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Vous devez réfléchir tout le temps… songea Caitlin, et elle sourit tandis qu’ils remontaient l’escalier.

27.

Dès que Shoshana arriva à l’Institut Marcuse ce samedi matin, Dillon, Silverback et elle se rendirent sur l’île. Chobo était dans le pavillon, adossé à l’un des montants en bois qui en formaient la structure.

Hello, Chobo, fit Marcuse quand ils furent tous à l’intérieur. Avec ses gros doigts boudinés, il avait quelques difficultés à faire certains signes.

Hello, professeur, répondit Chobo. Marcuse était le seul à exiger du singe qu’il utilise un titre honorifique plutôt que son prénom. Mais ce n’était rien à côté de William Lemmon, le grand directeur des études menées par Roger Fout avec Washoe dans les années 70. Lemmon exigeait de Washoe et des autres singes qu’ils lui baisent l’anneau qu’il portait au doigt quand il venait, comme s’il était le pape des singes.

Tableau de Shoshana bon, fit Marcuse.

Chobo montra les dents dans un large sourire. Chobo peindre ! Chobo peindre !

Oui. Maintenant, veux-tu peindre… Ses grosses mains s’immobilisèrent, et Shoshana se demanda s’il avait décidé qu’il ne voulait pas se voir caricaturer par un singe. Au bout d’un instant, il reprit les signes : Dillon ?

Chobo leva les yeux d’un air songeur vers le jeune étudiant à la barbiche blonde. Celui-ci portait un T-shirt et un pantalon noirs, et Shoshana espérait que ce n’étaient pas les mêmes que la veille…

Peut-être… peut-être… fit Chobo.

Dillon sembla surpris du rôle qu’on venait de lui attribuer, mais il alla s’asseoir sur l’un des deux tabourets et prit la pose. On aurait dit Le Penseur de Rodin. Shoshana sourit devant ce spectacle.

Mais Chobo leva les bras au ciel en poussant un petit cri plaintif, puis il sortit du pavillon en courant à quatre pattes. Shoshana interrogea Marcuse du regard. Celui-ci acquiesça et elle sortit à son tour pour aller voir le singe, qui se tenait maintenant accroupi derrière la statue du Législateur.

Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle. Elle se baissa et prit Chobo dans ses bras. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Chobo jeta un coup d’œil vers le pavillon, puis se tourna vers Shoshana. Pas de gens. Pas regarder, fit-il. Peu de choses étaient susceptibles de l’embarrasser. En fait, il avait fallu beaucoup d’efforts pour le convaincre de ne pas se masturber ni déféquer devant les visiteurs importants. Mais lorsqu’il s’agissait de son art, il se sentait mal à l’aise, du moins pendant qu’il peignait.

Si nous partir, toi peindre Dillon ?

Un petit silence, et Chobo répondit finalement : Peindre Shoshana.

Encore ? Pourquoi ?

Shoshana jolie.

Elle se sentit rougir.

Shoshana avoir queue-de-cheval, ajouta Chobo.

Elle avait conscience que ce serait mieux si on pouvait lui faire peindre quelqu’un d’autre. Sinon, les sceptiques diraient que le singe était tombé par hasard sur une combinaison de formes que Marcuse et compagnie avaient arbitrairement considérée comme représentant Shoshana, et qu’il reproduisait simplement ces formes à la demande pour obtenir une récompense – ce qui n’était pas très différent d’une bonne partie des dessinateurs humoristiques, songea Shoshana : l’auteur de The Family Circus semblait avoir un répertoire limité à sept ou huit dessins de base.

Très bien, fit-elle. Peins-moi, et ensuite Dillon, d’accord ?

Shoshana savait bien qu’elle manipulait le pauvre singe. Bien sûr, il pouvait la peindre quoi qu’elle dise. Au bout d’un moment, Chobo lui fit : Oui oui.

Elle lui tendit la main. Il lui enlaça les doigts et ils retournèrent ensemble au petit pavillon, sous le chaud soleil du matin.

— Chobo va peindre un autre portrait de moi, annonça Shoshana quand ils eurent franchi le seuil.

Marcuse fronça les sourcils. Elle passa à la langue des signes pour que Chobo puisse suivre. Et après, Chobo va peindre Dillon – hein, Chobo, d’accord ?

Chobo haussa les épaules. Peut-être.

— Très bien, fit Shoshana. Tout le monde dehors, s’il vous plaît. Vous savez qu’il n’aime pas peindre en public.

Marcuse ne semblait pas très content de recevoir des ordres d’une subordonnée, mais il suivit Dillon dehors. Shoshana examina une dernière fois la pièce pour s’assurer que les caméras supplémentaires qu’ils avaient installées la veille couvraient bien à la fois Chobo et la toile. Puis elle se dirigea à son tour vers la porte. En sortant, elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, et fut très étonnée de voir Chobo étirer ses longs bras devant lui, les mains jointes, comme pour s’échauffer.

Et l’artiste se mit au travail.

Ce point spécial ! Comme il est merveilleux, mais également frustrant !

Le flot de données qui s’en dégageait ne suivait pas toujours le même chemin, mais il finissait toujours au même endroit – et j’entrepris donc de l’intercepter juste avant qu’il ne l’atteigne.

Le phénomène des étranges éclairs brillants ne s’était pas répété, et pendant un bon moment, je fus incapable de comprendre quoi que ce soit à ces données qui s’écoulaient du point. Mais maintenant, le flot de données était redevenu un reflet de moi-même. Mais comme c’était bizarre ! Au lieu de la perspective sans cesse changeante à laquelle je m’étais habitué, le flot de données semblait se focaliser pendant une période significative sur une très petite portion de la réalité, et… et il semblait y avoir une distorsion dans l’écoulement du temps. J’essayai de déterminer la signification éventuelle de cette minuscule partie de l’univers, mais c’est alors que le flot de données redevint totalement incompréhensible, une fois de plus.

Après avoir mangé quelques petits biscuits à l’avoine – que sa mère s’était procurés auprès des Mennonites –, Caitlin et le Dr Kuroda redescendirent au sous-sol. Caitlin avait basculé son œilPod en mode simplex pendant leur pause, mais elle le remit en duplex et entreprit d’observer de nouveau le webspace.

— Très bien, dit Kuroda en s’installant dans son fauteuil. Nous avons un arrière-plan du Web constitué d’automates cellulaires – mais que sont exactement ces cellules ? Je veux dire par là que, même s’il s’agit de simples bits d’information, il faut quand même qu’elles viennent de quelque part, non ?

— Des capacités de stockage inutilisées ? proposa Caitlin.

Elle savait que les disques durs stockent les données par blocs de taille fixe. L’ordinateur que son père avait acheté hier avait probablement un disque formaté en NTFS, c’est-à-dire avec des blocs de quatre kilo-octets, et si un fichier ne faisait que trois kilo-octets, le quatrième restait tout simplement inutilisé.

— Non, je ne crois pas, dit Kuroda. Il est impossible de lire ou d’écrire dans ces espaces. Même si les protocoles web pouvaient y accéder sur les serveurs, vous ne verriez pas ces bits d’information clignoter rapidement. Non, c’est forcément autre chose qui se trouve là-bas – dans les tuyaux qui acheminent l’information. (Il réfléchit un instant.) Pourtant, je ne vois rien dans les modèles TCP/IP ou OSI qui puisse produire des automates cellulaires. Je me demande vraiment d’où ils viennent…

— Des paquets de données perdus, dit soudain Caitlin en se redressant sur son fauteuil.