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— C’est précisément la question qui se pose. A-t-il réellement fui le Syndicat ? Ne l’aurait-on pas plutôt envoyé à Midway pour nous fournir des informations que nous regarderions comme précieuses mais dont les Syndics penseraient qu’elles ne nous permettraient pas d’arrêter leur flottille ? »

Drakon y réfléchit, le front baissé. « Ce qui leur donnerait en même temps l’occasion de fourrer le nez dans nos affaires. Boyens serait-il leur dernier atout en cas d’échec de la flottille ?

— Je vous ai posé la question la première. »

Une tonalité pressante se fit entendre, signalant qu’on cherchait à entrer dans le bureau d’Iceni, et l’interruption lui arracha un regard noir.

« Qu’est-ce que c’est ?

— Une communication urgente », répondit l’image de Togo sans trahir aucune émotion.

Communication dont, manifestement, il ne tenait pas à ce qu’elle parvînt à d’autres oreilles que celles de la présidente. Mais Drakon avait entendu et fixait déjà Iceni. « Entre », ordonna-t-elle à Togo.

Togo obtempéra et alla se planter devant son bureau puis attendit que la porte se fût refermée avant de reprendre la parole. « Ça vient de Kahiki, madame la présidente.

— De Kahiki ? Tout était calme là-bas.

— Et l’est redevenu si ce message est authentique. Kahiki a renversé le pouvoir syndic et demande notre protection.

— Kahiki, marmonna Drakon. Vous y êtes déjà allée ? demanda-t-il à Iceni.

— Non. Il n’y a pas grand-chose à voir, pas vrai ?

— Ça dépend de quoi on parle. Beaucoup de cailloux et de bestioles. On m’y a envoyé pour inspecter ses défenses terrestres, rappelez-vous. Quelque six mois avant notre rébellion. La belle propriété foncière s’y fait rare. La seule planète habitable est un peu trop proche de l’étoile, de sorte qu’on y peut vivre mais qu’il y fait très chaud : en majeure partie des déserts et quelques mers d’une taille convenable, des jungles marécageuses aux deux pôles, qui sont suffisamment frais pour que les hommes y survivent, mais en aucun cas confortablement. » Il marqua une pause. « Voyons voir. La population totale du système doit s’élever à environ deux cent mille âmes. Deux cités – une à chaque pôle – et quelques villes éparpillées, dont les installations orbitales de cette planète et de deux autres. Une brigade de forces terrestres régulières du Syndicat.

— Et des points de saut ne donnant accès qu’à un seul système en dehors de Midway », ajouta Togo avec une raideur que Drakon attribua au fait qu’il avait fourni lui-même ces informations à Iceni avant l’aide de camp.

La présidente se tourna vers le général pour voir s’il l’avait remarqué et elle constata qu’il lui rendait son regard, le visage impassible, mais qu’une lueur sardonique trahissant son amusement brillait dans ses yeux. « Plus important, poursuivit-il, Kahiki abrite plusieurs laboratoires de recherche et de développement destinés à soutenir l’effort de guerre du Syndicat et à exploiter tout ce qu’on a récupéré des Énigmas.

— Ah oui ! s’exclama Iceni. Je m’en souviens à présent. La planète des polards, la surnommait mon prédécesseur. Censés analyser tout ce qu’on connaît des Énigmas pour découvrir à quoi ils ressemblent réellement et comment les vaincre.

— Ouais. Ils travaillaient là-dessus depuis quarante ans et quelques avant que Black Jack ne revienne et ne fournisse en quelques mois les véritables réponses. J’imagine qu’ils doivent en être très marris.

— Il faut croire que les CECH syndics dictaient aux chercheurs toutes leurs idées créatives, lâcha sèchement Iceni. Vous savez à quel point toute découverte peut devenir handicapante. Un système stellaire consacré à la recherche, donc. Il pourrait être un fardeau pour l’instant s’il exige notre protection mais devenir un très précieux allié à longue échéance. Combien y avait-il de serpents à Kahiki ?

— Pas beaucoup, répondit Drakon. Ils n’y avaient qu’un QG satellite.

— Deux cent vingt agents du SSI sont portés présents à Kahiki selon les registres qui y ont été capturés, ajouta précipitamment Togo.

— C’est le minimum, dit Iceni. Ou plutôt c’était le minimum. M’étonnerait qu’il en reste encore deux cent vingt en vie. Qu’est-ce que Kahiki en a fait ?

— Le message ne le précise pas. »

Elle reporta son attention sur Drakon. « Qui commandait la brigade des forces terrestres ? »

Le général se concentra de nouveau, les sourcils froncés. « Une sous-CECH… Santori. Elle m’a paru très prudente et très stricte. On se rendait très vite compte qu’elle intimidait son état-major. Ses subordonnés la craignaient mais lui mettaient subrepticement des bâtons dans les roues.

— Quelle était la cause première ? Le comportement de Santori ou bien leur insubordination ?

— Je n’en sais rien. Toujours est-il que Santori ne m’a guère impressionné. » Drakon se tourna vers Togo. « J’aimerais voir ce message de Kahiki. »

Iceni fit un signe de tête à Togo, qui opina puis pressa une touche de sa tablette de données. La fenêtre virtuelle qui apparut devant Drakon montrait une douzaine d’hommes et de femmes assis autour de la table d’une salle de conférence. Iceni observait et écoutait, prêtant moins d’attention à ce qui se disait qu’au ton de la voix et à la gestuelle des six intervenants qui se prétendaient maintenant les dirigeants de Kahiki. « Qu’en pensez-vous ? demanda-t-elle à Drakon à la fin de la transmission.

— La femme à l’extrême gauche n’est pas la sous-CECH Santori mais son second. » Drakon se massa le menton. « Si je me souviens bien, elle m’a fait l’effet d’être mécontente mais de rester professionnelle et de s’efforcer de gérer les affaires au mieux en dépit du manque de charisme de Santori. Manifestement, elle est désormais responsable des forces terrestres du système.

— Nous avons nous-mêmes perdu quelques sous-CECH lors de notre révolte, fit remarquer Iceni.

— Santori a probablement été défenestrée par les subalternes qu’elle maltraitait. Les chefs n’ont que faire de l’amour de leurs troupes, mais, bon sang ! ils ont tout intérêt à s’attirer leur respect, parce que, tôt ou tard, ces troupes trouveront le moyen de leur rendre la politesse. Ces gens qui prétendent diriger Kahiki ont visiblement la trouille, ajouta Drakon.

— Oui. Ou ils jouent bien la comédie. » Iceni se tapota la lèvre de l’index en même temps qu’elle étudiait la dernière image. « Ils affirment que ce qui est arrivé à Kane les a incités à se révolter. La tentative d’intimidation de la CECH Boucher a l’air de se retourner contre elle.

— Plausible, concéda Drakon. Mais seulement parce que nous sommes là. Vous les avez entendus. Ils ont appris que nous avions maintenant un cuirassé et un croiseur de combat et que nous avons encore repoussé une attaque des Syndics. Ils doivent donc se dire que nous pouvons leur offrir une protection et interdire aux Syndics de faire subir à Kahiki le même sort qu’à Kane. »

Iceni lui décocha un regard entendu. « Mais pouvons-nous la leur offrir ? C’est tout juste si nous avons réussi à repousser cette dernière attaque.

— Comme vous l’avez dit, ils restent un fardeau pour l’instant. » Drakon désigna la carte stellaire. « Mais un fardeau limité. Ainsi que l’a précisé votre aide de camp, en dehors du point de saut pour Midway, Kahiki n’en a qu’un seul autre qui mène à Tuvalu. Il n’y a strictement rien à Tuvalu sinon un tas d’astéroïdes et une station spatiale de secours automatisée pour ceux qui auraient besoin d’assistance en traversant le système. Le Syndicat ne dispose d’aucun moyen pratique d’amener une force à Kahiki. Plus capital encore, la voie d’accès normale des communications en provenance de Kahiki adressées aux autorités syndics passait juste ici, par Midway. Avant que le Syndicat n’apprenne qu’un bouleversement s’y est produit, il se passera un bon bout de temps.