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Les étranges lueurs qui la parsèment s’allument et s’éteignent toujours de manière imprévisible, mais, alors même que Geary y plongeait le regard, plusieurs s’épanouirent à proximité de l’Indomptable.

« Un amas ? s’étonna Tanya, incrédule. Les lumières de l’espace du saut n’apparaissent jamais en groupe. Si ?

— Pas que je sache, répondit-il.

— Il y en a eu davantage ce coup-ci, reconnut le lieutenant Castries avec hésitation. Plus que d’habitude. C’est du moins ce qu’affirment les vieux de la vieille. »

Y avait-il un rapport entre le comportement inusité des lueurs de l’espace du saut et la présence des Danseurs dans la flotte ? Geary faillit poser la question à voix haute puis se rendit compte qu’il ne restait plus que quelques secondes avant le saut.

Desjani en prit également conscience. « Tout le monde se concentre sur son boulot ! »

Le moment venu, Geary dut lutter contre la désorientation que provoque toujours l’entrée dans l’espace du saut ou son émergence. Il l’avait fait si fréquemment ces derniers temps qu’il s’en remettait de plus en plus vite, au bout de quelques secondes désormais.

Il entendit les sirènes d’alarme des systèmes de combat avant même que ses yeux n’eussent accommodé.

Mais, pendant qu’il s’efforçait de focaliser le regard sur son écran, une autre pensée le traversa :

Aucune des armes de l’Indomptable ne tirait. Quel que fût le danger contre lequel prévenaient ces sirènes, il se trouvait encore trop loin pour qu’il engageât le combat, ce qui signifiait que le vaisseau amiral et (fallait-il l’espérer) le reste de la flotte étaient aussi hors de sa portée.

Jusque-là tout du moins.

Il finit par voir distinctement son écran puis dut encore l’étudier plusieurs secondes avant de comprendre ce qu’il avait sous les yeux. « Des cargos ?

— Les épaves de cargos, grommela Desjani. Et de vaisseaux de guerre obsolètes. »

Plusieurs d’entre eux s’alignaient directement sur la trajectoire de la flotte au sortir du point de saut. Aucun n’allait quelque part. « Ils sont pratiquement au-dessus du point d’émergence, rapporta le lieutenant Castries. Ils doivent se servir de leurs systèmes de manœuvre pour faire du surplace. Nous recevons des relevés des réacteurs. Tous sont opérationnels.

— Peut-être, mais à moitié morts, rectifia sèchement Desjani. À croire qu’on les a tractés depuis un cimetière de ferraille pour les amener ici. À six secondes-lumière de nous. Si nous avions émergé à 0,1 c

— Nous serions déjà au beau milieu, conclut Geary. À 0,1 c, nous n’aurions pas vu virer assez vite pour les esquiver même si la manœuvre avait été préprogrammée. » Il n’avait pas encore enregistré toutes les informations que lui donnait son écran, mais au moins qu’il n’y avait aucun obstacle au-dessus des vaisseaux de l’Alliance. « À toutes les unités de la première flotte, virez à quatre-vingt-dix degrés vers le haut. Exécution immédiate. »

L’Indomptable se cabra brusquement, ses propulseurs de manœuvre s’allumant pour altérer sa trajectoire et le faire grimper perpendiculairement au plan du système. Geary vit se modifier pareillement le vecteur de tous les autres vaisseaux de la flotte, mais pas toujours aussi vite, de sorte que sa formation bien ordonnée jusque-là déborda soudain et se déploya sur un plus vaste volume ; heureusement, grâce à la vélocité relativement lente à laquelle ils avaient émergé, aucun n’entrerait dans les zones dangereuses balisées par ces cargos et les bâtiments de guerre placés juste devant.

La manœuvre écarterait donc la flotte de cette menace potentielle, mais la rapprocherait de certaines autres menaces qui s’affichaient en surbrillance sur les écrans.

Soit quatre groupes de vaisseaux, tous de taille relativement modeste et qui, disposés à intervalle régulier à trois minutes-lumière du portail de l’hypernet, semblaient occuper les quatre angles d’un carré dont il aurait été le centre.

Trois de ces groupes se composaient d’un unique croiseur lourd, de deux croiseurs légers et de cinq avisos, et le quatrième de deux croiseurs lourds et de six avisos.

« Nos systèmes estiment que tous ces vaisseaux sont flambant neufs, rapporta le lieutenant Castries. Signes d’usure réduits au minimum. Et tous sont du dernier modèle syndic. Mais… commandant… ils émettent des codes d’identification qui, eux, ne sont pas syndics.

— Encore un système stellaire qui se serait révolté ? s’étonna Geary. Ce comité d’accueil est peut-être là pour accueillir une force syndic en provenance de Sobek, qui aurait emprunté l’hypernet pour réprimer leur rébellion ?

— Ça ne me dit rien de bon, fit Desjani. Où un système stellaire rebelle aurait-il déniché tous ces vaisseaux de guerre syndics qui sortent des chantiers navals ? Ils n’ont pas été construits ici. Et aucun ne porte de traces d’un combat. Avez-vous lu les rapports que le capitaine Bradamont nous a envoyés sur les batailles qui se sont déroulées à Midway pendant la rébellion ?

— Oui, répondit Geary. De très durs affrontements et de nombreuses atrocités. Vous avez raison. L’état de ces vaisseaux ne correspond en rien à ce que nous devrions voir, du moins si Midway est bien un échantillon représentatif de ce qu’une rébellion peut valoir à un système stellaire contrôlé par les Syndics. »

Un signal émit un bip et une fenêtre virtuelle montrant le lieutenant Iger apparut devant Geary. « Amiral, tous les signaux que nous captons, transmis par les vaisseaux vétustes disposés directement devant le point d’émergence, sont de pure routine, comme s’ils effectuaient des opérations parfaitement ordinaires. Et ils doivent donc être falsifiés, compte tenu de leur piètre état.

— Et pour les vaisseaux neufs ? demanda Geary en continuant de fixer les deux groupes les plus proches de la trajectoire à angle droit de la flotte.

— Leurs codes d’identification correspondent tous à ceux d’unités d’une certaine “force de frappe et d’assaut du système stellaire de Simur”. »

Le reniflement de dédain de Desjani fut assez sonore pour qu’Iger lui-même le perçût. Il signifia son approbation d’un hochement de tête. « Des tas de messages passionnants circulent dans ce système, amiral, reprit-il, mais rien qui traduise une révolte contre la tutelle syndic. Ceux que nous captons ont été émis avant notre arrivée et sont surtout relatifs à des spéculations sur la présence de vaisseaux de guerre syndics à Simur. Ces bâtiments sont apparus il y a une quinzaine de jours et ont apparemment refusé de communiquer avec quiconque.

— Ils n’auraient communiqué avec personne ? s’étonna Geary. Pas même avec le CECH principal de Simur ? »

Iger ne parvint pas à réprimer un sourire. « Dans la mesure où ces vaisseaux syndics stationnaient près du point de saut, les messages qu’on leur a adressés sont parvenus très précisément là où nous aussi pouvions les capter. Nous en avons intercepté un. Codé, bien entendu, mais nous avons réussi à décrypter suffisamment de sa teneur pour comprendre que le CECH principal d’ici leur demande de préciser en quoi consiste leur mission. Un fragment de la transmission semble indiquer qu’il aurait reçu de ces vaisseaux des instructions qu’il réfute.

— Il ne subsiste aucun doute dans votre esprit : ces vaisseaux seraient toujours aux Syndics, même s’ils prétendent appartenir à ce système ?

— Ne répondez pas à cette question, lieutenant », ordonna une voix.

Desjani crispa les mâchoires mais garda le silence, tandis que Geary se retournait vers Rione qui venait d’apparaître sur la passerelle. « Pourquoi le lieutenant Iger ne devrait-il pas y répondre ? demanda-t-il.