Выбрать главу

— Sans doute par des espions. Non seulement ils savaient que nous arrivions, mais aussi à quel moment précis. Ils doivent avoir un bon informateur à Midway. » Marphissa fixait son écran, où les senseurs de ses vaisseaux coordonnaient leurs relevés pour produire une évaluation : un cuirassé, un croiseur lourd, trois avisos. Elle n’avait nullement besoin des senseurs pour confirmer leur identification. « C’est la flottille de Jua la Joie. Celle qui nous a échappé à Midway et a bombardé Kane. »

Le kapitan Diaz secoua la tête, éberlué. « La flottille de Jua la Joie. Mais ce sont des Syndics ! Ils devraient attaquer Haris.

— Ils ne l’ont pas fait. » La seule raison plausible lui frappa l’esprit. « Haris appartient toujours au Syndicat. Forcément. C’est pour ça que la CECH Boucher ne l’a pas attaqué.

— Mais pourquoi se cacher là-bas ? hoqueta Diaz, qui cherchait encore à se remettre de sa stupeur. Pourquoi ne pas nous avoir frappés plus tôt ? Ils sont encore très loin et nous pourrions les semer s’ils décidaient de nous pourchasser.

— Tous nos vaisseaux ne filent pas aussi vite, lâcha Marphissa d’une voix lugubre. Ils ont attendu que nous nous soyons enfoncés assez profondément à l’intérieur du système et le plus loin possible de ses points de saut. Ordonnez à vos techniciens de projeter quelques vecteurs. Et dites-moi s’il existe un moyen d’arracher nos cargos à ce système stellaire avant que le cuirassé ne les rattrape. »

Le visage défait, Diaz reporta le regard sur son écran. Il transmit l’ordre à ses subordonnés puis se pencha vers Marphissa pour lui murmurer à l’oreille : « Je n’ai pas besoin de projeter des vecteurs. Ce cuirassé est en bonne position pour intercepter toute tentative de fuite de nos cargos, à moins qu’ils ne se dirigent vers le point de saut pour Kiribati.

— C’est aussi mon avis, dit Marphissa. J’espérais me tromper. »

Moins d’une minute plus tard, le rapport de Czilla confirmait ses pires appréhensions. « La seule course envisageable pour les cargos s’ils veulent éviter le cuirassé serait la traversée du système stellaire vers le point de saut pour Kiribati dans un espace contrôlé par les Syndics, kommodore. Tenter de retourner à Midway ou d’atteindre le point de saut pour Maui leur vaudrait fatalement d’être interceptés par le cuirassé.

— Si seulement ils étaient plus rapides ! râla Diaz.

— Ils ne le sont pas, dit fermement Marphissa. Autant rêver de disposer de deux cuirassés ou de voir Black Jack réapparaître en un clin d’œil. » Elle fit signe au technicien des trans. « Je dois m’entretenir sans délai avec le général Drakon. »

Le général ne mit que quelques secondes à répondre. Il n’avait pas l’air content. « L’équipage de mon cargo est franchement furieux. Aurait-il raison ? C’est bien un cuirassé syndic ?

— Oui. Commandé par la même CECH du SSI qui a agressé Midway et bombardé Kane. » Marphissa n’allait certainement pas lui dorer la pilule. « Ils nous attendent.

— Quoi qu’il arrive, nous devons absolument transmettre cette information à Midway et faire savoir à la présidente Iceni qu’elle a un sérieux problème de sécurité interne. Quelles sont vos options ?

— Première possibilité : les cargos poursuivent leur route vers la planète habitée et vous y larguent avant que le cuirassé ne puisse vous en empêcher. Ce qui vous laissera une chance de l’emporter dans un combat à la surface, mais, ensuite, vous devrez vous inquiéter du cuirassé qui vous surplombera. Deuxième possibilité : les cargos continuent de l’avant jusqu’au point de saut pour Kiribati au mieux de leur capacité d’accélération et sautent vers cette étoile en espérant qu’aucune embuscade syndic ne les y guette. »

Drakon secoua la tête. « Les supports vitaux, les réserves de vivres et d’eau des cargos ne sont pas illimités, compte tenu du nombre de soldats qu’ils transportent. Il nous en reste juste assez pour rentrer à Midway si l’on annule le débarquement, mais traverser ce système stellaire dans toute sa largeur avant de sauter pour Kiribati les épuiserait pratiquement, même si d’autres vaisseaux syndics ne nous attendent pas au tournant.

— Vous pourriez tenter de revenir ensuite sur vos pas en sautant de nouveau pour Ulindi une fois à Kiribati, en espérant que tous les vaisseaux syndics vous y auront suivi et ne l’atteindront pas avant que ces cargos pachydermiques aient réussi à se retourner. Mais il faudrait mettre dès maintenant vos gens à la portion congrue. Et, même ainsi, vous ne seriez peut-être pas assuré de rentrer avant d’avoir épuisé vos ressources. »

Marphissa n’avait pas souvent travaillé avec Drakon par le passé, et qu’il accepte son analyse de la situation sans même lui demander si elle n’aurait pas une solution plus pratique en magasin, fût-elle irréalisable, l’impressionna beaucoup. « Et tenter de revenir à Midway ou de gagner Maui ? s’enquit-il malgré tout.

— Ni l’une ni l’autre de ces options ne sont envisageables. Le cuirassé vous rattraperait et anéantirait les cargos. Ça ne laisse place à aucune incertitude. Ils sont incapables de le semer avant un de ces points de saut, et mes vaisseaux seront impuissants.

— Très bien. » Drakon la dévisagea en se massant le menton. « Il me semble donc, kommodore, que notre meilleure chance est encore de tenter ce débarquement. Comme vous l’avez dit, ça nous laissera une chance de combattre que nous n’aurions pas autrement.

— C’est ce que je préconiserais moi-même, mon général. Il vous faudra peut-être pointer vos fusils sur l’équipage des cargos pour l’empêcher de prendre ses jambes à son cou avant le débarquement de toutes vos troupes. Mes bâtiments conduiront le bombardement cinétique prévu des cibles de surface, mais, ensuite, vous vous retrouverez livrés à vous-mêmes. Je ferai de mon mieux pour distraire le cuirassé, engager le combat avec lui, voire même l’endommager, mais je ne peux rien promettre. »

Drakon eut un sourire amer, les lèvres crispées en une mince ligne blanche. « Nous avions davantage de vaisseaux quand le cuirassé a attaqué Midway et ils n’ont pas réussi à l’arrêter. À ce que j’ai pu voir de vous, kommodore, et à ce que m’en ont dit la présidente Iceni et le capitaine Bradamont, nous ne pourrions guère exiger un meilleur commandant des forces mobiles pour garder nos arrières contre ce cuirassé. Je sais que vous ferez de votre mieux avec ce que vous avez sous la main.

— M-merci, mon général. » Ce n’était pas la réponse qu’elle s’était attendue à entendre quand elle avait appelé Drakon pour lui annoncer l’affreuse nouvelle.

« Nous allons descendre à la surface, éliminer les forces terrestres syndics et nous éparpiller ensuite, poursuivit Drakon. Si vous réussissez à distraire le cuirassé assez longtemps, nous nous serons suffisamment dispersés pour ne plus nous inquiéter de le voir bombarder chaque mètre carré de la planète dans le seul but de nous frapper.

— Oui, mon général. Nous le tiendrons occupé le plus longtemps possible. Ma flottille escortera vos cargos jusqu’à ce que nous soyons assez près de la planète pour vous permettre de débarquer vos troupes sans qu’elles soient inquiétées par les vaisseaux de Haris. Nous vous protégerons au mieux de nos capacités. Au nom du peuple ! » Marphissa rectifia la position et salua Drakon.

Celui-ci sourit encore et lui rendit son salut. « Au nom du peuple, lui fit-il écho. Si le pire devait se produire, ne laissez pas vos forces s’engager dans une bataille perdue d’avance, qui se solderait par leur anéantissement. Retournez à Midway assister la présidente Iceni. Elle tiendra le coup, Midway tiendra le coup, même si nous devons perdre ici toutes nos forces terrestres. Du moins tant qu’elle aura des gens comme vous à ses côtés. »