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Elle recula en se fondant dans la pénombre et regagna l’ouverture qu’elle avait pratiquée dans la palissade qui gardait l’immeuble en se déplaçant comme un fantôme. L’éclairage d’appoint s’était allumé et des faisceaux lumineux balayaient la zone dégagée séparant le bâtiment des palissades, en quête de tout individu dont la signature thermique était assez bien camouflée pour interdire aux senseurs à infrarouge de le détecter. Un aéronef passa doucement au-dessus de l’immeuble, bien en vue, ses armes pistant les cibles éventuelles.

On avait pris les mesures les plus extrêmes pour protéger ces terminaux de transmission, assez puissants pour émettre un signal capable de percer le brouillage à grande échelle qui avait succédé à l’interruption générale des communications. Et ces mesures n’apparaissaient pas non plus dans les dossiers des serpents. On les avait bien cachées, non seulement aux espions comme elle mais encore à la majeure partie des serpents d’Ulindi.

Morgan était rarement en proie à l’incertitude, mais, à mesure qu’elle additionnait un et un, une très vilaine image se formait dans son esprit. Même soumis à un examen attentif, Ulindi avait paru affaibli : une cible séduisante avec, en la personne du CECH suprême Haris, un despote qui ne pouvait qu’inciter les dirigeants de Midway à le frapper.

Mais un autre Ulindi perçait sous la surface des apparences, et tout ce qui s’était passé récemment, interruption générale des coms, brouillage intensif, mesures de sécurité supplémentaires, indiquait que quelqu’un cherchait à empêcher sa future victime de subodorer un traquenard avant qu’il ne se referme sur elle.

Toutes ces pensées traversaient l’esprit de Morgan alors même qu’elle visait soigneusement l’aéronef en vol stationnaire et plaçait deux tirs là où ses commandes latérales, sur le flanc qui lui faisait face, étaient le moins bien protégées.

Les armes du coucou pivotèrent dans la direction d’où provenaient les tirs, mais Morgan n’était déjà plus là. Alors que l’aéronef virait sur place pour piquer sur son ancienne position, il fit une féroce embardée, la moitié de ses commandes HS. À si basse altitude, il n’avait aucun moyen de se rétablir avant de glisser assez près de l’immeuble pour le percuter.

Morgan se plaqua au mur du bâtiment, juste derrière l’angle où l’appareil était en train de bruyamment s’autodétruire. Dès que l’onde de choc, la vague de chaleur et les débris eurent dépassé le coin, elle se mit à cavaler vers l’issue qu’elle s’était frayée à travers les palissades. Derrière elle, une partie du mur de l’immeuble s’effondra dans un vacarme prolongé ponctué par les chocs de larges pans de l’aéronef heurtant le sol alentour.

Elle avait réussi à atteindre les palissades quand les premiers tirs se déclenchèrent enfin, lacérant l’espace autour d’elle alors qu’elle s’engouffrait à toute allure dans la voie d’accès qu’elle s’était laborieusement ouverte pour entrer dans le complexe. Elle venait tout juste de dépasser la dernière palissade quand une balle tirée à courte portée lui frappa le bras droit. L’impact la fit culbuter, elle tournoya sur elle-même et s’arrêta au terme d’un bref roulé-boulé, l’arme déjà au poing et braquée sur le garde qui, avant de tirer une seconde fois, avait attendu de voir si elle était morte. Il n’en eut pas l’occasion. Morgan le cueillit au front, juste entre les yeux.

Elle se força à se relever en dépit de la blessure qui l’élançait sourdement, rangea son arme, agrippa le cadavre et s’en servit comme d’un bouclier pour gagner la route périphérique dans la confusion qui régnait.

Postés près d’un véhicule, deux autres gardes regardaient anxieusement autour d’eux, l’arme prête à tirer. « Ce gars est blessé ! leur cria Morgan en leur apportant le corps au petit trot.

— Salement ? s’enquit le premier en abaissant son arme pour faire un pas dans sa direction.

— Hé… ! » Le second s’interrompit pour l’inspecter du regard.

Morgan laissa tomber son fardeau, lui arracha son arme avant qu’il ne touche terre et abattit les deux hommes. Il ne lui fallut que deux secondes pour trouver la clef de contact dans la poche d’un des deux autres, démarrer le véhicule et bloquer les programmes de pilotage automatique du logiciel de commandes. Elle hissa un des cadavres à bord et entreprit de dévaler la route.

Il y avait un poste de contrôle, bien entendu, et, de nouveau, elle cria : « J’ai une sentinelle blessée là-dedans ! » avant de le traverser à toute allure.

Ce qui lui donna le temps de dégager. Mais des tirs poursuivirent le véhicule et elle appuya sur le champignon.

Elle le maintint au plancher pendant environ un kilomètre puis activa le pilote automatique pour s’appliquer un bandage de campagne au bras en puisant dans la trousse de premiers secours. Elle régla ensuite les commandes de manière à ce que le véhicule continue de rouler sur la route à sa vitesse de sécurité maximale, puis en sauta, claqua la portière en même temps qu’elle se laissait rouler au-dehors et dévalait le talus.

Sa blessure la fit souffrir tout du long, surtout quand elle roulait de tout son poids sur son bras blessé.

Elle ne resta sur place que le temps de refaire le bandage afin de stopper l’hémorragie. Elle s’éloigna en zigzaguant de la frénésie qui régnait autour du complexe, consciente que senseurs et traqueurs chercheraient plutôt quelqu’un qui filerait droit devant lui. Elle progressait encore au lever du soleil, mais à peine consciente de tituber le long de la venelle où elle avait préparé une planque un peu plus tôt.

Elle trouva l’accès dérobé, écarta la couverture qui le camouflait, se faufila dans l’espace étroit et réussit tout juste à remettre la couverture en place. Les idées confuses, elle agissait surtout instinctivement pour l’instant, incapable d’échafauder un plan précis pour la suite. Elle sombra dans l’inconscience alors que les mêmes mots se répétaient dans son esprit, cadencés : Faut que je le prévienne… Faut que je le prévienne… Faut que je le prévienne…

« Dans quinze minutes, il ne restera plus que deux heures avant d’atteindre la planète habitée », annonça le technicien Czilla.

Marphissa consulta son écran en fronçant les sourcils. Les cargos réduisaient leur vélocité au mieux de leurs capacités, ce qui ne voulait pas dire grand-chose. La planète n’était plus qu’à quinze minutes-lumière, si proche désormais que les images qu’elle recevait des croiseurs lourds et légers du CECH suprême Haris lui parvenaient presque en temps réel.

Aucun des deux n’avait quitté son orbite autour de la planète au cours des quatre dernières minutes.

Diaz savait ce qui la perturbait. « Pourquoi ne font-ils rien ? Auraient-ils l’intention de se rendre ?

— La moitié de leur équipage doit être composé de serpents ! rétorqua Marphissa. Ils devraient obéir aux ordres de Haris jusqu’au bout, à moins qu’il ne se mutine. Et pourquoi Haris se contenterait-il de les laisser en orbite à se tourner les pouces alors qu’il pourrait les envoyer pilonner nos cargos ? Ils auraient dû se lancer à nos trousses depuis des jours. Il est bientôt temps d’annoncer au général Drakon qu’il doit se préparer pour le débarquement, et ces fichus croiseurs ne bougent pas d’un poil ! Je n’aime pas ça. C’est à croire qu’ils attendent quelque chose.

— Que pourraient-ils bien attendre ?

— Si je le savais… »

Des alarmes braillèrent, pressantes, lui coupant la parole en même temps que des symboles de danger apparaissaient sur son écran.

« Kommodore ! s’écria le technicien Czilla, nous venons de repérer d’autres forces mobiles près de la plus proche géante gazeuse.

— Ils se cachaient derrière depuis notre arrivée, affirma Diaz, qui étudiait avec effroi son écran. Ils devaient savoir que nous arrivions et ils sont restés en position derrière la géante gazeuse pour passer inaperçus, du moins jusqu’à maintenant. Comment étaient-ils au courant et où Haris a-t-il bien pu trouver d’autres vaisseaux ?