Выбрать главу

— Je m’attends à ce que les cargos s’éparpillent après avoir largué les dernières navettes. À ce stade, le Manticore et le Griffon marqueront le croiseur lourd de Haris, dont je suis certaine qu’il cherchera à éliminer un par un les cargos dispersés. Le Faucon et l’Aigle, eux, marqueront son croiseur léger. Un des vaisseaux du CECH suprême commettra peut-être une erreur. »

Diaz fit la moue. « Mais la flottille syndic ? Et le cuirassé ? »

Marphissa exhala longuement avant de répondre. « J’espère, pendant que nous protégerons les cargos et que nous tenterons d’éliminer les croiseurs, que quelqu’un aura une idée brillante et trouvera un moyen efficace de neutraliser le cuirassé.

— Kommodore…

— Je sais, bon sang ! Sauf si d’autres idées nous viennent, il ne nous restera plus qu’à nous efforcer de ne pas entrer dans l’enveloppe d’engagement des armes du cuirassé. La CECH Boucher ne détachera pas les escorteurs qui lui restent. Le règlement syndic exige qu’ils restent auprès des cuirassés. Elle n’ira pas à son encontre. »

Diaz afficha une mine lugubre. « Si elle le juge nécessaire, Jua la Joie bombardera massivement la planète pour éliminer autant de nos forces terrestres que possible.

— Je sais », répéta Marphissa. Elle n’avait pas mieux sous la main, aucune autre idée en réserve. Elle se contenta donc d’appuyer sur ses touches de com. « Guetteur, Sentinelle, Éclaireur, Défenseur, vous composerez la Flottille 3. Le Sentinelle en sera le pivot. Allez vous mettre en position en orbite basse au-dessus du terrain d’atterrissage des forces terrestres et apportez-leur un soutien rapproché. »

Elle tendit la main vers son écran, désigna les objectifs à intercepter, soit le croiseur léger et le croiseur lourd de Haris, puis attendit la fraction de seconde nécessaire aux systèmes automatisés du Manticore pour établir les manœuvres requises. « Manticore, Griffon, Faucon et Aigle, virez de vingt-trois degrés sur bâbord et de deux degrés vers le bas. Accélérez à 0,2 c. Exécution immédiate. »

Les quatre croiseurs de Midway caracolèrent sous la poussée de leurs propulseurs de manœuvre, leur proue s’inclinant sous la trajectoire qui les aurait conduits au-dessus de la planète. Dès qu’ils se furent stabilisés sur leur nouveau cap, leurs unités de propulsion principale s’allumèrent, les poussant sur un vecteur qui les conduirait en vingt minutes à portée de tir des vaisseaux de Haris.

Marphissa tapota encore plusieurs fois sur son écran pour obtenir la confirmation que les techniciens de l’armement du Manticore avaient bien révisé le plan du bombardement en fonction des nouvelles positions et des nouveaux vecteurs. « Manticore, Griffon, Faucon et Aigle, lancez le bombardement en vous appuyant sur le plan Écho modifié dès que vous croiserez l’objectif sur votre vecteur. »

La bataille pour Ulindi venait de commencer, pour le meilleur ou pour le pire.

Chapitre huit

Les projectiles tombaient sur des kilomètres, accumulant l’énergie cinétique pendant leur chute dans l’atmosphère en même temps qu’ils traçaient dans le ciel des traînées de feu de plus en plus larges. Les pierres avaient été les premières armes dont s’étaient servis les hommes pour se faire la guerre, et ces « cailloux » n’étaient guère qu’une version améliorée des pierres : des projectiles de métal solide dont les dégâts qu’ils infligeaient à leur cible dépendaient avant tout de leur masse et de l’énergie cinétique qu’ils avaient engrangée. Mais, là où les ancêtres de l’humanité projetaient leurs pierres avec une relative imprécision, la technologie et l’ingéniosité de leurs descendants avaient raffiné le procédé au point qu’on pouvait désormais les balancer de très loin, avec une incroyable précision, sur des cibles incapables de les esquiver.

Tels que des bâtiments à la surface d’une planète.

Tel que le complexe du QG des serpents, massivement protégé par des murailles, des barrières, des palissades, des mines et des miradors dressés à intervalle régulier, dont de nombreux niveaux étaient souterrains et protégés par un blindage et des couches de roche à l’épreuve de la plupart des armes.

Les projectiles, eux, heurtaient le sol et désagrégeaient la terre, la roche et les constructions humaines.

Les vibrations du bâtiment qui l’abritait réveillèrent Morgan. Elle reconnut la sensation et, en ouvrant les yeux, ne sachant plus trop où elle se trouvait ni pourquoi, elle se demanda si elle n’était pas la cible ou, du moins, l’une des cibles de l’attaque. L’instant d’après, la mémoire lui revenant, elle éprouva une poussée de joie féroce en se rendant compte qu’il s’agissait d’un bombardement orbital frappant ses ennemis à quelque distance.

Cette flambée ne dura que le temps de se remémorer les événements de la nuit dernière et de recommencer à ressentir la douleur et les courbatures. Elle prit plusieurs profondes inspirations pour tenter de dissiper la souffrance en retrouvant cet état où les limitations physiques ne pouvaient plus l’affecter. Se rendre dans un hôpital pour faire soigner son bras blessé était hors de question. Les serpents avaient dû mettre sous surveillance rapprochée tous les hôpitaux et cliniques dans un rayon de cent kilomètres autour du site de l’émetteur, et ils attendaient sûrement que quelqu’un s’y pointe avec des blessures d’arme à feu.

Elle se contorsionna pour sortir du véhicule la trousse de premiers secours ainsi que les quelques fournitures médicales qu’elle avait subtilisées antérieurement et entassées là en cas de besoin. Panser son bras, arrêter la douleur et le rendre de nouveau fonctionnel exigea de sa part, dans cet espace confiné, une assez pénible gymnastique. Elle devrait en payer le prix plus tard quand il lui faudrait contraindre ce membre à reprendre du service malgré sa blessure, mais il y a toujours un prix à payer. Elle prit également des médicaments pour s’éclaircir les idées et compenser l’hémorragie, puis ingurgita des rations spéciales destinées à accélérer la guérison et la régénération sanguine.

Ayant fait tout ce qu’elle pouvait au rayon des soins médicaux, la douleur soulagée et son bras de nouveau pratiquement en état de servir, elle réfléchit un moment à la situation. Le bombardement signalait que le général Drakon était arrivé. Il devait être aux abords de la planète, voire déjà en orbite. La doctrine en matière d’assaut voulait que le début du débarquement suivît de très près, aussi tôt que possible, le bombardement préliminaire afin de profiter du chaos et de la dévastation qu’il avait engendrés. Les navettes n’allaient plus tarder à larguer leurs troupes.

Il était donc trop tard pour prévenir Drakon. Même si les serpents qui la traquaient avaient à présent mille autres soucis sur les bras consécutivement à l’attaque, elle n’aurait pas le temps de trouver un émetteur assez puissant.

Mais il lui restait à parachever une importante mission. Afin de s’assurer que les serpents ne disposeraient pas de leur poste de commande supplétif pour déclencher les engins nucléaires enfouis sous le sol de la planète, elle avait sans doute fait le travail préalable, mais il lui fallait encore y mettre un point final en s’assurant que les codes se perdent définitivement dans la nature, quand bien même les systèmes du SSI auraient la certitude que tout fonctionnait à la perfection.

Si elle échouait dans cette tâche, le général mourrait. Et elle avec.