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« Je voulais vous montrer ce que la Foi peut faire, mais le véritable changement est intérieur. Le Bonheur. Le doux Seigneur sait que le verbe n’est pas mon fort, mais je vais essayer de vous expliquer. Il faut d’abord comprendre que toutes les autres pseudo-églises sont des pièges du Malin. Notre doux Jésus a prêché la Vraie Foi, mais au cours des Années Sombres Sa parole a été dénaturée au point qu’il ne l’aurait plus reconnue. Alors, Foster fut envoyé pour lui rendre sa clarté, et écrivit Sa Nouvelle Révélation. »

Patricia Paiwonski leva les bras, devenue soudain une prêtresse vêtue d’une sainte dignité et de symboles sacrés. « Dieu veut que nous soyons Heureux. Dieu laisserait-il fermenter le jus de la vigne s’il ne voulait pas que nous soyons Heureux en le buvant ? Il aurait tout aussi bien pu le laisser sous forme de jus de raisin, ou le tourner en vinaigre… Est-ce que ce n’est pas vrai ? Évidemment, Il ne veut pas que nous devenions ivres morts, que nous battions notre femme et négligions nos enfants… Non, Il nous donne les bonnes choses pour en user, non pour en abuser. Mais si vous avez envie de boire un verre ou même six en compagnie d’amis qui ont vu la lumière, et que cela vous donne envie de danser et de remercier le Seigneur… pourquoi pas ? Dieu a créé l’alcool, et Il a créé les pieds… pour le Bonheur de l’homme ! »

Elle s’interrompit. « Remplissez mon verre, chérie. Parler donne soif – pas trop de soda, c’est du trop bon whisky. Et ce n’est pas tout. Si Dieu n’avait pas voulu que l’on regarde les femmes, il les aurait faites laides, exact ? Dieu ne triche pas. Il respecte les règles du jeu qu’il a créé.

« Bien ! Dieu veut donc que nous soyons Heureux, et il nous a dit comment : « Aimez-vous les uns les autres. » Aimez un serpent si la pauvre bête a besoin d’amour. Aimez votre voisin, et ne montrez le poing qu’aux corrupteurs sataniques qui voudraient vous éloigner du droit chemin et vous entraîner dans le gouffre. Et quand je dis aimer, je ne parle pas de ces vieilles filles pusillanimes qui n’osent pas lever les yeux de leurs livres de prières de peur d’entrevoir la tentation de la chair. Si Dieu haïssait la chair, pourquoi en aurait-Il tant créé ? Dieu n’est pas une poule mouillée. Il a créé le Grand Canon, les comètes qui traversent le ciel, les cyclones, les étalons et les tremblements de terre… Un Dieu qui fait tourner tout cela se détournerait-Il lorsqu’une jolie gosse se penche vers son môme et qu’un homme aperçoit un bout de sein ? Allons, mes enfants, vous ne croyez pas cela ! Quand Dieu nous a dit d’aimer, il voulait dire aimer. Aimez les petits bébés qui ont toujours besoin d’être changés, aimez les hommes forts et qui sentent la sueur pour qu’il y ait plus de bébés à aimer… et entre-temps, continuez à aimer parce que c’est si bon !

« Bien sûr, ça ne veut pas dire qu’il faut le marchander, pas plus que je ne dois me saouler avec cette bouteille et puis aller casser la g… à un flic. Non, l’amour ne se vend pas ; on n’achète pas le Bonheur… ça n’a pas de prix, et si vous croyez que cela en a un, l’Enfer vous attend. Mais si vous donnez et recevez généreusement ce dont Dieu nous a abondamment dotés, le Diable ne peut pas vous approcher. De l’argent ? » Elle regarda Jill. « Voyons, mon trésor, partageriez-vous l’eau avec quelqu’un pour un million de dollars ? Mettons même dix millions, libres d’impôts ?

— Évidemment pas. » (Tu gnoques cela, Michaël ?)

(Presque pleinement, Jill. L’attente.)

— Vous voyez, ma chérie ? Je savais que cette eau contenait de l’amour. Vous êtes des Chercheurs, très proches de la lumière. Mais puisque, grâce à l’amour que vous portez en vous, vous “avez partagé de l’eau et vous êtes rapprochés”, comme dit Mike, je peux vous parler de choses que je ne dirais généralement pas à des Chercheurs…»

Le révérend Foster – ordonné par lui-même ou par Dieu, selon l’autorité à laquelle on se réfère – avait un instinct extraordinaire pour sentir le pouls de son époque, plus fort que celui d’un forain jaugeant un jobard. Tout au long de son histoire, la culture américaine a eu une personnalité divisée. Ses lois étaient puritaines, son comportement secret presque rabelaisien. Ses religions étaient apolliniennes, et ses renouveaux, dionysiaques. Au XXe siècle (ère chrétienne terrestre), le sexe n’était aussi vigoureusement réprimé nulle part ailleurs sur Terre, et nulle part ailleurs on ne s’y intéressait aussi passionnément.

Foster avait deux traits en commun avec tous les grands chefs religieux de la planète : sa personnalité était d’un très grand magnétisme, et sexuellement il s’écartait fortement de la norme. Les grands chefs religieux ont toujours été ou bien des célibataires ou bien leur antithèse absolue. Foster n’était pas célibataire.

Ni ses femmes ; ni ses prêtresses, d’ailleurs. La cérémonie de renaissance de la Nouvelle Révélation comportait un rite particulièrement apte à rapprocher les êtres entre eux.

De nombreux cultes avaient utilisé la même technique, mais ce fut Foster qui la mit en honneur aux États-Unis. Il fut chassé de bien des villes avant d’avoir mis au point une méthode permettant la généralisation de son culte caprin. Il fit des emprunts à la franc-maçonnerie, au catholicisme, au parti communiste et à la haute finance, de même qu’il composa sa Nouvelle Révélation en s’inspirant largement des anciennes écritures, le tout enveloppé dans un retour au christianisme primitif. Il établit une église extérieure ouverte à tous ; puis venait une église intermédiaire, celle des « Bienheureux », qui payaient la dîme, profitaient des avantages consentis grâce aux intérêts commerciaux croissants de l’église, et participaient à un incessant carnaval de Bonheur, Bonheur, Bonheur ! Leurs péchés étaient pardonnés, et bien peu de choses étaient coupables tant qu’ils soutenaient leur église, agissaient honnêtement avec les autres Fostérites, condamnaient les pécheurs et restaient Heureux. La Nouvelle Révélation n’encourageait pas spécifiquement la lubricité, mais devenait particulièrement mystique dès qu’il s’agissait de questions sexuelles.

L’église moyenne fournissait aussi les troupes de choc. Foster imitait les méthodes du syndicat des travailleurs de l’Industrie du début du XXe siècle. Lorsqu’une communauté tentait de supprimer une implantation fostérite, des Fostérites venus de tout le pays convergeaient vers cette ville jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de prisons ni de policiers pour les contenir – et les dégâts, tant corporels que matériels, étaient importants.

Aucune condamnation ne tenait. La Cour Suprême (et plus tard la Haute Cour) ne ratifia jamais la condamnation d’un Fostérite en tant que Fostérite. Foster veillait à ce que toute poursuite judiciaire soit considérée comme une persécution.

Au centre de l’église ouverte se trouvait l’Église Intérieure, composée d’un noyau d’hommes entièrement dévoués, prêtres ou chefs laïques, détenant les clefs et décidant de la politique. Ceux-là étaient « nés une seconde fois », au-delà du péché, assurés du Ciel, et seuls célébrants des mystères occultes.

Foster les choisissait avec le plus grand soin, et même personnellement au début. Il cherchait des hommes semblables à lui, et des femmes ressemblant à ses épouses-prêtresses : dynamiques, animés d’une foi inébranlable, obstinés, et libérés (ou susceptibles de le devenir, une fois débarrassés de leur culpabilité et de leur insécurité) de la jalousie dans le sens le plus humain du mot. Et tous étaient potentiellement des satyres et des nymphes, car l’église secrète était ce culte dionysiaque qui manquait à l’Amérique et pour lequel existait un immense marché potentiel.