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Il mit fin à la transmission, laissant Marphissa fixer le néant en s’efforçant de chasser ses larmes. Bon sang ! Et dire que je me méfiais de lui. « Kapitan Diaz.

— Oui, kommodore ?

— Réfléchissons de concert. S’il existe un moyen de ralentir ce cuirassé, nous devons le trouver. Il faut offrir aux forces terrestres tout le temps dont elles auront besoin.

— Kommodore… » Diaz avait détourné le regard pour lui répondre d’une voix presque inaudible. « Il n’y a aucun moyen. Elles sont fichues.

— Non ! s’écria Marphissa, surprise de la férocité de sa voix. Nous étions fichus, nous aussi, quand les commandes de la propulsion du Manticore sont tombées en carafe. L’auriez-vous déjà oublié ? Mais nous avons trouvé une solution, et eux en trouveront peut-être une aussi. Nous ne renonçons pas, nous allons leur donner tout ce que nous avons dans le ventre et, s’ils meurent sur cette planète, ce ne sera pas faute que nous ayons fait tout ce que l’ingéniosité, la volonté et le courage humains exigent de nous, vous m’entendez ? » Elle avait élevé la voix pour se faire entendre de toute la passerelle. « Tous autant que vous êtes. Nous n’abandonnerons pas, nous ne vacillerons pas tant qu’un de nos soldats sera encore en vie et se battra à la surface de cette planète ! »

Un concert éraillé d’approbations et de vivats accueillit ces paroles, tandis que Diaz relevait aussi la tête pour la hocher vigoureusement. « Technicien des trans, ordonna-t-il, envoyez à toutes les unités une vidéo de la dernière déclaration de la kommodore Marphissa. Vos ordres, kommodore ? »

Quels étaient-ils, ces ordres ? se demanda-t-elle. Se fendre d’une déclaration péremptoire est bel et bon, mais prendre les mesures nécessaires à sa réalisation est autrement malcommode.

Marphissa concentra son attention sur les plus proches ennemis, tant à la surface de la planète qu’à bord des deux croiseurs de Haris. « Puisqu’on doit malgré tout mener l’assaut, nous allons encore escorter les cargos pendant une demi-heure. Ensuite nos vaisseaux se détacheront de leur flottille plus tôt que nous ne l’avions planifié et chercheront à engager le combat avec le croiseur lourd et le croiseur léger du CECH suprême. Nous lancerons le bombardement cinétique à l’heure fixée, mais de plus loin que prévu.

— Nous allons l’éparpiller, objecta Diaz. Pas seulement à cause de la distance supérieure, mais aussi parce que nous larguerons nos projectiles dans l’atmosphère selon un angle plus plat. On ne peut pas bénéficier d’une précision chirurgicale dans ces conditions. »

Marphissa se rembrunit en étudiant le plan du bombardement. Il exigeait de cibler des sections bien précises du QG des serpents, mais Diaz avait raison : leurs chances d’obtenir des frappes parfaites étaient moindres dans ces conditions moins propices. Sous le régime syndic, nul n’avait le droit de se soucier des projectiles qui manquaient leur cible pour aller frapper la ville qui l’entourait, mais Marphissa n’avait aucunement l’intention d’emprunter de nouveau ce chemin. « Il y a peut-être une solution. Indiquez-moi le rayon d’une marge d’erreur circulaire probable pour un bombardement visant le centre du complexe des serpents en tenant compte de la plus grande portée des tirs et de l’angle d’entrée des projectiles dans l’atmosphère. »

Diaz fit signe à ses techniciens de l’armement, qui s’activèrent frénétiquement pendant un instant.

Un cercle apparut sur l’image de l’écran de Marphissa montrant les cibles prévues. Centré sur le QG des serpents, il débordait d’environ quatre mètres de ses limites dans la zone dégagée qui l’entourait. « Voilà la réponse. Ce n’est pas parfait, mais il faudra que ça fasse l’affaire.

— Kommodore, s’enquit un Diaz perplexe, je vous demande pardon, mais je ne…

— Chacun de nos projectiles visera le centre de ce cercle ! La plupart frapperont non loin. Les autres devraient s’éparpiller aléatoirement, un peu partout à l’intérieur, de sorte qu’ils toucheront l’intégralité du QG.

— Mais nous ne pouvons pas en être sûrs, s’insurgea Diaz. Ce n’est que hasard et probabilités. Une toute petite portion de terrain recevra peut-être une dizaine de frappes tandis que les zones voisines resteront intactes.

— Je sais. » Marphissa s’efforçait péniblement de s’exprimer d’une voix égale. « Mais ça reste notre meilleure option, parce que viser des cibles précises se heurtera probablement à la même marge d’erreur pour chaque projectile, sauf que le centre de chaque cercle sera la cible qu’il aura visée. Et chaque cible qui ne sera pas touchée de plein fouet mais essuiera de nombreuses frappes manquées d’un cheveu sera malgré tout endommagée. »

Diaz fit la grimace, se frotta la nuque d’une main puis hocha la tête. « Oui, kommodore. C’est effectivement la meilleure solution si nous voulons endommager autant que possible le complexe en dépit des mauvaises conditions.

— Je veux qu’on garde deux projectiles pour chaque croiseur lourd et un pour chaque croiseur léger. Les forces terrestres auront peut-être aussi besoin de l’appui de quelques frappes supplémentaires. Tout le reste servira au bombardement. Ordonnez à vos techniciens d’apporter ces modifications au plan et, dès qu’il aura été retoqué, faites-le-moi savoir.

— À vos ordres, kommodore. »

Marphissa se pencha ensuite sur les croiseurs de Haris. Elle s’était attendue à ce qu’ils finissent par frapper les cargos avant le début du débarquement des forces terrestres, mais c’était avant l’apparition de la flottille syndic. Il crevait maintenant les yeux qu’on les avait tenus en bride pour éviter qu’ils n’effraient trop tôt les vaisseaux de Midway, avant que ceux-ci ne soient trop engagés dans l’opération pour arracher cargos et forces terrestres au système stellaire.

Si elle se lançait à leurs trousses après le débarquement, ils fuiraient. Elle pourrait les traquer dans tout le système et épuiser dans cette chasse les cellules d’énergie de ses vaisseaux sans aucun espoir de les rattraper. Mais si elle ne s’y résolvait pas… « Avez-vous une petite idée de leurs intentions ? demanda-t-elle à Diaz avant de répondre elle-même à sa question. Ils vont attendre de voir si nous les attaquons. Auquel cas ils fuiront et nous frustreront de notre victoire en nous contraignant à épuiser nos réserves d’énergie. Sinon, ils chargeront notre formation quand les cargos largueront les navettes, semant ainsi un épouvantable chaos et décimant potentiellement nos forces mobiles pendant qu’elles seront sans défense. »

Le regard de Diaz se reporta de Marphissa à son écran, puis il eut un geste d’impuissance. « Je suis d’accord avec vous, kommodore. Que faire, en ce cas ?

— Ni l’un ni l’autre, kapitan. Je ne compte pas les traquer dans tout le système, ni les attendre ici les bras croisés.

— Mais…

— Nous allons fondre sur eux comme pour nous apprêter à les pourchasser, puis, dès qu’ils auront décollé pour nous esquiver, nous freinerons pour rester à proximité des cargos. » Elle secoua la tête. « Non. Rectification : pas tous. Nous aurons besoin de toutes nos réserves d’énergie. Je vais laisser les avisos en position au-dessus du site d’atterrissage des forces terrestres. Ils ne pourront pas grand-chose là-bas, mais au moins leur apporter une sorte de soutien rapproché et préserver leurs cellules d’énergie.

— Et ensuite ? Quand nous aurons avorté la traque des croiseurs de Haris ?