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— Bien, lâcha Strathmore d’un ton glacial et méprisant.

Donc, vous êtes au courant pour Forteresse Digitale. Je me demandais si vous alliez nier ça aussi.

— Allez vous faire foutre !

— Il y a mieux comme système de défense...

— Vous êtes un dangereux malade, cracha Hale. Et pour votre gouverne, je vous annonce que TRANSLTR est en surchauffe.

— Vraiment ? ricana Strathmore. Laissez-moi deviner la suite : il faut que j’ouvre les portes et que j’appelle la Sys-Sec, c’est ça ?

— Exactement. Seul un idiot s’entêterait.

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Cette fois, Strathmore laissa éclater un rire sonore.

— Vous n’avez vraiment rien trouvé de mieux ? TRANSLTR

surchauffe... vite, ouvrons les portes et sauve-qui-peut !

— Mais c’est vrai, bon sang ! J’étais dans les sous-sols ! Le courant auxiliaire ne pompe pas assez de fréon.

— Merci du renseignement. Mais il se trouve que TRANSLTR est équipé d’une coupure automatique. En cas de problème, le système quittera Forteresse Digitale et tout rentrera dans l’ordre.

Hale eut un petit rire sarcastique.

— Vous avez vraiment pété les plombs. J’en ai rien à foutre que TRANSLTR parte en poussière ! De toute façon, cette putain de machine devrait être interdite.

Strathmore soupira.

— Épargnez-moi, s’il vous plaît, vos puériles théories libertaires... Maintenant, lâchez-la.

— Pour que vous me tiriez dessus ?

— Loin de moi cette idée. Tout ce que je veux, c’est la clé.

— Quelle clé ?

Strathmore poussa un nouveau soupir.

— La clé que Tankado vous a envoyée.

— Je ne sais pas de quoi vous voulez parler.

— Menteur ! intervint Susan. J’ai lu les mails que t’a envoyés Tankado !

Hale se raidit soudain. Il força Susan à le regarder.

— Tu as osé fouiller dans mon courrier ?

— Et toi, tu as bien annulé mon pisteur !

Hale sentit le sang lui monter à la tête. Il pensait avoir suffisamment brouillé les pistes, mais Susan avait visité son disque dur... Pas étonnant qu’elle ne croie pas un traître mot de ce qu’il lui disait... Hale sentait l’étau se resserrer sur lui. Jamais il ne pourrait convaincre Susan, du moins pas à temps... Il murmura, désespéré :

— Susan... Strathmore a tué Chartrukian !

— Inutile, répéta calmement le commandant. Elle connaît votre fourberie.

— Forcément, vous lui avez lavé le cerveau ! Vous ne lui dites que ce qui vous arrange ! Elle connaît votre véritable

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projet concernant Forteresse Digitale ? Vous voulez que je le lui dise ?

— Allez-y, elle est tout ouïe, se moqua Strathmore.

Hale savait que ses prochaines paroles seraient son passeport pour la liberté ou pour l’échafaud. Il prit une profonde inspiration...

— Vous avez prévu d’ajouter une porte secrète à Forteresse Digitale.

Un silence de plomb accueillit les mots de Hale. Il avait mis dans le mille.

Le flegme de Strathmore était mis à rude épreuve.

— Qui vous a dit ça ? demanda-t-il d’une voix blanche.

— Je l’ai lu, répliqua Hale d’un ton hautain, essayant de profiter de son ascendant. Dans l’une de vos simulations sur BrainStorm.

— Impossible. Je ne les imprime jamais.

— Je sais. Mais j’ai consulté vos fichiers personnels.

Strathmore était perplexe.

— Vous êtes entré dans mon bureau ?

— Non. Je vous ai piraté depuis le Nodal 3.

Hale se força à rire pour feindre l’assurance. Il allait devoir mettre en œuvre tous ses talents de négociateur acquis chez les marines s’il voulait sortir de la Crypto vivant.

Strathmore, le Beretta pointé dans le noir, s’approchait encore.

— Comment êtes-vous au courant pour la porte secrète ?

— Je vous l’ai dit : j’ai piraté vos fichiers.

— Impossible.

Hale ricana.

— C’est là l’inconvénient majeur quand on n’engage que les meilleurs... Il faut s’attendre un jour ou l’autre à ce que les employés soient plus futés que le patron.

— Jeune homme, s’impatienta Strathmore, j’ignore où vous avez appris ça, mais vous nagez en plein délire... Maintenant, vous allez lâcher Mlle Fletcher ou je me charge d’appeler la sécurité et de vous faire croupir en prison pour le reste de vos jours.

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— Vous ne ferez pas ça, déclara tranquillement Hale. Cela ruinerait votre plan. Je n’aurais d’autre choix que de tout leur révéler.

Hale prit un temps avant de continuer.

— Laissez-moi sortir d’ici, et je serai muet comme une carpe sur Forteresse Digitale.

— Pas question. Je veux la clé d’accès.

— Je n’ai pas cette putain de clé !

— Assez de mensonges ! s’impatienta Strathmore. Où est-elle ?

Hale resserra son étreinte sur le cou de Susan.

— Laissez-moi sortir, ou je la tue !

Le

commandant

Trevor

Strathmore

avait

mené

suffisamment de négociations à haut risque dans sa carrière pour savoir que Hale était dans une position délicate. Le jeune cryptologue s’était mis tout seul dans une impasse, et il n’existait pas plus dangereux qu’un adversaire acculé : ses réactions

seraient

désespérées

et,

par

conséquent,

imprévisibles. Strathmore se trouvait donc à un tournant décisif : de sa réponse dépendait la vie de Susan, ainsi que l’avenir de Forteresse Digitale.

La priorité, pour l’instant, était de faire baisser la tension.

Après un long moment, Strathmore poussa un soupir de regret.

— Très bien, Greg. Vous avez gagné. Que voulez-vous que je fasse ?

Silence. Hale semblait déstabilisé par le ton coopératif du commandant. Il desserra légèrement son étreinte sur le cou de Susan.

— Je... je veux..., bégaya-t-il d’une voix soudain hésitante.

D’abord, vous allez me donner votre arme. Et vous allez me suivre tous les deux.

— Vous voulez nous prendre en otages ? se moqua Strathmore. Greg, il va falloir trouver mieux que ça. Il y a environ une douzaine de gardes armés entre ici et le parking.

— Je ne suis pas idiot, jeta-t-il. J’utiliserai votre ascenseur.

Susan vient avec moi ! Vous, vous restez ici !

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— Je regrette d’avoir à vous l’apprendre, objecta Strathmore, mais il n’y a pas de courant dans l’ascenseur.

— C’est du pipeau ! lâcha Hale. Cet appareil est branché sur le circuit du bâtiment principal ! J’ai vu les plans !

— Nous avons déjà essayé, intervint Susan. Il ne fonctionne pas.

— Vous êtes vraiment deux belles ordures, c’est pas croyable !

Hale resserra de nouveau son étreinte sur la gorge de la jeune femme.

— Si l’ascenseur ne marche pas, j’arrête TRANSLTR et je rétablis le courant.

— Il faut un mot de passe pour l’appeler, avança courageusement Susan.

— Et alors ? Je suis sûr que le commandant se fera un plaisir de m’aider. Pas vrai, patron ?

— N’y comptez pas, siffla Strathmore.

— Ça suffit, mon petit vieux. C’est moi qui pose les termes du marché ! Vous me laissez prendre l’ascenseur avec Susan. Et dans quelques heures, je la relâche. Point final.

Strathmore sentait la pression qui montait. C’est lui qui avait entraîné Susan dans cette histoire, il devait la sortir de là...