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Bradamont regardait, elle aussi, mais elle laissa échapper un éclat de rire. « C’est un génie !

— Un génie ? Mercia vient de faire savoir à la flottille syndic que…

— C’est bien pour cela que c’est un génie », exulta Bradamont en voyant s’afficher l’incompréhension sur les visages de Diaz et Marphissa. « Vous ne comprenez donc pas ? Le Midway donnait jusqu’ici l’impression d’avoir gravement endommagé sa propulsion principale. Mais elle vient de démontrer à l’ennemi qu’elle est pleinement fonctionnelle. Et le cuirassé semble aussi disposer de quelques armes opérationnelles. »

Marphissa comprit brusquement. « Mais la flottille syndic ne va-t-elle pas croire maintenant à une nouvelle ruse ? S’imaginer que le Midway est désormais apte au combat et qu’il va se précipiter pour y participer dès qu’il verra une ouverture ?

— Mais si ! Et s’empresser de bloquer la retraite de la formation syndic afin de lui interdire de fuir. Une tromperie à l’intérieur d’une tromperie, la première servant à faire croire à l’observateur que la réalité qu’il a sous les yeux n’est à son tour qu’une illusion.

— Comment va réagir Boucher ? » se demanda Marphissa.

Quelques minutes plus tard, la réponse leur parvenait haut et clair : la flottille syndic plongeait et virait de trente degrés sur bâbord. « Elle file vers le point de saut pour Kane, constata Diaz. Pourquoi ? Le Midway ne sera pas en position de l’empêcher d’atteindre le portail avant près de neuf heures.

— Boucher panique, affirma Marphissa, percevant elle-même la satisfaction qui perçait dans sa voix. Tout a marché de travers pour elle, on la frappe sans relâche, ses escorteurs ont presque tous été détruits et maintenant son cuirassé est menacé. Elle emprunte en vitesse la route la plus proche vers la sécurité. »

Bradamont opina. « Vous avez raison, je crois. Et Boyens ne se trompait pas en affirmant qu’elle avait ordre de ne pas bombarder le système. Sinon elle larguerait probablement des projectiles cinétiques vengeurs en ce moment même. Les Mondes syndiqués tiennent à récupérer Midway intact.

— Ils ne l’auront pas. Ni intact ni autrement », jura Marphissa.

Les ventilateurs des supports vitaux se remirent à bourdonner.

« Bon sang ! lâcha Diaz en regardant autour de lui comme s’il n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. On a gagné. Et on est encore en vie.

— Oui, fit Marphissa. Maintenant que nous l’avons emporté, recontactez l’ingénierie et assurez-vous que, dans leur enthousiasme à mener rapidement des réparations, vos techniciens ne nous fassent pas tous sauter. »

Assister, incapable d’intervenir, au déroulement d’une bataille prenant place à des heures-lumière de distance est éprouvant pour les nerfs, surtout quand on sait que ce qu’on voit est déjà vieux de plusieurs heures. La présidente Iceni remplit deux verres et en offrit un au général Drakon. Ils étaient seuls dans son bureau. « Nous devrions porter un toast à cette nouvelle victoire sur le Syndicat, général.

— Vous disposez là de quelques subordonnés d’une formidable compétence, déclara Drakon.

— Mes commandants de vaisseau sont doués, n’est-ce pas ? fit-elle mine de demander en levant triomphalement son verre. Nous vivrons encore au moins un jour, général.

— Ça vous perturbe ? s’enquit-il en plongeant le regard dans le sien.

— Leur compétence ? Non. Marphissa et Kontos me sont loyaux. »

Drakon laissa échapper un borborygme, moitié reniflement, moitié grognement. « N’en déduisez pas que cette loyauté les conduira nécessairement à faire ce que vous attendez d’eux.

— J’entends bien. Mais ne parlons pas de vos propres subordonnés, sauf si vous tenez à ce que je règle moi-même ce problème. »

Drakon la fixa en fronçant les sourcils. « Ne touchez pas au colonel Morgan. S’il lui arrivait malheur, l’enfant mourrait.

— L’enfant est encore loin de voir le jour, fit remarquer Iceni. Et elle n’a été conçue que parce que Morgan vous a abusé.

— Elle n’en reste pas moins ma fille. » Drakon soutint le regard de la présidente. « J’ai passé ma vie à guerroyer, à détruire et massacrer. De toute mon existence, je n’ai participé qu’à une seule création. Alors, oui, effectivement, cette enfant compte beaucoup pour moi. »

Gwen Iceni soupira encore, assez lourdement pour faire entendre à Drakon toute la mesure de sa déception. « Je peux comprendre ce que vous ressentez, mais tenez-vous vraiment à voir naître votre fille ? Elle sera aussi celle du colonel Morgan. À quoi pourrait bien ressembler une fille de Morgan ?

— J’y ai déjà réfléchi.

— Vraiment ? Vous imaginez-vous votre gamine vous apportant des dessins au crayon de couleur, montrant des licornes jouant avec des enfants sous un arc-en-ciel, afin que vous les punaisiez à vos murs ? Parce que, si cette petite fille tient un tant soit peu de sa mère, elle se servira plutôt de ses crayons pour dessiner des loups en train de déchiqueter d’inoffensifs voyageurs pendant une tempête de neige. Avez-vous vraiment songé à ce que pourrait être une enfant du colonel Morgan ? Comment le sauriez-vous ? »

Drakon hésita assez longuement pour inquiéter Gwen, puis il secoua la tête et reprit la parole, l’air dérouté. « Je sais déjà comment pourrait être un de ses enfants. Je connais son fils.

— Son fils ? Morgan a un fils ? » Iceni était partagée entre l’incrédulité et sa colère contre Togo, son aide de camp, qui n’avait pas su découvrir un fait aussi important alors qu’il était censé avoir débusqué tout ce qu’il fallait savoir sur Morgan. « Où est…

— Ici même, la coupa Drakon. Le colonel Malin. C’est son fils. »

Gwen ne se rendit que graduellement compte qu’elle s’était affaissée de stupéfaction, la mâchoire tombante. C’est donc pour cela que Malin a refusé d’éliminer Morgan sur mon instigation. Il serait… ? « Mais ils sont pratiquement du même âge. Comment… Oh ! Cette mission où elle a été congelée en sommeil de survie.

— Vingt années durant, précisa Drakon. Le bébé, Malin, lui avait été retiré avant. Règlement du Syndicat. Morgan ne l’a jamais appris. Elle n’en sait toujours rien. » Il s’était exprimé à toute vitesse, mais le silence se fit brusquement quand il se tourna vers Iceni.

Tu viens seulement de prendre conscience de la puissance de l’arme que tu m’as fournie, songea Iceni. Si Morgan ne sait rien et que je menace de le lui révéler… la « fureur de l’enfer » serait une description assez convenable de ce qui se passerait ensuite. « Comment comptez-vous régler ce problème ? »

Drakon finit par sourire, encore que d’un sourire dénué de toute gaieté. « J’hésite entre le déni et l’envie de les tuer tous les deux.

— J’opte pour la seconde solution.

— S’il arrive quelque chose à Morgan…

— Oui, oui, le coupa-t-elle. Elle a pris des dispositions pour que l’enfant meure. Et, si nous tentions de retrouver la mère porteuse, cela suffirait à provoquer sa mort. Très futé, très pervers et fichtrement impitoyable. » Iceni le fixa, le menton en appui sur une main. « Avez-vous songé qu’elle pourrait aussi avoir des substituts ?

— Des substituts ?

— Des clones. Morgan aurait très bien pu cloner l’embryon et l’implanter dans de nombreuses mères porteuses. »

Drakon y réfléchit, de plus en plus renfrogné. « Le clonage humain est si sévèrement réglementé et prohibé dans presque toutes les circonstances qu’il lui aurait fallu trouver un médecin disposé à en prendre le risque.