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« Le Pectoral a été touché au travers de ses boucliers, annonça le lieutenant Yuon. Légers dommages. Une lance de l’enfer HS. »

Les groupes Alpha et Bravo viraient encore, et remontaient pour se retourner en une manœuvre familière à Geary. « Ils vont tenter une deuxième passe de tir. »

Une autre alerte clignota sur son écran.

« Les groupes Charlie et Delta accélèrent à leur tour sur une trajectoire d’interception », rapporta le lieutenant Castries.

Geary fixa son écran, l’œil noir, conscient que ses options étaient limitées. Si j’envoie un détachement aux trousses d’un de ces groupes, je l’expose aux attaques des trois autres, tandis que celui qu’il visera esquivera le contact. Si mon détachement est assez fort pour affronter cette menace, il sera aussi trop lent pour rattraper les groupes de très maniables vaisseaux syndics et, en outre, ma formation en sera affaiblie.

Tanya l’observait, persuadée qu’il allait ordonner une traque, mais lui secoua la tête. « Ils ont obtenu notre réaction. Ils veulent que je lance des vaisseaux à leur poursuite pour les isoler de la formation. Je vais faire le contraire pour nous accorder le temps de la réflexion. »

La formation requise était la plus ancienne du manuel : une sphère. Mais il allait devoir en déterminer le diamètre et désigner les vaisseaux qui formeraient sa surface. « Tatou, lâcha-t-il à l’intention de Desjani.

— Quoi ?

— Formation Tatou.

— Ça existe, ça ? » Elle entra la recherche puis sursauta de stupeur. « Vous êtes sérieux ? Une sphère parfaite. Cette formation est…

— En vrac. Les tirs sont dispersés. Contre un adversaire puissant, c’est une catastrophe car il peut concentrer toute sa puissance de feu sur un seul point de la sphère. Mais, s’il est un poil plus faible, elle ne présente aucun point vulnérable. Tous sont aussi équitablement défendus.

— Nous allons nous retrouver sur la défensive ? interrogea-t-elle d’une voix soudain plus aiguë. Ils s’en apercevront et nous croiront effrayés. Ils s’imagineront que nous nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes, trop terrifiés pour les combattre. La flotte n’admettra jamais un tel comportement face à l’ennemi. »

Geary était conscient de la touche de colère que trahissaient sa voix et ses affirmations angoissées. « Oui, capitaine Desjani, nous allons nous retrouver sur la défensive jusqu’à ce que j’aie eu le temps de réfléchir et d’évaluer la menace que présente ce système stellaire. Nous allons déjouer les tactiques des Syndics destinées à détruire nos escorteurs, ainsi que tous les plans qu’ils auront échafaudés pour me pousser à prendre des décisions intempestives. »

Desjani s’apaisa et rougit même légèrement. Il la crut d’abord en colère, puis, à sa manière d’éviter de croiser son regard, comprit qu’elle éprouvait surtout de l’embarras. « Toutes mes excuses, amiral.

— Pas grave. Si je n’étais pas contraint de réagir à votre colère, je serais sans doute moi-même en train de piquer une crise. Aidez-moi plutôt à organiser cela. Mais je compte compliquer encore la tâche de nos agresseurs pendant que nous nous y attelons. » Il appuya sur ses touches de com. « À toutes les unités de la première flotte, virez de cent quatre-vingts degrés vers le bas. Exécution immédiate. »

La manœuvre ramènerait la flotte vers les épaves menaçantes disposées devant le point d’émergence, mais cette fois par-derrière, puisqu’elle avait d’abord obliqué vers le haut et qu’elle redescendrait à présent en décrivant une boucle très élevée par-dessus les vieux bâtiments. Il lui faudrait néanmoins surveiller les unités qui s’en approcheraient d’un peu trop près.

Sauf si…

« Je constate que les bâtiments vétustes proches du point de saut n’émettent aucune identification. Je me trompe ?

— Non, amiral, répondirent à l’unisson les lieutenants Castries et Yuon.

— Le traité de paix avec les Syndics inclut-il une clause restreignant toute action de ma part contre les dangers à la navigation, émissaire Rione ? »

Rione afficha une mine intriguée. « Il va falloir que je vérifie, amiral. » Elle entreprit d’entrer des recherches en scrutant intensément son écran.

Desjani s’interrompit dans sa tâche, laquelle consistait à disposer des vaisseaux à la périphérie de la sphère de la formation Tatou. « Les dangers à la navigation ? Ça signifie bien ce que je crois ?

— Je l’espère », répondit Geary en ébauchant un sourire. Le dernier accès de colère de Tanya serait peut-être passager.

Rione se tourna de nouveau vers lui en clignant des paupières. « Amiral, le traité de paix précise seulement qu’on est tenu de respecter les usages et pratiques coutumiers de la navigation. Selon moi, ce n’est inclus dans le traité que parce que ça fait partie des clauses standard.

— Merci, madame l’émissaire. Capitaine Desjani, les règles relatives aux dangers à la navigation ont-elles changé au cours du siècle dernier ? »

Desjani secoua la tête en souriant encore plus largement. « Non, amiral. Tout vaisseau rencontrant un obstacle constituant un danger éventuel pour les manœuvres d’autres bâtiments devra placer des balises d’avertissement ou alors prendre toutes les mesures nécessaires pour l’éliminer.

— Je n’ai pas l’impression qu’il soit nécessaire de gaspiller des balises, affirma Geary. D’autant qu’un navire émergeant du point de saut serait si proche de ces épaves qu’il n’aurait pas le temps de réagir à leurs mises en garde et de les éviter. » Il étudia brièvement son écran, le temps de voir la formation de plus en plus effilochée de la première flotte se retourner pour redescendre perpendiculairement au plan du système.

Selon son actuelle disposition, une des divisions de croiseurs de combat devrait se trouver la plus proche des épaves quand elle passerait devant le point de saut.

« Capitaine Tulev, ici l’amiral Geary. Les vaisseaux à qui je viens à l’instant d’attribuer la désignation d’épaves constituent un danger pour la navigation. Altérez suffisamment la course de la deuxième division de croiseurs de combat pour cibler et détruire ces épaves au moyen de missiles spectres. Ne vous approchez pas à portée de lances de l’enfer. Regagnez la formation après avoir tiré vos missiles. Geary, terminé. »

Dix secondes plus tard, Tulev appelait du Léviathan. « Compris. Nous allons détruire ces épaves. »

Desjani approuva d’un hochement de tête. « Ces petits groupes de vaisseaux syndics ne tiendront certainement pas à en venir aux mains avec la division de croiseurs de combat de Tulev. Permission de poser une question, amiral ?

— Bon sang, Tanya…

— Je prends ça pour un oui. Pourquoi détruire ces machins ? Cela dit, je n’y vois aucune objection. »

Il lui jeta un regard agacé. « Parce que je ne tiens pas à m’en inquiéter davantage, capitaine Desjani, et que je suis habilité à éliminer des chausse-trapes des Syndics sans qu’ils puissent s’y opposer ni s’en plaindre.

— Vous êtes certain que ces épaves sont dangereuses ? intervint Rione.

— Oui, madame l’émissaire. Rappelez-vous comment nous avons procédé à Lakota en piégeant des vaisseaux gravement endommagés pour les faire exploser. Vous me l’avez appris vous-même à Midway, la présidente Iceni vous avait informée que des Syndics de haut rang avaient eu sous les yeux des rapports détaillés sur les tactiques auxquelles j’avais recouru après avoir pris le commandement de la flotte.

— Et, selon vous, les Syndics tenteraient maintenant de retourner vos propres méthodes contre vous ?