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— Oui, mon général. Ils sont très circonstanciés. » Malin afficha une vue du système stellaire d’Ulindi. « Et ils confirment certaines de nos propres informations. Le CECH suprême Haris a été sévèrement éprouvé par sa tentative manquée de s’emparer de notre cuirassé. Il a perdu son croiseur de combat et quatre avisos, de sorte qu’il ne lui reste plus que le croiseur lourd que nous lui connaissions. Selon Morgan, il disposerait aussi d’un unique croiseur léger. Les prisonniers que nous avons faits sur son croiseur lourd soupçonnaient sans doute Haris d’en posséder un, mais ils croyaient aussi qu’il avait fait défection.

— Et aucun autre en construction ou en réparation, ajouta Drakon. Deux croiseurs ne nous empêcheront pas de débarquer des troupes partout où nous le voulons à Ulindi.

— Surtout si la présidente Iceni envoie une assez forte flottille d’escorteurs, convint Malin. Je vous suggère de lui demander au minimum deux croiseurs lourds et deux légers. Si la kommodore Marphissa ou le kapitan Kontos la commandent, une supériorité numérique de deux contre un devrait largement suffire à neutraliser les vaisseaux de Haris.

— C’est quasiment la moitié de notre flotte. Je crois que la présidente y consentira malgré tout. Pourquoi ne pas lui demander aussi d’ajouter le croiseur de combat ?

— On n’aura pas besoin du croiseur de combat, mon général. À moins que Haris ne tire subitement de son chapeau une menace bien plus sérieuse en matière de vaisseaux de guerre. Mais, si nous nous en apercevons dès notre arrivée à Ulindi, nous pourrons toujours annuler le débarquement et nous replier.

— Je m’attends à ce que la présidente Iceni me fasse la même réponse si je lui demande le croiseur de combat en sus de la moitié de sa flotte, concéda Drakon. Je comprends sans doute pourquoi elle tient à garder le Pelé à Midway pour protéger le système. Si nous n’assurions pas la sécurité de notre base arrière, prendre Ulindi ne nous avancerait guère. »

Malin indiqua l’écran d’un geste. « Les données relatives aux forces terrestres coïncident également avec ce que nous en savons : une seule brigade de forces régulières syndics. Elle a perdu quelques-uns de ses soldats, affectés à l’équipage du croiseur de combat pour l’aider à arraisonner notre cuirassé. Tous sont morts quand nous l’avons repris. » Malin s’interrompit pour fixer l’écran. « Ainsi que deux bataillons d’une milice planétaire regardée comme peu fiable et les serpents restés fidèles à Haris. Une partie des forces terrestres et une patrie des effectifs du SSI sont déployées sur des bases orbitales ou des installations un peu partout dans le système. Selon les archives que s’est procurées Morgan, j’évalue la force terrestre actuelle de l’opposition à environ soixante pour cent des effectifs officiellement autorisés de la brigade syndic.

— Une brigade de forces régulières grosse de soixante pour cent de ses effectifs, répéta Drakon, et deux bataillons d’une milice planétaire sans doute privée d’armes lourdes puisque les serpents s’en méfient. Que dire de ces arrestations qui ont commencé avant l’arrivée de Morgan ? »

Malin eut un sourire dénué de tout humour. « Haris est inquiet. Il voit des ennemis partout, sans cesse plus nombreux et frappant à l’aveugle. Ces arrestations massives qu’a rapportées le colonel Morgan finiront par retourner la population et les forces terrestres contre lui. » Le sourire s’évanouit. « Quoi qu’il en soit, il semble que les tentatives du colonel Morgan pour organiser des cellules de résistance aient fait long feu.

— Sans qu’elle en soit responsable, fit remarquer Drakon en se rembrunissant. Haris doit être assez futé pour savoir que ces arrestations risquent d’ameuter la populace. C’est la crainte d’être arrêtés qui maintient la plupart des citoyens du Syndicat dans le droit chemin. Si les arrestations se banalisent, au point que personne n’aura plus l’air à l’abri, elles finiront par devenir contreproductives. À long terme, Haris peut s’attendre à de sérieux troubles.

— Peut-être n’est-il pas assez futé pour s’en rendre compte, mon général. »

Drakon fixa Malin. « Colonel, je sais que vous tenez à ce que cette opération soit menée à bien et qu’Ulindi devienne notre allié au lieu d’une menace. Nous pouvons y parvenir. Mais je ne veux surtout pas qu’on ferme les yeux sur de possibles difficultés à cause d’une trop grande précipitation. » L’absence de Morgan lui pesait en l’occurrence. Elle aurait réfuté les certitudes de Malin, elle l’aurait obligé à se montrer honnête et elle aurait proposé d’autres options. Et Malin, pour anticiper ses piques, aurait redoublé d’efforts et vérifié ses plans à deux fois.

Certes, c’était une relation mère/fils pour le moins chaotique, mais il fallait dire aussi que Morgan n’était pas au courant de cette filiation et que, pour ce qui concernait Drakon et sa stratégie militaire, elle fonctionnait plutôt bien.

« J’envisage toutes les éventualités, mon général », affirma Malin.

Pour être honnête, Drakon ne voyait aucun problème majeur à la présentation du colonel. « Même si l’armée d’Ulindi restait fidèle à Haris, nous devrions en triompher sans encombre avec deux de nos brigades et le soutien de nos vaisseaux en orbite basse. Le capitaine Bradamont prétend qu’il devrait être facile de neutraliser ses quelques défenses anti-orbitales.

— J’abonde dans son sens, déclara Malin. Morgan ajoute aussi dans son rapport que le moral des forces terrestres d’Ulindi est au plus bas. Ça paraît presque… facile. »

Drakon opina en ébauchant un sourire pour fixer l’écran, content que Malin ait soulevé la question. « Trop. Qu’est-ce qui nous échappe ?

— Je ne vois rien, mon général. Les informations du colonel Morgan sont très complètes et, quelles que soient ses autres… activités, elle est très douée en ce domaine. Les dernières réactions du CECH suprême Haris, cette vague d’arrestations et d’exécutions, ne témoignent assurément pas d’une grande assurance ni d’un sentiment de toute-puissance de sa part.

— Il se conduit comme s’il avait peur, n’est-ce pas ? Mais ça paraît quand même facile.

— On pourrait envoyer trois brigades, suggéra Malin. On n’aurait plus besoin de soulever les autochtones…

— Non. » Drakon adoucit sa ferme rebuffade d’un bref sourire. « Trois brigades ne raccourciront pas notre tâche. Haris ne réagit pas comme s’il avait dans sa manche un atout qu’il s’apprêterait à jouer, et Morgan l’aurait d’ailleurs repéré. Si tout était tranquille à Midway et que nous avions sous la main les transports nécessaires, j’embarquerais trois brigades, mais la présidente Iceni a besoin d’un appui. Sans compter que trouver de quoi convoyer deux brigades risque déjà d’être ardu. Quelle est votre opinion sur la situation qui règne ici ? »

Malin réfléchit avant de répondre. « Il ne fait aucun doute qu’on cherche à semer la zizanie parmi les citoyens, mon général. Mes informateurs doivent encore identifier les perturbateurs, mais, compte tenu des changements auxquels a procédé la présidente Iceni, ils auront désormais bien plus de mal à provoquer des troubles civils. Les forces locales placées sous son contrôle devraient suffire à…