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Elle fut capable d’admettre qu’elle portait en elle quelque chose d’aussi joyeusement éhonté qu’une chatte en chaleur.

Elle essaya d’expliquer cela à Mike, ainsi que sa théorie de la complémentarité entre l’exhibitionnisme narcissique et le voyeurisme. « La vérité, Mike, c’est que ça me fait quelque chose quand les hommes me regardent… un tas d’hommes, n’importe lesquels. Je gnoque maintenant pourquoi Duke aime ces photos, et plus elles sont sexy, mieux cela vaut. Cela ne signifie pas que j’aie envie de coucher avec eux, pas plus que Duke ne désire coucher avec ses photos. Mais lorsqu’ils me regardent et me disent, en pensée, que je suis désirable, cela me fait frémir jusqu’au cœur de mon être. » Elle plissa le front. « Je devrais me faire faire des photos vraiment vilaines et les envoyer à Duke… pour lui dire que je regrette de ne pas avoir gnoqué ce que je croyais être une faiblesse de sa part. Si c’est une faiblesse, je la partage, dans sa version féminine. Mais je gnoque que ce n’en est pas une.

— D’accord. Nous trouverons un photographe. »

Jill secoua la tête. « Non. Je lui écrirai une lettre pour m’excuser. Duke n’a jamais essayé de flirter avec moi, et je ne voudrais pas lui donner des idées.

— Tu ne voudrais pas Duke, Jill ? »

Elle entendit en esprit un écho de « frère d’eau ». « Hum… Je n’y avais jamais pensé. Je crois que je t’étais « fidèle ». Mais je gnoque que tu parles vrai. Je ne repousserais pas Duke, et cela me ferait même plaisir ! Hein, que dis-tu de cela, Mike chéri ?

— Je gnoque une bonté, répondit-il sans sourire.

— Mon galant martien… il y a des moments où les femelles humaines apprécient un semblant de jalousie, mais je crois qu’il n’y a aucune chance pour que tu gnoques jamais la jalousie. Ah, mon chéri ! Que gnoquerais-tu si un de ces jobards m’approchait de trop près ? »

Mike sourit imperceptiblement. « Je gnoque qu’il disparaîtrait.

— Je le gnoque aussi. Mais écoute-moi bien, Mike. Tu m’as promis que tu n’agirais ainsi qu’en cas de danger réel. Si tu m’entends hurler, et que tu vois dans mon esprit que ça va vraiment mal, c’est autre chose. Mais je me défendais contre les loups quand tu étais encore sur Mars. Lorsqu’une fille se fait violer, c’est neuf fois sur dix de sa faute, du moins en partie. Ne sois donc pas trop pressé d’agir.

— Je m’en souviendrai. J’aimerais que tu envoies cette vilaine photo à Duke.

— Mais pourquoi ? Si je voulais entreprendre Duke – et cela se pourrait, maintenant que tu m’en as donné l’idée –, je le prendrais par les épaules et lui dirais : « Alors, Duke, qu’en dis-tu ? Je suis consentante. » Mais je ne tiens pas à lui envoyer une vilaine photo comme ces femmes t’en envoyaient. Mais si tu y tiens, je veux bien. »

Mike plissa le front. « Si tu le veux, fais-le ; sinon, ne le fais pas. Mais j’aurais voulu voir prendre la photo. Qu’est-ce que c’est, une « vilaine » photo, Jill ? »

Mike ne s’expliquait pas le changement d’attitude de Jill, et cela faisait longtemps que la collection « artistique » de Duke l’intriguait. Mais le pâle équivalent martien de la tumultueuse sexualité humaine ne lui avait donné aucune base pour gnoquer le narcissisme et le voyeurisme, la pudeur ou l’exhibitionnisme. Il ajouta : « Vilain veut dire un petit peu mauvais, mais je gnoque que tu parlais plutôt d’une chose bonne.

— Je suppose que ça peut être ou bien l’un ou bien l’autre ; cela dépend de celui qui la regarde. Je ne peux pas t’expliquer, Mike. Il faut que je te montre. Ferme les volets, s’il te plaît. »

Quand ce fut fait, elle dit. « Bien, allons-y. Tu vois, cette pose est tout juste un petit peu vilaine, les girls l’utilisent souvent. Celle-là l’est un peu plus ; il n’y en a pas beaucoup qui la prendraient devant un public. Mais en voilà une vraiment vilaine… et celle-ci l’est très. Quand à celle-là, elle l’est tellement que je ne voudrais même pas qu’on me photographie comme ça avec une serviette sur le visage… à moins que tu ne le veuilles vraiment.

— Pourquoi le voudrais-je, si ton visage est caché ?

— Je ne sais pas. Demande à Duke.

— Je ne gnoque pas de mal ni de bien. Je gnoque…» Il utilisa un mot martien désignant un état émotionnel absolument neutre. Ils continuèrent à en discuter, partiellement en martien, qui permettait une discrimination très précise des sentiments et des valeurs, partiellement en anglais, mieux adapté à l’expression des concepts.

Désireux d’éclaircir ce mystère, Mike prit ce soir-là une table au premier rang, non sans avoir, sur la suggestion de Jill, graissé la patte au maître d’hôtel. Jill entra en scène en se pavanant, un sourire pour tous et un clin d’œil complice pour Mike, qui n’était guère qu’à trois mètres d’elle. Dès le quatrième jour, le metteur en scène l’avait placée au premier rang des girls, lui disant : « Je ne sais pas ce qui se passe, mon petit. J’ai des filles deux fois mieux faites que vous, mais c’est vous que le public regarde. »

Elle prit sa pose, et parla avec Mike en esprit. (Tu sens quelque chose ?)

(Je gnoque, mais pas avec plénitude.)

(Suis mon regard, mon frère. Le petit. Il est tout palpitant, et il a soif de moi.)

(Je gnoque sa soif.)

(Le vois-tu ?) Jill fixa le spectateur, à la fois pour accroître son intérêt et pour que Mike puisse le voir par ses yeux à elle. Elle avait commencé à apprendre cette commodité martienne, mais n’en avait pas encore le contrôle. Mike pouvait voir par ses yeux simplement en l’en avertissant, mais elle ne pouvait y parvenir que s’il y donnait toute son attention.

(Nous le gnoquons ensemble), acquiesça Mike. (Grande soif pour Petit Frère.)

(!!!)

(Oui. Très belle agonie.)

À un signal de la musique, Jill se remit en mouvement, avec une sensualité que sa fierté redoublait, et en sentant le désir monter en elle en réponse aux émotions de Mike et de l’étranger. La mise en scène voulait qu’elle avançât vers ce dernier, et elle continua à le regarder dans les yeux.

Il se passa alors une chose qui la prit au dépourvu, parce que Mike ne lui avait jamais dit que c’était possible. Elle recevait les émotions du petit homme et les transmettait à Mike…

… lorsque soudain elle se vit par les yeux de l’étranger, et sentit dans toute sa force le besoin primitif avec lequel il la voyait.

Elle trébucha et serait tombée si Mike ne l’avait pas retenue et soutenue jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau capable de marcher. Toute perception inhabituelle avait disparu.

La parade des beautés se dirigea vers les coulisses. Lorsqu’elles furent hors de vue du public, la fille qui se trouvait derrière elle lui demanda : « Que s’est-il passé, Jill ?

— J’avais accroché mon talon.

— Le plus beau rétablissement que j’aie jamais vu ! On aurait dit une marionnette soutenue par des ficelles. »

(… si tu savais comme c’est vrai !) « Je vais demander au régisseur de faire vérifier cet endroit. Il doit y avoir une planche mal clouée. »

Pendant le reste du spectacle, Mike lui fit entrevoir comment elle apparaissait à plusieurs autres spectateurs, mais en évitant de la prendre par surprise. Jill fut stupéfaite par la diversité de ces images : l’un admirait ses jambes, un autre était fasciné par les ondulations de ses hanches, un troisième n’avait d’yeux que pour sa poitrine. Ensuite, Mike lui fit voir certaines de ses collègues ; elle fut heureuse de constater qu’il les voyait à peu près comme elle mais avec plus de force… et stupéfaite de sentir ses propres émotions s’accroître lorsqu’elle regardait les autres filles à travers les yeux de Mike.