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— Fais-la rester avec nous. »

(L’attente, Jill.)

(Je sais.)

Il ajouta : « Je doute que nous pourrions lui offrir tout ce dont elle a besoin. Elle veut tout le temps se donner, à tout le monde. Les Rencontres Heureuses, les serpents et les jobards ne lui suffisent déjà pas. Elle veut s’offrir au monde entier sur un autel, et les rendre tous heureux. Cette Nouvelle Révélation… elle représente sans doute autre chose pour d’autres gens, mais pour elle, c’est cela.

— Oui, Mike chéri.

— Il est temps de partir. Choisis une robe et prends ton sac. Je vais nettoyer le reste. »

Jill aurait aimé prendre une ou deux choses, mais Mike voyageait toujours avec juste ce qu’il avait sur le dos, et semblait gnoquer que c’était également ce qu’elle préférait. « Je mettrai la jolie bleue. »

La robe flotta jusqu’à elle, s’arrêta au-dessus de ses bras levés et descendit la recouvrir. La fermeture à glissière se ferma. Des chaussures marchèrent vers elle ; elle entra dedans. « Je suis prête. »

Mike avait capté l’essence de sa pensée mais non le concept précis auquel elle s’appliquait, car il était trop éloigné des idées martiennes. « Jill ? Veux-tu que nous nous mariions ? »

Elle y réfléchit. « Nous sommes dimanche, c’est impossible.

— Demain, alors. Je gnoque que cela te plairait.

— Non, Mike.

— Pourquoi pas, Jill ?

— Cela ne nous rendrait pas plus proches, car nous avons déjà partagé l’eau. C’est vrai en martien comme en anglais.

— Oui.

— Il y a encore une autre raison, seulement en anglais. Je ne voudrais pas que Dorcas, Anne et Myriam – sans oublier Patty, aient l’impression que je veux les évincer.

— Je suis sûr qu’elles ne croiraient pas cela, Jill.

— Je préfère ne pas courir ce risque inutile. Inutile parce que tu m’as épousée il y a des siècles déjà, dans une chambre d’hôpital. » Elle hésita. « Mais il y a autre chose que tu pourrais faire pour moi.

— Oui, Jill ?

— Tu pourrais m’appeler de noms gentils ! Comme je le fais avec toi.

— Oui, Jill. Quels noms gentils ? »

Elle se jeta à son cou. « Mike, tu es l’homme le plus adorable que j’aie jamais rencontré… et la créature la plus exaspérante des deux planètes ! Ne t’inquiète pas. Appelle-moi simplement « petit frère » de temps en temps. Cela me fait délicieusement frémir.

— Oui, Petit Frère.

— Oh, Mike ! Dépêchons-nous de partir, avant que je ne t’entraîne de nouveau au lit. Rejoins-moi en bas ; je vais payer la note. » Elle sortit brusquement.

Ils prirent le premier Lévrier sans même regarder sa destination. Une semaine plus tard, ils s’arrêtèrent dans les Poconos, partagèrent l’eau pendant quelques jours, et partirent sans dire au revoir. C’était une coutume humaine à laquelle Mike était décidément réfractaire. Il ne l’utilisait qu’avec des étrangers.

Peu après, ils arrivèrent à Las Vegas. Mike jouait tandis que Jill tuait le temps comme girl dans une revue. Comme elle ne savait ni chanter ni danser, elle paradait en souriant, vêtue d’un invraisemblable chapeau et d’un carré de lamé ; telle était sa place dans la Babylone de l’Ouest. Elle préférait travailler pendant que Mike était occupé ; il réussissait toujours à lui procurer le job qu’elle convoitait. Et comme les casinos ne ferment jamais, Mike était occupé pour ainsi dire tout le temps.

Mike prenait garde à ne pas trop gagner, et respectait des limites fixées par Jill. Après avoir soutiré quelques milliers de dollars à chaque casino, il les remettait en jeu, pour ne jamais gagner gros. Puis, il travailla comme croupier, laissant la petite boule rouler sans intervenir, mais il observait les gens, essayant de gnoquer pourquoi ils jouaient. Il sentit un mobile intensément sexuel, et gnoqua qu’il était mauvais.

Jill considérait que les clients du grandiose restaurant-théâtre où elle travaillait étaient des jobards ; comme tels, ils ne comptaient pas. Mais elle s’aperçut avec surprise qu’elle prenait un plaisir actif à se produire devant eux. Elle examina ses sentiments avec une honnêteté toute martienne. Elle avait toujours pris plaisir à être regardée admirativement par les hommes qu’elle trouvait suffisamment attirants pour avoir envie de les toucher, et avait été dépitée de constater que la vue de son corps ne signifiait rien pour Mike, bien qu’il fût aussi dévoué à son corps qu’elle pouvait le rêver…

… lorsqu’il n’était pas préoccupé. Et même alors il faisait preuve de générosité, acceptait sans se plaindre qu’elle le tirât de sa transe et se montrait heureux, ardent et amoureux.

C’était une de ses curieuses particularités, comme son incapacité de rire. Jill conclut qu’elle aimait être visuellement admirée par des étrangers parce que c’était précisément cela que Mike ne lui donnait pas.

Mais, dans son honnêteté vis-à-vis d’elle même, elle balaya bientôt cette théorie. Les hommes qui composaient le public étaient pour la plupart trop vieux, trop gras, trop chauves pour qu’elle les trouvât attirants. Jill avait toujours considéré avec mépris les « vieux débauchés », mais pas tous les vieux hommes… Jubal pouvait la regarder, et même se servir d’un langage cru, sans jamais lui donner l’impression qu’il aurait aimé se trouver seul avec elle pour la peloter.

Elle s’aperçut toutefois que ces « vieux débauchés » ne la faisaient pas grincer des dents. Leurs regards admiratifs ou concupiscents – et elle les sentait, pouvait identifier leurs sources – ne la gênaient pas. Ils la réchauffaient, lui procuraient une satisfaction béate.

Jusqu’alors, « exhibitionnisme » n’avait été pour elle qu’un terme technique désignant une faiblesse méprisable. Et maintenant, en mettant le sien en lumière, elle se dit que cette forme de narcissisme était normale, ou alors qu’elle était anormale. Mais elle ne se sentait nullement anormale ; en fait, elle se sentait plus saine que jamais.

Bon. Si une femme saine et normale aime être regardée, il s’ensuit comme la nuit suit le jour que les hommes sains aiment regarder, sans quoi cela n’aurait plus de sens ! À ce point de ses réflexions, elle comprit, intellectuellement du moins, Duke et ses photos.

Elle en parla à Mike, qui ne vit pas en quoi cela aurait pu la gêner qu’on la regardât. Il comprenait qu’on désire ne pas être touché. Mike évitait généralement de serrer les mains, et n’acceptait d’être touché que par ses frères. (Jill ne savait pas jusqu’où cela allait vraiment. Après que Mike ait lu un livre sur ce sujet, elle lui avait expliqué l’homosexualité, et lui avait donné des conseils pour éviter les homosexuels ; elle savait que Mike les attirerait. Sur ses conseils, il se fit un visage plus masculin, alors qu’il était d’une beauté assez androgyne. Mais Jill n’était pas certaine qu’il refuserait – avec Duke, par exemple. Heureusement, la plupart de ses frères mâles étaient fortement masculins, de même que les autres étaient des femmes très féminines. Jill se demanda s’il ne détectait pas quelque chose de « mauvais » dans les infortunés intermédiaires, et en voie de conséquence ne leur offrait jamais de l’eau.)

Mike ne comprenait pas davantage pourquoi elle prenait soudain plaisir à être regardée. À l’époque de leur départ de la foire, leurs attitudes étaient similaires : Jill était alors indifférente aux regards. Elle voyait maintenant que son attitude actuelle existait déjà à l’état embryonnaire. Au cours de sa difficile adaptation à l’Homme de Mars, elle avait rejeté la plupart de ses conditionnements culturels, et le reste de pudibonderie qu’elle avait conservé malgré sa profession d’infirmière.