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Morgan fit un signe de tête à l’homme dont les dossiers du SSI affirmaient qu’il était une menace potentielle mais sans gravité. Ceux qui représentaient une menace sérieuse avaient tous été arrêtés ou avaient tout bonnement disparu avant qu’elle-même n’arrive à Ulindi. L’accélération et le nombre des arrestations laissaient supposer que le CECH suprême Haris projetait quelque chose dans un futur proche, mais aucune des vérifications auxquelles Morgan avait procédé dans les dossiers du SSI n’avait trahi une intervention imminente.

Les murs sombres semblaient se refermer sur eux ; le plus clair de la lumière était fourni par les appareils que Morgan tenait à la main et qui paralysaient le système de surveillance dissimulé dans les parois. Elle avait tué deux autres serpents pour se procurer le matériel convenable.

L’homme lui rendit son regard ; sa paupière tressautait fébrilement. « Je ne comprends pas ce que vous voulez.

— La même chose que le citoyen Torres, répondit-elle tranquillement.

— Que ce qu’il voulait. Au passé. Torres est mort. Si vous croyez pouvoir me faire dire ou faire quelque chose de déloyal, vous vous fourrez le doigt dans l’œil. »

Torres aussi était donc mort ? Les serpents avaient pris deux têtes d’avance sur elle sur ce coup-là. « Haris n’a plus beaucoup de temps devant lui, déclara-t-elle. Si vous faites le bon choix, vous pouvez aider à provoquer sa chute. »

L’homme secoua nerveusement la tête et regarda autour de lui comme s’il s’attendait à croiser le regard d’espions invisibles. « Ça ne m’intéresse pas. Je suis loyal. Mais je vous dénoncerai.

— C’est ce qui a incité les serpents à arrêter tous ces citoyens ? Vos dénonciations ?

— Non ! La rafle venait de débuter sans avertissement ! Personne n’avait rien fait ! Je n’y suis pour rien ! »

Morgan laissa le silence s’épaissir le temps que la trouille de l’homme s’exacerbe, en même temps qu’elle réfléchissait à un moyen de lui faire cracher un renseignement utile. « Qu’en est-il du citoyen Galanos ? demanda-t-elle finalement. Que penserait-il de ce que vous venez de dire ?

— Galanos ? Je… Je ne connais aucun Galanos.

— Ne jouez pas les imbéciles. Les serpents savent que vous l’avez rencontré.

— C’est faux ! Si c’était vrai, je serais… » Il s’interrompit et dut déglutir avant de pouvoir reprendre la parole. « Je suis loyal », protesta-t-il de nouveau faiblement.

S’il n’avait pas été son cinquième contact à refuser de travailler avec elle, Morgan aurait sans doute accueilli un peu plus aisément ses dénégations. Les quatre premiers qu’elle avait cherché à joindre avaient disparu ou étaient morts avant même qu’elle ne les ait contactés. Elle restait sur sa faim et d’assez mauvaise humeur.

Mais, avant qu’elle fût revenue à la charge, une alarme gazouilla dans son oreille gauche, suivie d’un clignotement à l’intérieur du masque qu’elle portait.

Elle grogna puis abattit assez violemment la paume sur le front de l’homme pour l’envoyer rebondir contre le mur. On entendit distinctement le choc, qui avait certainement alerté celui qui se faufilait sur sa gauche dans sa direction. Cela étant, Morgan prit le temps de balayer de son matériel le corps de sa victime. Il portait un micro, évidemment. Les serpents avaient une tête d’avance sur lui aussi.

Elle arracha la carte mémoire du micro et s’assura que l’homme était bien mort puis, du pouce, régla la minuterie de l’explosif improvisé qu’elle avait concocté avant d’installer l’engin dans la pénombre au pied du mur opposé. Dégainant l’arme confisquée à un des serpents qu’elle avait éliminés, elle se fondit dans le noir sur sa droite, en progressant à vive allure et d’un pas assuré le long de la voie de repli qu’elle avait repérée avant d’arranger la rencontre. Si d’aventure les serpents étaient venus d’une autre direction, elle aurait pu emprunter un autre chemin sur sa gauche.

Celui-ci, d’ailleurs, n’était pas forcément sûr, finalement. Elle se figea et scruta la pénombre en quête d’un mouvement ou d’un bruit qu’elle aurait enregistré subconsciemment. Ici. Et là. Elle attendit patiemment en comptant de tête, son arme braquée sur une silhouette pratiquement indistincte.

Elle pressa la détente une seconde avant que sa bombe improvisée n’explose derrière elle dans le passage. Elle fit un bond de côté sans attendre le résultat de son tir et en décocha deux autres en direction de la seconde silhouette qu’éclairait fugacement la lueur de la déflagration, dont les échos assourdirent également ses coups de feu.

La lueur s’éteignant et l’obscurité retombant, elle dévala le passage en enjambant les corps des deux serpents, morts ou blessés, qui avaient monté la garde. Des tirs résonnaient encore derrière elle et parfois même de côté, mais elle courait trop vite sur son chemin pré-planifié.

Alors qu’elle enquillait dans un tronçon du tunnel de service souterrain, une autre silhouette apparut latéralement. Morgan n’attendit pas d’avoir identifié l’individu ni vérifié qu’il représentait une menace : sa main vola pour porter ce qui devrait être un coup mortel. Elle ne s’arrêta pas pour vérifier et continua de cavaler droit devant elle.

Tout plan doit être modifié si besoin. Cette idée d’organiser des cellules de résistance armée sur cette planète lui avait paru bonne au départ, mais elle se révélait à la longue trop hasardeuse, sans compter qu’elle ne trouvait aucune recrue.

Elle s’arrêta finalement dans une planque soigneusement préparée puis entreprit de changer de nouveau d’apparence et de se débarrasser de tout ce qui pouvait permettre de la reconnaître ou de la filer.

Elle devait attendre le lever du jour pour en sortir sans risquer d’attirer l’attention, de sorte qu’elle s’adossa au mur pour réfléchir.

Il y avait eu de nombreuses arrestations en ville et partout ailleurs sur la planète au cours du dernier mois, et cela avait commencé deux semaines avant son arrivée. Beaucoup d’arrestations. Le citoyen affublé d’un micro qui était mort cette nuit se trouvait tout en bas de la longue liste des suspects habituels que dressent sans relâche les serpents. Personne, sur une planète syndic, ne publiait de statistiques des arrestations, mais, à ce qu’avait pu reconstituer Morgan en écoutant les gens murmurer dans la rue ou en consultant les offres d’emploi destinées à pourvoir des postes brusquement disponibles, elles se chiffraient dernièrement par milliers.

Le CECH suprême Haris tremblait-il à ce point ? Parfait. Il avait tout intérêt.

Où les serpents incarcéraient-ils donc tous les citoyens qu’ils appréhendaient ?

Ce serait sans doute bon à savoir, encore qu’elle pressentît une réponse déplaisante.

Les renseignements qu’elle avait déjà transmis clandestinement au général Drakon suffiraient à lui faire remporter une nouvelle victoire écrasante, du moins l’espérait-elle. Point tant d’ailleurs qu’il eût besoin de beaucoup d’assistance pour l’emporter. Vision stratégique, d’accord, mais Drakon avait Morgan pour lui fixer la route.

Elle se démancha le cou pour scruter l’obscurité à travers un interstice et ne vit qu’une portion de ciel noir. L’aube commençait à dissiper les ténèbres, mais on voyait encore les plus brillantes étoiles.

Notre fille régnera sur ces étoiles.

En dépit de sa posture inconfortable, Morgan la conserva et continua d’observer jusqu’à ce que la dernière escarboucle se fût fondue dans la clarté du jour nouveau.

Le général Drakon se radossa pour désigner l’écran. Son bureau était plus petit que celui d’Iceni et plus spartiate que luxueux, mais il le devait autant aux séquelles rémanentes de ce qu’exigeait le Syndicat de ses CECH, quel que fût leur échelon, qu’aux préférences personnelles son occupant. Les dimensions précises du bureau d’un officier des forces terrestres de n’importe quel système stellaire syndic étaient dûment réglementées et détaillées. Chacun pouvait sans doute outrepasser ces limites, mais au détriment de son ambition et au prix de mesures de rétorsion de ses supérieurs. Depuis la rébellion, Drakon aurait pu faire agrandir son bureau afin qu’il rivalisât avec celui de la présidente, mais il n’en avait pas vu l’intérêt. Pour ce qui le concernait, sa taille avait peu d’importance tant qu’on pouvait y loger une table de travail et une corbeille à papier, et ce ne sont pas les grands bureaux qui font les grands hommes. « As-tu parcouru les fichiers que nous a envoyés le colonel Morgan ?