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Iceni soupira puis plaqua la main sur ses yeux. « Nous cherchons encore à définir comment gouverner celui-ci. Du moins de manière plus détaillée. Ce dont nous déciderons fonctionnera-t-il ailleurs, comme à Taroa, par exemple, même s’il nous faut l’imposer ?

— Nous n’aurons pas forcément à l’imposer, fit observer le général. J’ai discuté avec le capitaine Bradamont du fonctionnement de l’Alliance. Elle m’a expliqué qu’il existe un certain nombre de principes sur lesquels tombent d’accord tous les systèmes qui en font partie, par exemple qu’ils ne peuvent pas prendre modèle sur le Syndicat, mais qu’à partir de là chacun de ces systèmes peut s’autogérer comme bon lui semble tant que ça n’entre pas en conflit avec ces principes.

— Hmmm. » Iceni baissa la main pour étudier la plus proche carte stellaire. « Alors il ne s’agit pas uniquement de propagande de la part de l’Alliance ? Elle autorise effectivement une plus grande… autonomie aux systèmes pris individuellement.

— C’est ce que disait Bradamont. Elle a reconnu que, sous la pression de la guerre, le gouvernement central de l’Alliance avait effectivement acquis davantage de pouvoir, mais que ce pouvoir restait limité. » Drakon avait dû lire le scepticisme dans les yeux d’Iceni parce qu’il ajouta : « Et elle appartient à l’Alliance. Vous savez ce qu’il en est de ses officiers, de leur sens de l’honneur et de leur aversion pour le mensonge. »

Iceni s’esclaffa. « Je sais surtout qu’ils se targuent volontiers de l’importance qu’a l’honneur à leurs yeux. Je suis convaincue que certains officiers de l’Alliance dissimulent davantage la vérité qu’ils ne sont prêts à l’admettre. Mais Bradamont n’a pas l’air d’en faire partie. Elle est en toutes choses d’une franchise exaspérante. Bon, si nous ne pouvons pas inculquer par la force un mode de gouvernement aux autres systèmes stellaires, il serait peut-être effectivement plus malin de leur laisser la bride sur le cou, tant que ça ne nous nuit pas ni n’apporte de l’eau au moulin du Syndicat. Plus capital encore, c’est à ce point différent des pratiques syndics que ça pourrait désamorcer les allégations selon lesquelles nous tenterions d’établir un Syndicat au petit pied. Vous offusqueriez-vous si je vous faisais part de la surprise que m’inspire le fait que vous avez réfléchi à tout cela avant moi ? »

Drakon sourit. « Non. S’agissant de gérer une affaire, vous êtes un meilleur CECH que je ne l’ai été. Je n’y ai pas réfléchi. C’est le colonel Malin qui m’a suggéré que nous devions y accorder une certaine réflexion.

— Le colonel Malin ? » En dépit des innombrables commentaires que lui inspirait cette révélation, Iceni s’efforçait de s’exprimer d’une voix égale. « Le colonel Malin m’a l’air bourré d’idées.

— Il prétend réfléchir à ce sujet depuis un bon moment, répondit Drakon. Il lui semblait qu’on n’aurait guère de chances d’y changer quelque chose tant que le Syndicat resterait aussi puissant et que l’Alliance nous ferait la guerre, mais la situation a évolué.

— La situation a évolué, convint Iceni. L’ancien régime s’est écroulé et consumé, et, maintenant… » Elle laissa sa phrase en suspens, un souvenir cherchant à refaire surface dans son esprit.

Drakon attendit en l’observant, assez avisé pour ne pas l’interrompre et, ce faisant, dissiper l’image qu’elle cherchait à se rappeler. Même si leurs discussions étaient parfois assez chaudes pour mettre le feu aux poudres, il faisait aussi preuve de certaines qualités.

Le feu. C’était ça ! « Un phénix.

— Un quoi ?

— Un phénix, répéta-t-elle. Vous avez dit qu’il nous fallait une image. J’avais déjà cogité là-dessus, et je m’étais dit que celle du phénix pourrait nous être utile. C’est pour cela que je n’ai baptisé aucun de nos croiseurs lourds le Phénix. Savez-vous ce qu’est un phénix ?

— Quelque chose qui n’existe pas réellement. Une minute ! N’y a-t-il pas un animal qui porte ce nom dans le système de Gladias ?

— Je n’en sais rien et je m’en fiche. Je parle de l’article authentique, celui qui n’est pas réel. » Le mot fit sourire Drakon, tandis qu’Iceni enchaînait. « C’est un oiseau de feu qui vit très longtemps. Comme une étoile. Mais ce n’est pas tout. Quand le phénix est blessé, il se régénère. On ne peut pas le vaincre, vous comprenez ? Et, quand il meurt, il se consume puis renaît de ses cendres. Il est invincible, indestructible, mais ce n’est pas un monstre. »

Drakon se radossa à son siège en hochant la tête. « Fichtre ! Voilà un symbole sacrément parlant.

— Un symbole sacrément puissant pour ce que nous sommes en train de bâtir. N’est-ce pas ? Un être qui endurera, qui se remettra de toutes ses blessures, aussi puissant que les étoiles autour desquelles orbitent nos planètes.

— Les planètes du Phénix ? interrogea Drakon. Ressuscitant des cendres du Syndicat ?

— Peut-être. » Iceni opina à son tour, autant pour se féliciter elle-même que pour répondre à Drakon. « Ça laisse dans le vague la nature exacte de l’association tout en projetant une image forte qui n’a rien de commun avec le Syndicat. Mais nous n’avons pas besoin que d’un symbole abstrait. Quand comptiez-vous me poser l’autre question ?

— L’autre question ? » Il secoua la tête. « À quel propos ?

— Sur le visage public de notre coalition d’étoiles qui ne serait ni le Syndicat ni l’Alliance. Vous ? Moi ? Nous deux ? Quel sera le visage du Phénix ? »

Drakon sourit légèrement. « Nous deux, j’imagine. Moi pour faire peur et vous pour présenter cette image d’un bouclier indestructible. »

Iceni le scruta longuement en s’efforçant de déterminer s’il ne venait pas de lancer une pique. « D’un bouclier ? Ce serait là mon image ?

— Celle que les citoyens attendent de leur présidente. Et c’est ce que nous voulons qu’ils croient, n’est-ce pas ? Une protection contre ce qui est arrivé à Kane, par exemple. »

Ça sonnait assurément comme un compliment, mais, curieusement, l’image n’en agaçait pas moins Iceni. « Très bien. Mais croyez-vous vraiment que j’aie besoin de vous à mes côtés pour inspirer de l’effroi à nos ennemis ? »

Le sourire de Drakon s’élargit mais resta sibyllin. « Non. Votre seul courroux peut inspirer une saine frayeur, et à juste titre.

— Contente que vous vous en rendiez compte. » Elle réfléchit un instant, les yeux plissés. « Recourir à la vieille tactique du bon et du mauvais flic présente ses avantages. J’ignore à quelle époque elle remonte exactement, mais je sais au moins qu’elle a duré parce qu’elle donne bien souvent des résultats. Malgré tout, je ne tiens pas à ce qu’un de nous deux reste figé dans l’un ou l’autre de ces rôles. Cela risquerait d’inciter des gens à croire qu’abattre l’un des deux suffirait à paralyser l’autre. Nous devons paraître forts mais pas menaçants à ceux qui vivent à l’intérieur de notre sphère de pouvoir, et forts et intimidants à ceux de l’extérieur.

— J’en conviens. » Drakon indiqua la direction des cellules de confinement d’un geste. « À propos d’intérieur et d’extérieur, le colonel Malin affirme que le CECH Boyens n’a pas pu nous en apprendre beaucoup plus.

— Non. » Iceni agita la main dans la même direction en y mettant la même dose de mépris et d’agressivité. « Boyens passe sa vie à tenter de nous tirer les vers du nez au lieu de répondre à nos questions. J’ai l’impression qu’il cherche à se faire l’image la plus précise possible des conditions qui règnent à Midway avant de décider du camp qu’il va choisir.

— Ça n’a pas grand sens. Il a d’ores et déjà fui le Syndicat. Il ne peut pas retourner comme ça dans son giron.