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— Les CECH qui dirigeaient le Syndicat n’aspiraient nullement à voir pulluler des répliques d’eux-mêmes, expliqua Iceni. Toutes ces vieilles histoires sur des jumeaux identiques remplaçant les originaux sont des contes destinés à mettre en garde les CECH des temps modernes. Mais vous savez aussi bien que moi comment fonctionnait le système syndic. Si un produit existe et qu’il y a une demande, on trouvera des fournisseurs. En outre, puisqu’on peut cloner légalement des parties du corps humain afin d’assurer un stock suffisant d’organes pour les greffes, la spécialité se montre déjà au grand jour.

— Et si quelqu’un pouvait trouver des gens capables de pratiquer le clonage humain, c’était Morgan. » Drakon se redressa et défia Iceni du regard. « Je tiens à ce qu’il soit bien compris que c’est mon problème et que j’entends le régler moi-même. »

Elle eut un geste agacé. « Tant qu’ils ne représentent pas une menace pour moi, vous pouvez jouer à vos petits jeux autant qu’il vous plaira. Je dispose peut-être des vaisseaux de guerre, mais vous avez les forces terrestres à votre botte. En revanche, et j’insiste fermement là-dessus, je ne veux plus jamais voir ni entendre le colonel Morgan. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour la contrôler et protéger votre précieuse progéniture, mais, si je revois Morgan, j’ordonne à mes gardes du corps d’intervenir. »

Il secoua la tête. « Qu’en est-il du colonel Malin ? »

La question contraignit à Iceni à s’accorder le temps de la réflexion. La haine de Malin pour Morgan ne m’a jamais paru simulée, mais, s’il est réellement son fils, cette inimitié pourrait être bien réelle ou seulement feinte à son avantage. Je ne peux pas non plus me permettre de renoncer à Malin. Drakon ne sait toujours pas, manifestement, qu’il me fournit depuis quelque temps des informations sur lui. Point tant, d’ailleurs, qu’il m’ait jamais rien dit de négatif à son propos. « Je n’ai rien à reprocher au colonel Malin, finit-elle par répondre. S’il n’avait pas reconnu dans le cadre supérieur Ito un agent du SSI et ne l’avait pas empêchée de nuire juste avant qu’elle ne tente de vous empoisonner, vous seriez mort et ce système stellaire me serait tombé sur la tête. »

Drakon hocha la tête, but une gorgée puis concentra de nouveau son attention sur la présidente. « Si nous avons fini de débattre de mes subordonnés, il y a un autre problème dont j’aimerais que nous discutions. Nous venons de repousser une nouvelle attaque syndic, qui ne s’est soldée, cette fois, que par un œil au beurre noir. Nous avons donc désormais un peu de temps devant nous pour travailler avant que le Syndicat puisse lancer la prochaine.

— À quoi voudriez-vous que nous travaillions ?

— Nous devons nous occuper du prétendu CECH suprême Haris d’Ulindi. Il nous a déjà agressés une première fois. Nous lui avons arraché ses crocs, mais il pourrait revenir à la charge ou prendre pour cible un système voisin comme Taroa. »

Iceni secoua lentement la tête en même temps qu’elle ruminait. « Le CECH Haris… pardon, le CECH suprême Haris attendra certainement que les Taroans soient bien plus près d’avoir achevé la construction de leur cuirassé pour le réquisitionner en même temps que leur système, j’imagine. Ils n’en ont même pas terminé la coque. Mais, entre-temps, il risque de s’en prendre à un autre, comme vous venez de le dire. De quoi dispose-t-il pour passer à l’action ?

— Pour l’instant ? De pas grand-chose, autant que nous le sachions. C’est bien pourquoi nous devrions le frapper tout de suite, avant qu’il n’acquière davantage, exactement comme nous l’avons fait nous. Et certains des systèmes voisins du sien n’ont pas les moyens de se défendre contre de fortes menaces.

— Trop nous agrandir n’avancera personne », déclara Iceni. Elle afficha les données dont elle disposait sur le système d’Ulindi et se rembrunit. « Mais ceci me convainc davantage. Haris semble préserver entièrement la structure sécuritaire syndic : ses serpents dirigent tout à Ulindi. Si quelqu’un de l’intérieur éliminait Haris, ils hériteraient de toutes les ressources nécessaires pour refaire illico de ce système une base du Syndicat.

— C’est exact. En revanche, si nous dégagions Haris avant qu’il n’ait eu le temps de consolider ses forces terrestres et d’ajouter de nouveaux vaisseaux de guerre à ses actifs, nous pourrons alors remplacer son régime par celui d’un dirigeant mieux disposé à notre égard, ou, au pire, corruptible, voire susceptible d’être intimidé par nos menaces. Pourvu que nous ayons d’abord renforcé les défenses de cette région contre d’autres attaques de Haris ou du Syndicat et que nous l’ayons davantage stabilisée.

— C’est une assez raisonnable plaidoirie, concéda Iceni. S’agissant tant de notre intervention à Ulindi que de la nécessité d’agir promptement plutôt que d’attendre de voir ce que décideront Haris ou le Syndicat. Que prévoyez-vous de faire ? »

Drakon haussa les épaules. « Je ne peux guère planifier pour l’instant parce qu’il y a trop de données que j’ignore. Il me faudrait plus d’informations sur la situation à Ulindi. Obtenir la confirmation du nombre de vaisseaux dont dispose réellement Haris, des effectifs de ses forces terrestres, de leur loyauté à son égard et de la qualité de leur équipement. Il est d’une importance vitale que nous ayons la certitude de ne pas nous apprêter à fourrer la tête dans un nid de frelons. Nous devons aussi nous assurer qu’on peut encore trouver à Ulindi d’autres dirigeants potentiels susceptibles de le remplacer et qu’il n’a pas éradiqué la concurrence. Je compte envoyer à Ulindi un de mes meilleurs… bon sang ! mon meilleur agent pour découvrir la réponse à ces questions et préparer le terrain à notre action au cas où ses investigations confirmeraient la vulnérabilité de Haris, et seulement dans ce cas. »

Iceni hocha derechef la tête sans quitter son écran des yeux. « Vous parlez du colonel Malin ? L’envoyer dans un système contrôlé par un CECH du SSI ? Je suis surprise que vous preniez le risque de le perdre dans ce qui ressemble beaucoup à une mission suicide.

— Le colonel Malin n’est pas mon meilleur agent, s’insurgea Drakon d’une voix plus grinçante. Pas pour une pareille mission, en tout cas.

— Qui, alors… ? » Iceni lui décocha un regard noir, les deux sourcils arqués. « Le colonel Morgan ? Vous comptez envoyer Morgan ?

— Oui. »

Iceni hésita un instant, en se demandant pourquoi elle balançait entre approbation et désapprobation. L’expédition de Morgan risquait d’être un voyage sans retour, mais c’était aussi une brillante solution à la menace qu’elle incarnait, surtout si Drakon était sincère en affirmant qu’elle était son agent le mieux placé pour remplir cette mission. Mais Iceni ne s’était certainement pas attendue à un geste aussi cynique, calculateur et intéressé de sa part.

Elle le fixa. « J’ai consenti à vous laisser régler vous-même ce problème, mais j’admets volontiers m’étonner de vous voir proposer ce plan d’action.

— C’est le meilleur, grogna-t-il en évitant de croiser son regard.

— J’en conviens. Mais, comme je viens de le dire, je suis surprise de vous voir l’adopter. »

Drakon finit par la regarder dans les yeux, comme pour la défier. « J’ai dû me demander qui j’aurais envoyé si cela s’était produit un mois plus tôt. S’il s’agissait seulement de celui ou de celle qui serait le mieux à même de remplir cette mission, de la mener à bien et d’y survivre. Et la réponse était le colonel Morgan. Ça n’a rien à voir avec les événements récents. Je me propose de l’envoyer là-bas malgré tout.