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(Le révérend Foster avait compris que, dans la lutte pour la liberté religieuse, les coups-de-poing américains et les gourdins valaient mieux que la résistance passive. Son église était on ne peut plus militante. Mais Foster était un excellent tacticien : il n’engageait une bataille que lorsque l’artillerie lourde était du côté du Seigneur.)

«… le sauvèrent et enduirent de goudron et de plumes le faux juge qui l’avait condamné. Et devant… oh, vous ne pouvez pas voir grand-chose, à cause de mon soutien-gorge. Quel dommage. »

(Michaël, que désire-t-elle ?)

(Tu le sais. Dis-le lui.)

« Tante Patty, lui dit Jill gentiment. Vous voulez que nous voyions toutes les images, n’est-ce pas ?

— Eh oui… comme Tim l’explique dans son boniment, Georges a dû se servir de toute ma peau pour que l’histoire soit complète.

— Si Georges s’est donné tant de mal, c’est pour qu’on voie tout. Je vous avais dit que cela me serait égal de faire notre numéro toute nue, et ce n’était que pour amuser les jobards. Mais vous, vous poursuivez un but, un but saint.

— Soit… si vous le voulez vraiment. » Elle chanta un Alléluia silencieux ; Foster la soutenait. Grâce aux saintes images de Georges et avec un peu de chance, elle leur ferait voir la lumière.

« Je vais vous aider. »

(Jill…)

(Michaël ?)

(Attends.)

Avec une stupéfaction indescriptible, Mrs. Paiwonski vit que son slip et son soutien-gorge en lamé avaient disparu ! Jill ne s’étonna pas lorsque son peignoir s’évanouit et fut à peine surprise lorsque la robe de chambre de Mike prit le même chemin. Elle le mit sur le compte de sa politesse de chat.

Mrs. Paiwonski les regardait avec de grands yeux. Jill passa un bras autour de ses épaules. « Allons, chérie, tout va bien. Mike, tu devrais lui dire.

— Oui, Jill. Pat…

— Oui, Smitty ?

— Vous aviez dit que ma magie consistait en tours de passe-passe. Vous alliez ôter vos sous-vêtements. Je l’ai fait pour vous.

— Mais comment ? Où sont-ils ?

— Là où sont le peignoir de Jill et ma robe de chambre. Partis.

— Ne vous tracassez pas, Patty, nous les remplacerons. Mike, tu n’aurais pas dû.

— Désolé, Jill. J’avais gnoqué que c’était bien.

— Tu avais peut-être raison. » Patty n’était d’ailleurs pas trop bouleversée – et surtout, partageant l’éthique des gens du voyage, elle ne parlerait pas.

Mrs. Paiwonski ne s’inquiétait guère d’avoir perdu ces deux bouts d’étoffe, et la nudité – la sienne ou la leur – ne la choquait absolument pas. Mais un problème théologique la troublait fort. « Smitty ? C’était vraiment de la magie ?

— Je pense que c’est le mot qui convient, acquiesça Mike.

— J’appellerais plutôt cela un miracle, dit-elle sans détours.

— Si vous voulez. Ce n’était en tout cas pas de la prestidigitation.

— Je sais bien. » Elle n’avait pas peur. Étant soutenue par la foi, Patricia Paiwonski n’avait peur de rien. Mais elle était inquiète pour ses amis. « Regardez-moi dans les yeux, Smitty. Avez-vous conclu un pacte avec le Diable ?

— Non, Pat. »

Elle continua à lire dans son regard. « Vous ne mentez pas…

— Il ne sait pas mentir, tante Patty.

— Alors, c’est un miracle. Smitty… vous êtes un saint !

— Je ne sais pas, Pat.

— L’Archange Foster ne s’en est aperçu qu’après avoir accompli bien des miracles. Vous êtes un saint homme, Smitty, je le sens. Je l’avais senti dès que je vous ai vu.

— Je ne sais pas, Pat, répéta Mike.

— C’est possible, Patty, admit Jill, mais il ne le sait pas. Michaël… nous en avons trop dit pour ne pas en dire davantage.

— Michaël ! s’exclama soudain Patty. L’Archange Michaël, venu nous voir sous forme humaine !

— Calmez-vous, Patty ! S’il l’est, il n’en sait rien.

— Ce n’est pas nécessaire. Dieu fait Ses miracles comme Il lui semble bon.

— Tante Patty, allez-vous enfin m’écouter ? »

Mrs. Paiwonski apprit que Mike était l’Homme de Mars, et consentit à le considérer comme un homme, tout en réservant son opinion quant à sa nature réelle. Foster aussi avait réellement été un homme pendant son séjour terrestre, bien qu’il eût aussi et toujours été un Archange. Si Jill et Michaël tenaient à affirmer qu’ils n’étaient pas sauvés et à être traités comme de simples mortels, elle se soumettrait à leur désir – les voies du Seigneur sont mystérieuses.

« Considérez-nous comme des « Chercheurs », lui suggéra Mike.

— Oh, mes enfants ! Je suis certaine que vous êtes sauvés, mais Foster aussi n’était qu’un Chercheur dans ses jeunes années. Je vous aiderai. »

Elle participa à un autre miracle. Ils étaient assis sur le tapis ; Jill s’allongea et le suggéra mentalement à Mike. Sans aucun préambule, il la souleva. Patricia la regarda avec un bonheur serein. « Allongez-vous, Pat », lui dit Mike.

Elle obéit avec empressement. Jill tourna la tête. « Tu ferais peut-être mieux de me remettre par terre, Mike.

— Non, c’est inutile. »

Mrs. Paiwonski se sentit doucement soulevée. Elle n’avait pas peur. Elle était submergée par une extase religieuse qui lui faisait comme des éclairs de chaleur dans les reins. Ses yeux s’emplirent de larmes. Elle n’avait pas ressenti un tel pouvoir depuis que saint Foster l’avait touchée. Mike les rapprocha et Jill la serra contre elle, tandis qu’elle sanglotait de bonheur.

Mike les ramena doucement sur le tapis. Il ne ressentait aucune fatigue.

« Mike, dit Jill, il nous faudrait de l’eau. »

(???)

(Oui.)

(Et… ?)

(C’est une nécessité élégante. Pourquoi crois-tu qu’elle soit venue ?)

(Je le savais, mais je n’étais pas certain que tu le savais… ni que tu serais d’accord. Oh mon frère. Oh moi-même.)

(Mon frère.)

Mike envoya un verre dans la salle de bains, le fit emplir par le robinet, le fit revenir et le mit dans la main de Jill. Mrs. Paiwonski observait tout avec intérêt : plus rien n’aurait pu l’étonner. Jill lui dit : « C’est comme le baptême, tante Patty… et comme le mariage. C’est une coutume martienne. Cela implique une confiance absolue… vous pouvez tout nous dire et nous pouvons tout vous dire… nous sommes liés, maintenant et pour toujours. Mais une fois que c’est fait, on ne peut plus revenir en arrière. Si vous le rompiez, nous mourrions sur-le-champ, sauvés ou non. Et si nous y étions infidèles… mais nous ne le serons pas. Mais ne partagez pas l’eau avec nous si vous ne voulez pas vous engager ; nous resterions quand même amis. Si c’est contraire à votre foi, ne le faites pas. Nous ne faisons pas partie de votre église et n’en ferons sans doute jamais partie. Vous pouvez tout au plus nous considérer comme des « Chercheurs ». Mike ?

— Nous gnoquons, affirma-t-il. Pat, Jill dit vrai. J’aimerais pouvoir vous le dire en martien, ce serait plus clair. C’est comme le mariage, et bien plus encore. Nous sommes libres de vous offrir de l’eau… mais si une raison quelconque, dans votre religion ou dans votre cœur, vous empêche de l’accepter, ne buvez pas ! »