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— Ils vont en tout cas s’y appliquer, si j’en juge par ce que nous avons entendu à Midway. »

Le brutal retournement de la flotte de l’Alliance avait contraint les quatre groupes de vaisseaux syndics à altérer spectaculairement leurs propres vecteurs. Alpha et Bravo se retrouvèrent brusquement en position très décalée et durent modifier leur trajectoire afin de plonger à ses trousses. Charlie et Delta, qui, au contraire, grimpaient à sa rencontre, furent confrontés au problème inverse, car leur interception des vaisseaux de l’Alliance menaça soudain de prendre place bien plus tôt que prévu et à une vélocité relative de loin supérieure.

Désireux de voir comment ils allaient réagir, Geary observait avec attention ces deux derniers groupes. Allaient-ils rectifier la trajectoire sur le tas afin d’opérer le contact bien plus vite (et dangereusement) ou bien s’écarter afin de revenir sur les vaisseaux de l’Alliance de manière un peu mieux contrôlée ?

« On leur a fichu la trouille, lâcha Desjani d’une voix neutre en voyant Charlie et Delta virer vers l’extérieur et éviter tout contact avec la flotte. Comment trouvez-vous cela ? »

Il posa les yeux sur son écran et la manière dont elle avait disposé son Tatou : la formation de l’Alliance allait rétrécir, réduite à une boule compacte dont les transports d’assaut, l’Invulnérable et les auxiliaires formeraient le centre, tandis que les cuirassés et les croiseurs de combat s’espaceraient régulièrement autour de sa coquille pour renforcer le treillis serré des plus petits bâtiments. « Ça me paraît très bien. Comptez-vous l’adopter tout de suite ?

— Oui, amiral. » Elle haussa les épaules. « Quoi que préparent les Syndics, ils ne s’attendront pas à ça. Je ne l’ai encore jamais vu faire.

— Moi non plus. Ça fait une fichue grosse cible. Nous ne la présenterons que le temps de décider de la suite, pas une minute de plus. » Il regarda les croiseurs de combat de Tulev, Léviathan, Dragon, Inébranlable et Vaillant, s’écarter de la formation principale et modifier assez leur trajectoire pour passer à portée de missile des épaves. Si vétustes qu’ils fussent, ces bâtiments semblaient encore disposer d’assez de capacité à manœuvrer pour conserver leur position juste devant le point le saut et tout proche de lui, mais elle ne leur permettrait pas d’esquiver les spectres.

« Y a-t-il un équipage à leur bord ? » s’enquit Charban. Il était lui aussi monté sur la passerelle sans se faire remarquer.

Desjani désigna le lieutenant Castries pour lui laisser le soin de répondre.

« Très improbable, mon général, affirma Castries. Les systèmes automatisés suffiraient largement à assurer la manœuvre, s’agissant de maintenir ces bâtiments en vol stationnaire, et nous n’avons capté aucun signe de la présence d’êtres vivants à leur bord.

— Merci, répondit Charban. Mais s’il s’en trouvait tout de même ?

— S’il y en avait malgré tout, mon général ? Euh… alors ils verraient arriver les missiles assez tôt pour s’enfuir dans une capsule de survie.

— Ce qui leur ferait une belle jambe si l’amiral ne s’est pas trompé et que ces épaves sont bel et bien piégées », fit remarquer Rione.

Geary se tourna légèrement vers elle, assez pour lui adresser un regard aigu. Je sais qu’elle était d’accord avec ma décision de détruire ces épaves. Cette femme peut parfois se montrer contrariante rien que pour le plaisir. « Si ces bâtiments sont piégés, tout le monde le saura à leur bord. Nous ne pouvons pas être tenus responsables du déclenchement d’un piège qu’ils auront eux-mêmes posé. »

Il vit les spectres (deux par épave) quitter les quatre croiseurs de combat de Tulev. Sa main se crispa et esquissa un geste vers ses touches de com. Les auxiliaires ont fabriqué des projectiles de remplacement, pour ce qu’ils valent, mais nous ne sommes toujours pas pleinement certains de leur puissance. J’aurais dû lui dire de n’en utiliser qu’un seul par vaisseau…

« Amiral, on peut toujours compter sur le capitaine Tulev pour faire ce qu’il faut sans avoir reçu d’instructions précises, lâcha soudain Desjani. En larguant deux spectres par cible, il massacre sans doute les épaves, mais il s’assure au moins que toutes soient éliminées comme vous l’avez ordonné. »

Il la fixa cette fois d’un œil méfiant. « Comment avez-vous su… ? Peu importe. Vous avez raison. Nous sommes quittes.

— Je ne tiens pas le compte.

— Mon œil ! » Geary permit à sa main d’achever son geste vers les touches de com. « À toutes les unités de la première flotte, virez de quatre-vingts degrés vers le haut et de trente-cinq sur tribord à T vingt et adoptez la formation Tatou jointe à cette transmission. Geary, terminé. »

La flotte allait simultanément remonter et dévier sa course latéralement pour viser le prochain point de saut, tout en se comprimant en fonction de Tatou. Manœuvre impliquant des centaines de vaisseaux et dont l’élaboration et la coordination auraient sans doute exigé plusieurs jours de travail à des hommes, mais dont les systèmes de manœuvre s’acquittaient en quelques secondes.

Les questions commencèrent à pleuvoir quelques minutes plus tard. Geary loucha sur la liste des transmissions entrantes. Presque tous les officiers supérieurs de la flotte appelaient, et il n’était nullement besoin d’être un génie pour deviner le sujet de leurs appels.

Desjani jeta un coup d’œil en direction de la boîte de réception de son époux, lui adressa un regard sur le mode du « Je te l’avais bien dit » puis se remit à étudier son propre écran.

Je croyais en avoir fini avec tout ça, songea Geary, contrarié. Être ouvert aux conseils et aux suggestions est une chose. Voir ses décisions remises en question en est une autre, bien différente.

Sa main plana un instant au-dessus de ses touches de com, mais quelque chose le poussa à se tourner vers Tanya. Elle était en train de lui couler un regard en biais qui en disait long : Êtes-vous bien sûr de vouloir faire ça, amiral ?

Il baissa la main et réfléchit. Nul ne met mon autorité en doute. Plus maintenant. Du moins ouvertement. On se contente d’exprimer quelques inquiétudes sur la ligne d’action que j’ai choisie. Ces gens sont pour la plupart d’excellents officiers. Ils m’ont suivi jusque-là et ont toujours bien fait leur travail. Je me dois de tenir compte de leurs inquiétudes plutôt que leur enjoindre de la boucler et de faire ce qu’on leur dit. Il inspira profondément et enfonça la touche d’annonce générale, qui lui permettait de s’adresser à tous les commandants de la première flotte.

« Ici l’amiral Geary. Je comprends parfaitement votre inquiétude quant à notre manœuvre présente. Soyez certains que l’objectif de cette nouvelle formation est de déjouer les plans que les Syndics de Simur auraient ourdis. Dès que nous aurons la certitude qu’ils ne peuvent plus rien contre nous dans ce système, nous analyserons la situation qui y prévaut et nous tenterons de déterminer quels sont leurs projets. Puis nous modifierons de nouveau la formation et nous prendrons toutes les mesures requises, non seulement pour battre leurs plans en brèche mais encore pour y riposter de manière appropriée. »

Il s’interrompit pour réfléchir encore un peu. « Madame l’émissaire, voudriez-vous contacter le CECH principal du système de Simur, je vous prie, et déposer officiellement plainte contre l’agression de la flotte de l’Alliance par ces vaisseaux ? »

Rione le fixa en arquant un sourcil. « Vous connaissez déjà la réponse. Il prétendra qu’ils n’appartiennent pas aux Mondes syndiqués. »