle est assise sur moi. Hello, Mike.

— Hello, docteur Mahmoud mon frère. » Ensuite, Mike salua gravement Ben, puis demanda à être excusé.

« Allez-y, lui dit Jubal.

— Vous avez déjeuné, Mike ?

— Je n’ai pas faim, Anne. Merci, » dit-il solennellement, puis il fit volte-face et entra dans la maison.

Mahmoud se tourna, manquant faire tomber Myriam. « Jubal ? Qu’est-ce qui trouble notre fils ?

— Oui, ajouta Ben. On dirait qu’il a le mal de mer.

— Laissez-le tranquille. Un abus de religion. » Il leur résuma les événements de la matinée.

Mahmoud parut soucieux. « Était-il nécessaire de le laisser seul avec Digby ? Cela me paraît – excusez-moi, mon frère ! – peu sage. Vous lui avez parlé religion, n’est-ce pas ?

— Il faut bien qu’il s’habitue. Pouvez-vous me donner une raison pour laquelle Digby n’aurait pas son tour ? Mais répondez-moi en tant que savant, pas en tant que Musulman.

— Je ne puis vous répondre qu’en tant que Musulman.

— Désolé. Je comprends, bien que je ne sois pas d’accord.

— Je me sers du terme « Musulman » dans son sens exact, pas pour désigner les sectaires que Maryam nomme incorrectement « Mahométans ».

— Et je continuerai de vous appeler comme ça tant que vous n’aurez pas appris à prononcer mon nom. Cessez de gigoter.

— Oui, Maryam. Aïe ! Les femmes ne devraient pas avoir de muscles. Jubal, en tant que savant je n’ai jamais rencontré un cas aussi intéressant que Mike. En tant que Musulman, je découvre en lui un désir de se soumettre à la volonté divine qui m’emplit de joie pour lui, bien qu’il ne gnoque même pas ce que signifie le mot « Dieu »… pas plus d’ailleurs que le mot « Allah ». Mais en tant qu’homme, j’aime ce garçon, notre fils adoptif et frère d’eau, et je m’en voudrais de l’exposer à de mauvaises influences. Et, toutes questions de religion mises à part, ce Digby me paraît être une mauvaise influence. Vous ne pensez pas ?

— Olé ! approuva Ben. C’est une vulgaire canaille, et j’aurais eu bien des choses à écrire sur son compte, mais le syndicat a trop peur pour les imprimer. Continuez ainsi, Mahmoud, vous finirez par me convaincre d’apprendre l’arabe et d’acheter un tapis.

— Le tapis n’est pas nécessaire.

— Je suis d’accord avec vous, dit Jubal en soupirant. Je préférerais le voir fumer de la marijuana plutôt que converti par Digby. Mais je ne pense pas que Mike se laisse convaincre par ce salmigondis syncrétique, et il faut qu’il apprenne à résister aux mauvaises influences. Je pense par contre que votre influence est bonne, mais vous n’avez guère plus de chances que Digby ; Mike a un esprit étonnamment fort. Mahomet devrait peut-être céder la place à un nouveau prophète.

— Si telle est la volonté de Dieu, répondit Mahmoud.

— Cela clôt la discussion.

— Nous discutions religion avant votre arrivée, intervint Dorcas. Savez-vous que les femmes ont des âmes ?

— Car elles en ont ?

— Maryam, expliqua Mahmoud, voulait savoir pourquoi les « Mahométans » professaient que seuls les hommes ont des âmes.

— Mais voyons, Myriam, c’est une erreur aussi grossière que de croire que les Juifs sacrifient des bébés chrétiens. Le Coran dit que des familles entières entrent au Paradis… par exemple dans les « Ornements d’Or », verset soixante-dix. N’est-ce pas, Mahmoud ?

— « Entrez dans le jardin, vous et vos femmes, et vous y connaîtrez le bonheur. » C’est le meilleur équivalent que l’on puisse en donner en anglais.

— Oui mais… dit Myriam, les belles houris qui servent de compagnes aux hommes dans le Paradis ne me semblent guère laisser de place aux femmes.

— Les houris, expliqua Jubal, sont des créations différentes, comme les djinns et les anges – elles n’ont pas d’âmes, car elles sont de purs esprits, immuables, beaux et éternels. Il existe d’ailleurs un équivalent mâle des houris. Ces créations font en quelque sorte partie du personnel du Paradis. Elles servent des nourritures délicieuses, des boissons enivrantes, et distraient les hommes de mille manières. Les âmes des femmes n’ont pas besoin de travailler, elles. Exact, Mahmoud ?

— À peu près, sauf pour le vocabulaire. Les houris…» Il se leva si brusquement que Myriam se retrouva assise par terre. « Mais après tout… peut-être n’avez-vous pas d’âmes !

— Retirez cela immédiatement, chien d’infidèle ! dit Myriam avec amertume.

— Paix, Maryam. Si vous n’avez pas d’âme, vous n’en êtes pas moins immortelle. Jubal… est-il possible qu’un homme meure sans s’en apercevoir ?

— Je ne sais pas. Je n’ai jamais essayé.

— Aurais-je pu mourir sur Mars, et mon retour ici serait-il un rêve ? Regardez autour de vous ! Le Prophète lui-même envierait ce jardin. Quatre belles houris nous servent à toute heure des boissons et des aliments délicieux. Et il y a même leurs équivalents masculins, si l’on veut être tatillon. Sommes-nous au Paradis ?

— Je peux vous assurer le contraire, dit Jubal. Mes impôts ne sont pas encore payés.

— Soit, mais cela ne m’affecte pas.

— Et ces houris… même si nous admettons que leur beauté est adéquate, la beauté est, après tout, dans l’œil de celui qui regarde…

— Cela, vous me le paierez, patron, dit Myriam.

— … mais reste un des attributs requis des houris.

— Mmmm…, fit Mahmoud, mieux vaut ne pas approfondir. Au Paradis, il s’agirait d’ailleurs d’un attribut spirituel permanent plutôt que d’une condition physique temporaire.

— Dans ce cas, dit Jubal avec emphase, je suis certain qu’elles ne sont pas des houris. »

Mahmoud soupira. « Il faudra donc que j’en convertisse une.

— Pourquoi une seule ? Il existe des endroits où vous pourrez avoir votre quota au complet.

— Non, mon frère. Selon les sages paroles du Prophète, bien que la Loi en permette quatre, il est impossible d’agir justement avec plus d’une.

— Vous me soulagez. Laquelle choisissez-vous ?

— Nous verrons. Maryam, vous sentez-vous spirituelle ?

— Allez au diable ! Je vous en donnerai, des houris !

— Jill ?

— Hé là ! protesta Ben. Laissez-moi ma chance !

— Plus tard, Jill. Anne ?

— Désolée, j’ai un rendez-vous.

— Dorcas ? Vous êtes mon dernier espoir.

— Mahmoud, dit-elle avec douceur, faut-il que je devienne très spirituelle ? »

Mike monta à sa chambre, ferma la porte, s’allongea sur son lit, se mit dans la position du fœtus, avala sa langue et ralentit son cœur. Jill n’aimait pas qu’il fasse cela pendant le jour, mais tant que ce n’était pas en public… il y avait tellement de choses qu’il ne devait pas faire en public, mais seule celle-ci suscitait sa colère. Il attendait ce moment depuis qu’il était sorti de cette chambre emplie d’un grand mal. Il avait tant besoin de se retirer pour essayer de gnoquer.