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— Bob McDonald, de Quirks & Quarks.

Caitlin était devenue une fan de cette émission scientifique hebdomadaire de CBC Radio, dont Bob était l’animateur.

Elle l’aperçut dans la foule, et fut heureuse de se dire que, pour la plupart des gens rassemblés ici, il n’était également qu’une voix, et qu’ils devaient être aussi curieux qu’elle de voir à quoi il ressemblait.

— J’ai une question pour Mr Lazaridis, dit Bob. Mike L. était assis au premier rang. Il avait les cheveux les plus incroyables que Caitlin ait jamais vus, une énorme masse argentée. Il sembla surpris et se retourna dans son siège.

— Oui ? fit-il.

— En parlant d’implants tel que celui que Caitlin a dans le crâne, dit Bob, est-ce que ça ne pourrait pas être le BlackBerry de l’avenir ?

Mike éclata de rire, et Caitlin aussi.

— Je vais demander à mes équipes d’y réfléchir, dit-il.

Mon plan aurait dû marcher ! Je savais d’où partait le flot de données émis par Prime, je savais comment déployer une ligne de communication pour récupérer des données, et je savais qu’une telle liaison était en soi une information que je transmettais. Ce que je voulais faire maintenant, c’était simplement transmettre un paquet de données beaucoup plus important vers le point d’origine des données émises par Prime. Mais… frustration complète ! Les données que j’envoyais n’étaient pas acceptées, aucun accusé de réception ne m’était renvoyé.

Je devais mal m’y prendre. J’avais déjà vu ce point accepter des données provenant de mon univers : juste avant qu’il ne commence à me montrer le sien, il avait accepté des informations qui y étaient envoyées. Mais il refusait les données provenant de moi.

C’était aussi exaspérant que lorsque j’avais été coupé en deux : apparemment, il ne suffisait pas de vouloir communiquer pour que ça se produise. Prime, semblait-il, acceptait maintenant d’émettre des informations, mais pas d’en recevoir.

En fait, à la réflexion, je n’avais vu Prime recevoir des données que lorsqu’il m’avait renvoyé une image de moi-même, mais cela faisait maintenant longtemps qu’il ne l’avait plus fait. Tant que Prime n’aurait pas décidé de renouveler cette opération – pour me montrer moi –, je resterais coincé. Et pourtant, je continuais d’essayer, projetant ligne après ligne pour tenter de me connecter.

Regarde, Prime, regarde ! J’ai quelque chose à te montrer…

38.

Caitlin avait la nostalgie de beaucoup de choses qu’elle avait connues au Texas – de vrais barbecues, entendre des gens parler espagnol, un climat vraiment chaud –, mais il y en avait une qui ne lui manquait pas du tout : l’humidité. Bien sûr, Waterloo dégoulinait carrément quand ils avaient emménagé ici en juillet dernier, mais depuis, avec le coup de froid brutal, l’air était si sec que – bon, peut-être que déjà, avant, quand elle se mouchait, c’était rose de sang, mais elle en doutait fort.

Le pire, c’étaient les décharges d’électricité statique quand elle touchait une poignée de porte après avoir marché sur la moquette. Elle avait reçu deux ou trois secousses comme ça quand elle était au Texas – et elle n’avait jamais imaginé qu’on puisse vraiment voir une étincelle ! –, mais maintenant, ça n’arrêtait plus, il suffisait de faire quelques pas… et aïe ! Ça faisait vachement mal !

Quand Caitlin rentra chez elle après la conférence de presse, elle se rendit dans sa chambre. Quand elle en sortait, elle avait appris à évacuer sa charge électrique en touchant une des vis de la plaque d’interrupteur – un interrupteur dont elle se servait, à présent. Ça faisait un petit peu mal quand même, mais ça lui permettait d’éviter d’accumuler une charge trop importante. La lumière était déjà allumée quand elle entra dans la pièce – c’était plus difficile qu’elle ne l’aurait cru de penser à éteindre en sortant !

Elle alla à son bureau. Elle connaissait bien les risques que fait courir l’électricité statique aux équipements informatiques, mais il y avait un cadre métallique autour des stores, et elle tendit la main pour le toucher, et…

Ah, zut !

Oh, mon Dieu !

Son cœur se mit à battre la chamade. Elle crut qu’elle allait s’évanouir. Elle était…

Mon Dieu, non, non, non !

De nouveau aveugle.

Zut de zut de zut ! Elle avait eu peur d’endommager son afficheur et son imprimante braille, et sa carte mère, mais… Mais elle n’avait même pas pensé au fait qu’elle… Ah, comment peut-on être aussi bête ?

Elle tenait son œilPod dans la main gauche. Elle portait un jean collant, et c’était assez gênant d’avoir des objets dans les poches quand elle était assise, et c’est pourquoi elle l’avait sorti pour pouvoir le poser sur son bureau. Dès qu’elle avait mis le doigt sur ce cadre métallique, elle avait senti la secousse, elle avait vu l’étincelle, elle avait entendu un zap ! – et sa vision avait disparu.

Elle pensa d’abord appeler ses parents et le Dr Kuroda – mais ils ne feraient que se charger eux-mêmes d’électricité en montant les marches recouvertes de moquette. Elle s’efforça de ne pas céder à la panique, mais…

Ah, bon sang, si l’œilPod était fichu, elle… C’était bien simple, elle en mourrait.

Elle avait la tête qui tournait, et elle tâtonna – elle tâtonna ! – pour trouver le bord de son bureau et son fauteuil. Elle s’assit et respira lentement pour essayer de se calmer. Ah, non, ce n’était pas vrai… De nouveau aveugle, comme avant la procédure de Kuroda, et…

Mais non. Ce n’était pas vraiment ça. C’était différent. Apparemment, son esprit n’acceptait plus une absence totale de vision, maintenant qu’il avait été capable de voir. Au lieu du néant, comme l’absence d’un sens du magnétisme, elle voyait maintenant…

Ah, ma foi, c’était vraiment surprenant ! Ce n’était pas le noir complet, mais plutôt une sorte de gris foncé très doux, comme un… un vide…

Ah, mais oui, voilà ! Elle avait lu des trucs là-dessus. C’était ce que les gens qui avaient perdu la vue – comme Helen Keller, par exemple – disaient percevoir, et cette fois-ci, pour la première fois, Caitlin avait effectivement perdu la vue. Elle n’avait pas simplement fermé les yeux, et elle ne se trouvait pas dans une pièce obscure. Ne recevant plus du tout de stimuli visuels, elle éprouvait donc le même effet sensoriel que des gens devenus aveugles après avoir vu. C’était sans doute pour une raison analogue qu’elle n’avait réussi à percevoir l’arrière-plan du Web qu’après sa première expérience de la vision du monde réel, pendant l’orage.

Elle avait toujours le cœur battant, mais même dans son état de panique, elle remarqua que la grisaille n’était pas uniforme : elle distinguait des variations de luminosité, des teintes différentes. Elle l’observa par saccades, mais cela ne changeait rien à la position de ces variations : c’était un phénomène mental et non une vision résiduelle des lumières de sa chambre.