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Mike partit avant la fin, pour éviter la bousculade. Elle ne s’attendait pas à le revoir de la nuit, car il avait juste pris quelques heures pour venir voir le spectacle. Elle sentit sa présence avant même d’entrer dans l’hôtel. La porte s’ouvrit pour l’accueillir et se referma derrière elle. « Hello, chéri ! cria-t-elle. Que c’est gentil d’être rentré ! »

— Je gnoque les vilaines images maintenant, lui dit-il en souriant. » Jill sentit ses vêtements disparaître. « Fais de vilaines images.

— Hein ? Si tu veux, chéri. Bien sûr. » Elle prit une série de poses, comme la première fois. Mike lui prêtait ses yeux pour se voir elle-même. Et en se regardant, elle sentit leurs émotions s’amplifier mutuellement par un effet d’écho réciproque. Pour finir, elle prit la pose la plus lascive qu’elle put imaginer.

« Les vilaines images sont une grande bonté, dit Mike gravement.

— Oui ! Et je les gnoque aussi maintenant. Qu’attends-tu ? »

Ils cessèrent de travailler et firent le tour de toutes les boîtes de Las Vegas. Jill s’aperçut qu’elle ne « gnoquait les vilaines images » qu’à travers des yeux masculins. Lorsque Mike regardait, elle partageait ses émotions, du plaisir mi-esthétique, mi-sensuel, à la franche excitation sexuelle. Mais si l’attention de Mike était ailleurs, le modèle, la danseuse ou la strip-teaseuse redevenait une simple femme. Cela la soulagea plutôt : c’en eût été trop si elle s’était en plus découvert des tendances lesbiennes.

Mais c’était une « grande bonté » de voir les filles par ses yeux, et une bonté extatique de savoir enfin qu’il la regardait de la même façon.

Ils quittèrent Las Vegas pour Palo Alto, où Mike essaya d’avaler la bibliothèque Hoover en entier, mais les visionneuses n’étaient pas assez rapides, et il ne tournait pas les pages assez vite pour pouvoir tout lire. À la fin, il dut admettre qu’il absorbait les informations plus rapidement qu’il ne pouvait les gnoquer. Au grand soulagement de Jill, ils partirent pour San Francisco où il s’embarqua dans une recherche systématique.

Un jour, en revenant dans leur appartement, elle le vit assis sans rien faire, entouré d’un tas de livres : le Talmud, le Livre des Morts tibétain, le Kama-Sutra, plusieurs versions de la Bible, le Livre des Mormons. Le précieux exemplaire, de la Nouvelle Révélation dont Patty leur avait fait cadeau, divers Apocryphes, la version intégrale du Rameau d’or de Frazer, le Coran, la Voie, Science et Santé suivi d’une clef des Écritures, les écrits sacrés d’une douzaines d’autres religions majeures ou mineures, jusques et y compris des bizarreries comme le Livre de la Loi de Crowley.

— « Ça ne va pas, chéri ?

— Je ne gnoque pas, Jill. »

(L’attente, Michaël. L’attente de la plénitude.)

« Je ne pense pas que l’attente amènera la plénitude. Je sais ce qui ne va pas : je ne suis pas un homme, mais un Martien pris dans un corps qui ne lui va pas.

— Tu es suffisamment homme pour moi, Mike chéri, et j’adore le corps que tu as.

— Je suis certain que tu gnoques ce dont je parle. Je ne gnoque pas les hommes, je ne gnoque pas la multiplicité des religions. Tandis que dans mon peuple…

— Ton peuple, Mike ?

— Désolé. J’aurais dû dire chez les Martiens… il n’y a qu’une seule religion, et qui n’est pas une croyance mais une certitude. Tu le gnoques : « Tu es Dieu ! »

— Oui, je le gnoque… en martien. En anglais, cela ne veut pas dire la même chose. Je ne sais pas pourquoi.

— Oui… Sur Mars, lorsque nous voulions savoir quelque chose, nous le demandions aux Anciens et la réponse était toujours juste. Jill, est-il vraiment possible que les humains n’aient pas d’« Anciens » ? Pas d’âmes, je veux dire. Lorsque nous nous désincarnons – mourons – mourons-nous morts, complètement, sans qu’il reste rien ? Vivons-nous dans l’ignorance parce que tout cela n’a aucune importance ? Parce que nous passons, sans laisser la moindre trace derrière nous, en un temps si court qu’un Martien l’userait pour une seule longue méditation ? Dis-moi, Jill. Tu es humaine. »

Elle sourit avec une sobre sérénité. « Tu m’as déjà tout dit, Mike. Tu m’as appris à connaître l’éternité, et tu ne peux plus me le retirer. On ne peut pas mourir, Mike, on ne peut que se désincarner… Ce corps que tu m’as appris à voir par tes yeux, et que tu as si bien su aimer, disparaîtra un jour, mais moi je ne disparaîtrai pas… Je suis qui je suis ! Tu es Dieu et je suis Dieu et nous sommes Dieu, éternellement. Je ne sais pas où je serai ni si je me souviendrai avoir été Jill Boardman, qui avec un égal plaisir nettoyait les cuvettes des malades et se déshabillait sur scène. J’ai aimé ce corps…»

Mike rejeta les vêtements de Jill avec une impatience qui ne lui était pas coutumière.

« Merci, Mike, dit-elle. Ce corps a été bon pour moi, et pour toi. Pour nous deux qui y pensions. Mais je ne crois pas que je le regretterai quand ce sera terminé. J’espère que tu le mangeras lorsque je me désincarnerai.

— Je te mangerai, bien sûr… à moins que je ne me désincarne avant toi.

— Cela m’étonnerait. Avec le contrôle que tu as sur ton corps, je pense que tu pourras vivre plusieurs siècles. À moins que tu ne te désincarnes volontairement.

— Cela pourrait arriver. Mais pas encore. Jill, dans combien d’églises sommes-nous allés ?

— Dans toutes celles qui existent à San Francisco, sans compter les services fostérites pour les Chercheurs.

— Ça c’était pour faire plaisir à Pat ; je n’y serais jamais retourné si tu ne m’avais pas dit qu’elle avait besoin de savoir que nous n’avons pas abandonné.

— Elle en a besoin, et nous ne pouvons pas lui mentir.

— En fait, admit-il, les Fostérites ont pas mal de choses. Tout est déformé, bien sûr, ils tâtonnent. Mais ils ne corrigeront jamais leurs erreurs parce que cela…» Il fit planer le livre de Patty à leur hauteur, «… est presque entièrement bon à jeter au rebut !

— Je sais. Mais Patty ne s’en aperçoit pas. Elle est trop innocente. Elle est Dieu, et agit en conséquence… mais elle ne sait pas qu’elle l’est.

— Eh oui ! fit Mike. Voilà notre Pat. Elle ne le croit que lorsque je le lui dis… Mais voyons, Jill, il n’y a que trois choses vers lesquelles nous puissions nous tourner. D’abord la science ; quand j’étais encore dans le nid, on m’en a appris bien plus sur la façon dont l’univers fonctionne que ce que les savants humains sont prêts à accepter. Je ne peux même pas leur parler d’un truc aussi élémentaire que la lévitation. Ce n’est pas que je veuille rabaisser les savants ; je gnoque que ce qu’ils font est nécessaire, mais nous ne cherchons pas la même chose. On ne gnoque pas un désert en comptant les grains de sable. Ensuite, il y a la philosophie, qui est censée avoir réponse à tout. Et ? À la fin de leur démarche, ils retrouvent en tout et pour tout ce qu’ils y avaient mis au début, sauf ceux qui se leurrent eux-mêmes en prouvant leurs hypothèses par leurs conclusions. Comme Kant et tant d’autres qui courent après leur propre queue. La réponse devrait donc se trouver là », il désigna la pile de livres, « seulement elle n’y est pas. Quelques fragments qui gnoquent juste, mais jamais un ensemble cohérent, à moins de faire appel à la foi. Ah, la Foi ! Quel vilain mot. Jill, pourquoi ne me l’as tu pas mentionné en m’apprenant la liste des mots à ne pas utiliser en société ? » Jill sourit. « Mike, tu viens de faire une plaisanterie !