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— Cette planète serait donc le berceau de l’humanité ?

— Peut-êt’e. Il faud’a que je lise attentivement l’ouv’age de Lameth avant de pou voi’me p’ononcer. »

Hardin parut méditer un moment puis demanda : « Quand Lameth a-t-il écrit son livre ?

— Oh ! il doit y avoi’à peu p’ès huit cents ans. Natu’ellement, il s’est su’tout se’vi des t’avaux de G’een.

— Alors pourquoi se fier à lui ? Pourquoi ne pas aller vous-même étudier les vestiges découverts sur la planète d’Arcturus ? »

Le seigneur Dorwin haussa les sourcils et s’empressa de humer une prise. « Mais dans quel but, mon che’ ?

— Pour recueillir des renseignements de première main, voyons.

— A quoi bon ? Ce se’ait bien t’op compliqué. J’ai les ouv’ages de tous les vieux maît’es, de tous les g’ands a’chéologues d’aut’efois… Je les conf’onte, je pèse le pou’et le cont’e de chaque théo’ie, et j’en ti’e des conclusions. C’est cela la méthode scientifique. Du moins, conclut-il d’un ton protecteur, c’est la conception que j’en ai, moi. Je vous demande un peu pou’quoi j’i’ais pe’d’e mon temps dans la ‘égion d’A’ctu’us ou dans le système solai’e, alo’s que les vieux maît’es ont fait cela bien mieux que je ne pourrais le fai’e moi-même.

— Je comprends », fit Hardin, poliment.

Et c’était cela qu’il appelait la méthode scientifique ! Rien d’étonnant à ce que la Galaxie s’en allât à la dérive !

« Si vous voulez bien me suivre, monseigneur, dit Pirenne, je crois qu’il est temps de rentrer.

— C’est v’ai, c’est v’ai. »

Au moment où ils allaient quitter la pièce, Hardin dit brusquement : « Monseigneur, puis-je poser une question ? »

Le seigneur Dorwin sourit d’un air affable et eut un petit geste gracieux de la main. « Ce’tainement, mon che’. T’op heu’eux de pouvoi’vous aider. Si mes modestes connaissances peuvent vous êt’e utiles en quoi que ce soit…

— Il ne s’agit pas précisément d’archéologie, monseigneur.

— Non ?

— Non. Voici. L’an dernier, nous avons appris sur Terminus qu’une centrale atomique avait explosé sur la Planète 5 de Gamma d’Andromède. Mais nous n’avons eu aucun détail sur l’accident. Je me demandais si vous pourriez me dire exactement ce qui s’est passé.

— Je ne vois vraiment pas, fit Pirenne d’un ton impatient, pourquoi vous ennuyez Monseigneur avec des questions sans intérêt.

— Mais pas du tout, pas du tout, docteu’ Pi’enne, protesta le chancelier. Il n’y a pas g’and-chose à di’e su’cette affai’e. La cent’ale a, en effet, explosé et c’a été une vé’itable catast’ophe, vous savez. Je c’ois que plusieu’s millions de pe’sonnes ont pé’i et qu’au moins la moitié de la su’face de la planète a été dévastée. Le gouve’nement envisage sé’ieusement de cont’ôler de plus p’ès l’emploi de l’éne’gie atomique… mais il s’agit là, natu’ellement, de mesu’es confidentielles.

— Naturellement, dit Hardin. Mais quelle était la cause de l’accident ?

— Ma foi, dit le seigneur Dorwin, pe’sonne ne sait t’es bien. L’usine était déjà tombée en panne quelques années plus tôt, et l’on a pensé que les ‘épa’ations avaient été mal faites. C’est si difficile de nos jou’s de t’ouver des ingénieu’s qui connaissent à fond les installations atomiques. » Sur quoi il se servit une prise d’un air mélancolique.

« Vous savez, dit Hardin, que les royaumes indépendants de la Périphérie ont également renoncé à employer l’énergie atomique ?

— Pas possible ? Ça ne m’étonne pas, vous savez. Ce sont des planètes v’aiment ba’ba’es… Mais, mon che’, ne pa’lez pas de ‘oyaumes indépendants. Ils ne sont pas indépendants, vous le savez bien. Les t’ai tés que nous avons conclus avec eux sont fo’mels. Ces planètes ‘econnaissent la souve’aineté de l’empe’eu’. Sinon nous n’au’ions pas t’aité avec elles, bien su’.

— Cela se peut, mais elles n’en ont pas moins une grande liberté d’action.

— Sans doute. Une libe’té considé’able. Mais cela n’a gu’è’e d’impo’tance. L’Empi’e peut t’ès bien suppo’ter que la Pé’iphé’ie jouisse d’une ce’taine autonomie. Ce sont des planètes qui ne nous appo’tent ‘ien, vous savez. Tout à fait ba’ba’es. A peine civilisées.

— Elles étaient civilisées jadis. Anacréon était une des plus riches provinces extérieures. Je crois qu’à ce point de vue, on pouvait la comparer à Véga.

— Oh ! mais il y a des siècles de cela. Vous ne pouvez pas en ti’er de conclusions. La situation était t’es diffé’ente aut’efois. Nous ne sommes plus ce que nous étions, vous savez. Mais, dites-moi, Ha’din, vous êtes bien entêté. Je vous ai dit que je ne voulais pas pa’ler affai’es aujou’d’hui. Le docteu’ Pi’enne m’avait bien p’évenu que vous essaie’iez de m’ent’aîner dans une discussion, mais on n’app’end pas à un vieux singe à fai’e la g’imace ! Nous examine’ons tous ces p’oblèmes demain. » Et l’on en resta là.

V

C’était la seconde séance du Conseil auquel assistât Hardin, sans compter les entretiens officieux que ses membres avaient eus avec le seigneur Dorwin avant son départ. Le Maire était pourtant convaincu qu’au moins une réunion s’était tenue sans qu’on l’en eût avisé.

Et il était bien certain qu’on ne l’aurait pas non plus prié de venir aujourd’hui s’il n’y avait pas eu cette question de l’ultimatum.

Car il s’agissait en effet d’un ultimatum bien qu’en apparence on eût pu prendre le document visiographique pour un message de cordiales salutations adressé par un souverain voisin.

Hardin relisait le texte. Cela commençait par les congratulations de « Sa Puissante Majesté, le roi d’Anacréon, à son frère et ami, le docteur Lewis Pirenne, président du Conseil d’Administration de la Fondation encyclopédique n° 1 », et cela se terminait par un gigantesque sceau multicolore d’un symbolisme extrêmement complexe.

Mais ce n’en était pas moins un ultimatum.

« Finalement, dit Hardin, nous n’avions guère de temps devant nous : trois mois seulement. Mais, de toute façon, nous avons gaspillé le peu de répit qu’on nous accordait. Il ne nous reste plus qu’une semaine maintenant. Qu’allons-nous faire ?

— Il doit y avoir une solution, dit Pirenne, le front soucieux. Il est absolument inconcevable qu’ils poussent les choses très loin, après les assurances que nous a prodiguées le seigneur Dorwin quant à l’attitude de l’empereur et de l’Empire.

— Ah ! fit Hardin, vous avez fait part au roi d’Anacréon de ce soi-disant point de vue de l’empereur ?

— Parfaitement… après avoir mis la proposition aux voix et avoir recueilli l’unanimité du Conseil.

— Et quand ce vote a-t-il eu lieu ? »

Pirenne se drapa dans sa dignité. « Je ne crois pas avoir de comptes à vous rendre, monsieur Hardin.

— Très bien. Ça ne m’intéresse pas tellement, vous savez. Laissez-moi vous dire toutefois qu’à mon avis c’est cette mesure d’habile diplomatie (il sourit) qui est à l’origine de ce message d’amitié. Ils auraient peut-être attendu plus longtemps sans cela… Je ne vois d’ailleurs pas en quoi cela aurait avancé Terminus, étant donné l’attitude du Conseil.

— Et comment arrivez-vous à cette remarquable conclusion, monsieur le Maire ? interrogea Yate Fulham.