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— Ma foi, dit sa mère qui avait l’air très contente, même si tu ne vois rien de réel, il y a quand même bien quelque chose qui stimule ton cortex, non ? Et ça, c’est une excellente nouvelle.

— Ça donne vraiment l’impression d’être réel, dit Caitlin.

— Téléphonons à Kuroda, dit son père. Ah, voyons, quelle heure est-il, là-bas ?

— Ils ont quatorze heures d’avance sur nous, répondit Caitlin. (Elle tâta sa montre.) Il doit être 11:28 le dimanche matin.

— Il y a donc des chances pour qu’il soit chez lui.

— On a son numéro de téléphone personnel ? demanda sa mère.

— Il est dans sa signature, dit Caitlin en ouvrant un des messages du médecin pour que sa mère puisse le lire à l’écran.

Sa mère devait tenir le combiné contre son oreille, mais Caitlin entendit des petits bips tandis qu’elle composait le numéro, puis la sonnerie suivie d’une voix de femme :

— Konnichi wa.

— Allô, dit sa mère. Parlez-vous anglais ?

— Ah, oui, fit la voix que cette question semblait avoir prise au dépourvu.

— C’est Barbara Decter à l’appareil. Je vous appelle du Canada. Masayuki-san est-il disponible ?

— Ah, juste une minute, dit la femme. Attendez. Caitlin compta les secondes dans sa tête et fut amusée de constater qu’au bout d’une minute exactement, la voix sifflante du Dr Kuroda se fit entendre à l’autre bout du fil.

— Bonjour, Barbara, dit-il de cette voix forte que les gens ont tendance à adopter quand ils téléphonent de très loin. Alors, ça y est, ça marche ?

— D’une certaine façon, répondit sa mère. Je vous passe Caitlin.

— C’est un téléphone mains libres, dit Caitlin en tendant le bras. (Elle connaissait suffisamment bien son appareil pour trouver aussitôt la touche haut-parleur.) Tu peux reposer le combiné. (Elle entendit le petit déclic et poursuivit :) Hello, docteur Kuroda.

— Hello, Caitlin. Le nouveau logiciel apporte quelque chose ?

— Oui, si on veut. Pendant que je le transférais sur mon implant, j’ai commencé à voir des droites et des cercles.

— C’est formidable ! dit Kuroda. Comment sont-ils ? De quelle couleur ?

— Je n’en ai pas la moindre idée.

— Ah, oui, bien sûr. Désolé. Mais… c’est fascinant ! Mais, hem, vous m’avez bien dit que ça a commencé pendant le téléchargement ?

— Oui, c’est ça. Juste après qu’il a démarré.

— Eh bien, alors, ça ne peut pas être un effet du nouveau logiciel. L’implant a continué de tourner sur la version précédente tant que la nouvelle n’a pas été complètement chargée sur la mémoire flash.

— Il s’agit manifestement de bruits parasites, dit son père comme si c’était désormais un fait acquis. Un courant électrique induit par le téléchargement.

— C’est impossible, rétorqua Kuroda. Pas avec ce microprocesseur.

— Qu’est-ce que c’est, alors ? demanda sa mère.

— Hmm… fit Kuroda.

Caitlin entendit un cliquetis de touches, et soudain…

— Hé ! s’écria-t-elle.

— Qu’y a-t-il ? demanda sa mère.

— Une nouvelle droite vient juste d’apparaître dans mon champ de vision !

La voix de Kuroda, étonnée :

— Vous arrivez à voir en ce moment ?

— Oui.

— Ne m’avez-vous pas dit que vous ne pouviez voir que pendant le téléchargement ?

— Si, mais je l’ai relancé. La première fois, quand il s’est terminé, je n’ai plus rien vu, alors j’ai recommencé.

— Et vous venez de voir apparaître une nouvelle droite ?

— Oui.

Encore quelques petits clics.

— Et là ?

— Elle a disparu ! Hé, comment vous avez fait ? Kuroda dit un mot en japonais.

— Que se passe-t-il ? intervint sa mère.

— Et maintenant, mademoiselle Caitlin ?

— Elle est revenue !

— C’est incroyable… dit Kuroda.

— Qu’est-ce qui est incroyable ? demanda sa mère qui semblait agacée.

— Où regardiez-vous quand la ligne est apparue ? demanda Kuroda.

— Nulle part. Je ne faisais pas vraiment attention. Je vous écoutais, et mon champ de vision est revenu en, hem, en position neutre, j’imagine – celle sur laquelle il se centre toujours. Qu’est-ce que vous avez fait ?

— Je suis chez moi en ce moment, dit Kuroda. Et le logiciel que vous téléchargez est sur mon serveur au bureau. Je me suis donc simplement connecté pour en télécharger une copie afin de vérifier qu’il ne s’agit pas d’un problème de corruption, et…

Caitlin comprit en un éclair – au sens figuré aussi bien qu’au sens propre !

— Et quand vous vous êtes connecté au même site que moi…

— … cette liaison est apparue dans votre vision, conclut Kuroda. (Il semblait abasourdi.) Et quand j’ai interrompu mon téléchargement, la droite de connexion a disparu.

— Ça n’a aucun sens, dit son père.

— Moi, j’ai une approche empirique, dit Caitlin qui était ravie de pouvoir utiliser un mot qu’elle venait d’apprendre en cours de chimie. Faites encore disparaître le lien.

— C’est fait, dit Kuroda.

— Je ne le vois plus. Faites-le revenir, maintenant. La droite brillante apparut de nouveau dans son champ de vision.

— Et le voilà !

— Mais… mais qu’est-ce que vous êtes en train de dire ? demanda sa mère. Que Caitlin voit les connexions du Web, c’est ça ?

Il y eut un silence pendant un long moment, puis une voix venue de l’autre bout du monde dit lentement :

— C’est ce qu’on dirait…

— Mais… mais comment ?

— Eh bien, dit Kuroda, essayons d’y réfléchir : le transfert du logiciel nécessite des échanges permanents entre l’implant de Caitlin et mon serveur à Tokyo, et l’œilPod joue le rôle de plaque tournante. Les paquets de données partent d’ici, et les accusés de réception sont constamment renvoyés par l’œilPod jusqu’à ce que le téléchargement soit terminé.

— Et quand le téléchargement se termine, tout s’arrête, c’est bien ça ? dit Caitlin. C’est ce qui s’est passé, mais dès que j’ai recommencé à charger le logiciel, j’ai pu de nouveau voir, et… ah, qu’est-ce que vous venez de faire ?

— Rien, répondit Kuroda.

— Je suis redevenue aveugle !

Caitlin sentit du mouvement près de son épaule. C’était son père qui se penchait à côté d’elle. Un clic de la souris, puis sa voix :

— L’écran indique : « Chargement terminé. Liaison déconnectée. »

— Retourne à la page précédente, dit aussitôt Caitlin. Clique là où il y a marqué : « Cliquer ici pour mettre à jour le logiciel de l’implant de Mlle Caitlin. »

Encore quelques clics, et puis… oui, oui ! Sa vision revint et son esprit se remplit de…

Était-ce vraiment possible ?

Ça correspondait bien à ce qu’elle voyait : un site web et les connexions qui y menaient.

— Je vois de nouveau, déclara-t-elle tout excitée.

— Très bien, fit Kuroda, très bien. Une fois le téléchargement terminé, il n’y a plus d’interaction entre l’implant et le Web. C’est comme avec un navigateur : une fois qu’on a affiché une page de Wikipédia ou de n’importe quel site, on ne la lit pas en utilisant le réseau. On lit une copie stockée sur l’ordinateur, jusqu’à ce qu’on clique sur un autre lien pour demander d’afficher une nouvelle page. Il y a en fait très peu d’échanges avec le Web quand on charge une page, mais quand il s’agit d’un gros fichier, il y a une interaction constante.