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— Selon vous, il pourrait devenir urgent d’agir ? » Elle se rejeta en arrière en le fixant intensément.

« Je n’en sais rien. » Drakon eut un geste tranchant. « Je ne suis informé d’aucune menace imminente. S’il arrivait quelque chose alors que le colonel Kaï est à la tête des forces terrestres, il pourrait tarder à réagir. Compte tenu de son tempérament, il est préférable qu’il participe à l’opération. »

Iceni le dévisagea encore plusieurs secondes puis opina. « Pas de Kaï, donc.

— Reste le colonel Gaiene. Je sais quelle opinion vous avez de lui, mais, si je le croyais le plus apte à rester, je l’aurais déjà pressé d’accepter. Cela dit, il n’est pas le candidat idéal. Il sème le souk partout où il passe, ce qui est bel et bon sur un champ de bataille mais pas en garnison.

— Aucun de nos subordonnés n’est parfait, déclara Iceni en détournant le regard. Mais je préférerais ne pas me reposer sur un commandant des forces terrestres qui risque de s’être enivré et d’avoir découché au moment où l’on a le plus besoin de lui.

— Ce qui ne nous laisse que Rogero, qui, quoi qu’il en soit, ferait un excellent choix.

— D’autant que, si vous le laissez ici, le capitaine Bradamont ne sera pas fâchée contre vous.

— Elle fait partie des gens que j’aimerais mieux ne pas contrarier, admit Drakon en décochant à la présidente un regard qui lui qui arracha un petit sourire. Je me demandais malgré tout si vous ne teniez pas à ce qu’elle accompagnât la flottille à Ulindi.

— Non, répondit Iceni. Je l’ai sondée à cet égard. Elle craint que sa participation à une opération offensive de Midway ne contrevienne à ses ordres. Je crois qu’elle s’y résoudrait si je l’en priais gentiment, parce qu’éliminer Haris est en réalité une opération aussi défensive qu’offensive, mais la kommodore Marphissa devrait pouvoir s’en charger sans encombre et, elle absente, j’aimerais mieux que Bradamont reste ici pour épauler les kapitans Kontos et Mercia.

— Ça me paraît prudent.

— Contente de vous voir approuver.

— Cette opération vous déplaît-elle, Gwen ? J’ai planché sur elle, mais ce n’est pas grave. Je peux encore faire une croix dessus et la classer dans les éventualités. On peut remettre à plus tard cette frappe d’Ulindi ou même l’annuler complètement. Haris pose sans doute un problème, mais ce n’est pas une menace imminente. »

Elle fit la grimace puis baissa les yeux. « Il faut croire que je n’ai pas très bien su le dissimuler. Oui, cette opération me déplaît, mais, si vous me demandiez de dresser la liste des raisons qui m’inciteraient à l’avorter, je serais bien en peine de vous en citer une, tandis que je tombe d’accord avec toutes celles qui exigent l’élimination de la menace posée par Haris avant qu’elle ne s’aggrave. Le taux des arrestations et des exécutions à Ulindi m’incite aussi à croire que Haris se sent affaibli et qu’il prend des mesures désespérées pour raffermir sa position. Qu’adviendrait-il de votre colonel Morgan si nous l’annulions ?

— Je lui transmettrai l’ordre de rentrer. Elle le pourrait.

— Vous avez probablement raison, hélas. » Iceni se passa la main dans les cheveux en soupirant.

« Il faudrait aussi prendre en considération ce qui se passerait à Ulindi si nous n’intervenions pas mais que Haris se retrouve malgré tout renversé par une opposition locale qui serait restée loyale aux Syndics et qui restituerait le système aux CECH de Prime, lui rappela Drakon.

— Ça fait beaucoup d’inquiétudes. Il y en a toujours trop. Nous n’avons jamais le temps de régler un problème et de nous reposer avant que d’autres ne viennent monopoliser notre attention. » Iceni prit une profonde inspiration puis le fixa, le visage durci. « Si l’opération se passe bien et que votre colonel Morgan y survit, il faudra qu’on parle à votre retour.

— Du colonel Morgan ? » Il la regarda hocher la tête puis opina à son tour. « Je vois.

— Vraiment ? Elle vous a trahi, Artur. Elle s’est servie de votre promiscuité pour abuser de vous au moment où vous étiez le plus vulnérable afin d’arriver à ses fins. Je pense comme vous que le colonel Morgan est quelqu’un d’effroyablement compétent. Elle est aussi folle à lier. C’est là un mélange explosif.

— J’en suis conscient, croyez-moi.

— Alors, pourquoi… » Iceni ravala sa question.

Mais il savait ce qu’elle s’était apprêtée à dire. « Parce que j’étais ivre, déprimé et stupide. »

Sa franchise n’eut pas le don d’attendrir Iceni. « J’espère que l’expérience valait tous les ennuis qu’elle nous a rapportés.

— Pour être tout à fait honnête – mais depuis quand les gens comme vous et moi sont-ils entièrement honnêtes ? –, j’avoue ne pas m’en souvenir. J’étais complètement saoul.

— Vous avez couché avec le colonel Morgan et vous ne vous rappelez rien ? » Pour la toute première fois depuis le début de la conversation, Iceni semblait franchement amusée. « Peut-être existe-t-il réellement une forme de justice cosmique. »

Drakon s’en irrita légèrement. « J’espère que vous vous rendez maintenant compte que ça ne serait jamais arrivé si j’avais été sobre.

— C’est une excuse ?

— Non. Je n’en ai aucune. C’était de ma part un terrible manquement, tant personnel que professionnel. »

Quelque chose dans ses paroles ou les accents de sa voix incita finalement Iceni à quelque peu rengracier. « Très bien. Nous reparlerons du colonel Morgan et de ce que nous comptons en faire. Je vous ai dit que j’avais l’intention d’envoyer la kommodore Marphissa pour commander la flottille. Je vais lui confier deux croiseurs lourds, deux croiseurs légers et quatre avisos, ce qui nous laissera à la tête d’une force relativement convenable mais toujours, malgré tout, inapte à défendre Midway, et qui devrait vous donner une confortable supériorité numérique sur les forces de Haris et vous permettre en même temps d’appuyer votre débarquement par un bombardement, limité sans doute mais suffisant. »

Drakon opina. « Je ne nie pas que j’aimerais aussi disposer du croiseur de combat.

— Oh ? Regretteriez-vous déjà ce cadeau que vous m’avez fait ? »

Drakon mit un bon moment à comprendre qu’elle le taquinait. Elle devait se sentir de meilleure humeur. « Non. Vous savez vous en servir bien mieux que moi, et je me rends compte que Midway a besoin d’une protection en l’absence des autres vaisseaux. Nous sommes d’accord, donc ? On siffle le coup d’envoi ? »

Iceni ne répondit qu’au bout de plusieurs secondes. Elle fixait la carte stellaire en ruminant des pensées insondables. « Vous rappelez-vous quand ça a commencé ? Quand notre plus grande crainte à tous les deux était de nous faire poignarder dans le dos par l’autre en son absence ?

— Ce n’est plus ce qui vous inquiète ? »

Elle réfléchit un instant puis reprit précipitamment : « Non. Ce qui m’inquiète désormais, c’est de ne plus vous avoir à mes côtés. »

Drakon la dévisagea en fronçant les sourcils, l’air intrigué.

« Vous inquiétez-vous de ce que je risque de faire en votre absence ?

— Non ! Je… Laissez tomber ! Oubliez ce que je viens de dire jusqu’à ce que nous ayons réglé le problème du colonel Morgan. Oui, sifflons le coup d’envoi. Plus tôt nous serons débarrassés du CECH Haris, mieux ça vaudra. »

Plus discret et déférent que jamais, Togo attendait qu’elle eût remarqué sa présence.

Iceni referma le document qu’elle consultait et releva la tête. « Un problème ?

— On m’a demandé de m’assurer que vous étiez consciente des frais qu’entraîneraient les modifications apportées aux cargos chargés de transporter les forces terrestres.