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— Vous en êtes sûr ? demanda Iceni. Le Syndicat ne disposait d’aucune autre voie de communication ?

— J’ai inspecté leurs défenses, lui rappela Drakon. Ce qui incluait leurs voies de communication et leurs plans de secours. En cas d’alerte, si Midway devait tomber aux mains des Énigmas, Kahiki était censée faire le gros dos et rapporter la nouvelle à Tuvalu par le premier astronef disponible. Compte tenu de l’absence de toute estafette, de tout autre vaisseau interstellaire et du temps qu’il aurait fallu pour prévenir Tuvalu, chacun savait à Kahiki ce que ça signifiait en réalité : Vous êtes livrés à vous-mêmes et dites au revoir à la vie. »

Iceni sourit, encore que cette dernière expression contînt plus de férocité que d’humour. « Combien de fois ce plan de secours a-t-il été le seul en vigueur durant la guerre contre l’Alliance ? Plus souvent que je n’ose y penser. Mais il reste vrai que, si Midway était tombé aux mains des Énigmas, Kahiki serait devenu indéfendable. Le Syndicat aurait eu les plus grandes peines du monde à sauver ce système ou à l’évacuer, même avant que Black Jack n’ait anéanti tant de ses forces mobiles. Très bien. Je consens à étendre notre protection à Kahiki et à l’inviter à se joindre à nous. »

Drakon se voûta légèrement, le regard toujours distant, puis finit par opiner. « Je suis du même avis. Mais tenons pour l’instant cet accord secret, comme d’ailleurs la révolte de Kahiki. Plus le Syndicat l’apprendra tardivement, plus il mettra de temps à élaborer une contre-attaque.

— J’enverrai un officiel de haut rang négocier le traité. Plus ou moins de la même eau que celui que nous avons conclu avec Taroa. Est-ce acceptable ? Faites-moi savoir quel représentant vous comptez dépêcher de votre côté. »

Drakon réfléchit encore longuement avant de répondre. « Gwen, dans la mesure où les clauses de cet accord seront sensiblement les mêmes que celles du traité que nous avons passé avec Taroa, je ne vois aucune raison d’envoyer quelqu’un surveiller votre émissaire. »

Iceni le fixa en arquant les sourcils, étonnée qu’il ait exprimé si ouvertement une telle confiance en elle. Elle surprit du coin de l’œil, avant qu’il eût pu la dissimuler, la réaction de Togo. Étrangement, plutôt que sa teneur, c’était le tout début de la déclaration de Drakon qui l’avait fait tiquer.

Quand il l’avait appelée Gwen.

Qu’avait-elle lu chez Togo durant ce bref instant de relâchement ? Surprise ? Inquiétude ? Colère ? Impossible de le dire. « C’est tout », déclara-t-elle.

Elle attendit que Togo fût sorti puis pointa Ulindi sur la carte stellaire. « Avez-vous appris du nouveau sur la situation de ce système ?

— Non.

— Votre… agent… est-il arrivé là-bas ?

— Elle devrait débarquer incessamment. Mais je ne sais pas précisément comment elle compte s’infiltrer dans le système, si bien que je ne sais pas quand exactement elle arrivera.

— Vous vous fiez encore énormément au colonel Morgan, manifestement », laissa tomber Iceni, consciente elle-même de la froideur de sa voix.

À en juger par la moue de Drakon, lui aussi l’avait ressentie. « Dans certains domaines, en effet. Elle a l’art et la manière.

— J’ai entendu de nombreuses allusions à ses compétences, reprit Iceni, en se demandant si cette froideur transpirait encore. Mais, dans la plupart des cas, il n’était fait que très vaguement référence à l’endroit où elle les avait acquises et à la manière dont ça s’était passé.

— Je ne connais pas tous les détails, répondit Drakon en soutenant avec fermeté son regard glacial. Elle avait déjà de nombreux talents à notre première rencontre, de sorte qu’elle a dû les acquérir très jeune. On n’évoque jamais ces choses-là quand on a grandi sous le régime syndic. Le colonel Morgan en a eu sa part.

— Le colonel Morgan cache trop de secrets.

— Nous sommes d’accord à cet égard. Je me sers justement de ces compétences pour nous faire progresser à Ulindi. N’allez pas croire pour autant que je lui fasse toujours entièrement confiance. »

Après le départ de Drakon, Iceni fixa longuement la carte stellaire en fronçant les sourcils. Que Morgan trouvât la mort à Ulindi simplifierait grandement la situation, son décès dût-il compliquer la tâche de Drakon. S’agissant de double jeu et de meurtre, je ne doute pas que cette sorcière ait appris très jeune le métier. Mais à quel âge exactement ?

RETOUR SUR LE PASSÉ…

L’ex-travailleuse de cinquième classe Roh Morgan, âgée de dix-huit ans et récemment promue au rang de cadre exécutif de quatrième classe, s’adossa à son siège et sourit à l’homme assis dans celui du pilote. Elle allongea lentement la jambe vers le cadre exécutif de première classe Jonis pour la lui montrer avec la botte qui la chaussait.

Jonis sourit, pas à la botte mais à Morgan. « Beau travail, Roh.

— J’ai tout ce que vous vouliez, répondit-elle. Ses bottes, quelques fragments d’épiderme et d’autres pièces à conviction plus subtiles pour saupoudrer la scène du crime.

— Excellent. » Jonis passa en pilote automatique et tendit la main. « L’équipement furtif. »

Morgan se redressa légèrement, passa la main dans une grande poche de son gilet et en tira un assortiment de bracelets, de boucles d’oreilles et de bagues. « C’est là le dernier cri de la panoplie du SSI ? On pourrait croire qu’il a les moyens de les repérer quand ils sont activés.

— Je t’ai déjà expliqué qu’il n’en serait pas fichu. » Il tendit de nouveau la main, plus autoritairement cette fois. « Il y a toujours un bref temps de latence entre l’introduction d’un nouveau matériel sur le marché et la reprogrammation des senseurs qui sont censés le détecter. »

Morgan laissa tomber les bijoux dans la paume de Jonis. « Ces babioles ne tarderont donc pas à devenir inutiles.

— Pas entièrement. » Plus âgé que Morgan d’une bonne vingtaine d’années, Jonis adopta le ton de pédagogue qu’il affectionnait en sa présence. « Ils seront toujours efficaces. Mais, si bien travesti soit-il, un agent intelligent ne doit jamais se reposer sur un matériel qu’on peut repérer ou détecter. Quand on se fait prendre avec un tel équipement, on peut difficilement clamer son innocence ou son ignorance. Les leçons que je t’ai enseignées sur la nécessité d’éviter d’attirer l’attention de mes collègues sont, à longue échéance, bien plus précieuses que ces joujoux. Et, contrairement aux gadgets de la technologie, il existe d’autres méthodes permettant de passer inaperçu qui, elles, ne deviennent pas obsolètes ni n’exigent de remises à jour. » Il la fixa d’un œil égrillard. « Quand nous aurons fini de planter ces preuves et que la sous-CECH Tarranavi aura été arrêtée pour crimes contre le Syndicat, je pourrai te donner d’autres leçons de nature plus… intime. Beaucoup d’hommes, vois-tu, n’auraient pas attendu jusqu’à ce jour la récompense de leurs… conseils. »

Morgan sourit. « Vous savez bien que cette attente en vaut la peine.

— Oui. J’en suis certain. » Il s’esclaffa derechef. « Après tout, sous ma protection, tu peux rendre de très grands services au SSI en travaillant en sous-main et être récompensée en conséquence.

— On dirait que votre protégée va être… richement gratifiée, ronronna Morgan. Pourquoi détestez-vous à ce point Tarranavi ? Pourquoi tenez-vous tant à la faire arrêter ?