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Ce « quelqu’un » était nettement plus compétent que n’est censée l’être une brigade planétaire de professionnels des forces terrestres. « Que chacun de vous ordonne à une compagnie d’établir des positions défensives de l’autre côté de la rue.

— Elles devront venir de…

— J’en suis conscient, fit Drakon, coupant la parole à Kaï. J’ai un mauvais pressentiment. Si nous ne protégeons pas ces aires de débarquement et nos arrières, notre assaut pourrait tourner en eau de boudin avant même d’être lancé.

— Devons-nous avorter les débarquements suivants ? s’enquit Kaï.

— Non ! Tous ceux que nous laisserions dans les cargos se retrouveraient comme au tir forain. Il faut impérativement faire descendre tout le monde avant d’attaquer la base du SSI. Plus tôt ce sera fait, plus vite nous pourrons passer à l’élimination des forces terrestres ennemies survivantes. »

Les navettes recommençaient à se poser dans les rues extérieures au périmètre de sécurité en soulevant des nuages de poussière et en poussant dans tous les sens, avec leurs gaz d’échappement, les véhicules terrestres abandonnés. Les soldats en surgissaient au pas de course dès que les rampes descendaient, puis ils se déployaient et s’engouffraient dans les immeubles déjà occupés face à la base ennemie.

Des symboles de danger réapparurent sur l’écran de visière de Drakon et se multiplièrent à toute vitesse dans les bâtiments d’en face et tout autour du périmètre. Cette fois, les contacts restaient pérennes, et des marqueurs rouges indiquaient que des combats étaient en cours.

« Mes forces commencent à être sous pression de l’autre côté de la rue, fit laconiquement remarquer Kaï. Force ennemie estimée à au moins une compagnie.

— Ici aussi ! annonça Gaiene. On tient bon. »

Les navettes jaillissaient de nouveau vers le ciel pour aller récupérer la troisième et dernière vague d’assaut dans les cargos. Drakon appela les vaisseaux en orbite, mais il ne réussit pas à percer le brouillage établi par les gens de Haris. Il bascula sur le canal du commandant de l’escadrille. « Major Barnes, pouvez-vous voir ce qui se passe au sol, vos pilotes et vous ? »

Barnes répondit distraitement, ce qui était compréhensible. « Ce n’est pas notre première préoccupation, mon général. On nous tire encore massivement dessus. Merde ! Attendez ! » Brève interruption puis Barnes revint en ligne. « Mon coucou a été touché. Rien de grave. Je distingue mal les détails, mon général, mais certains de mes pilotes ont repéré quelque chose d’anormal. D’ordinaire, quand on arrive ainsi sur une cité, on voit les citadins s’enfuir. En voiture, à pied, par tous les moyens. Pas ici. Minute ! » Nouvelle pause. « Mon coucou aura besoin de réparations quand ce sera fini, mon général. Là, nous voyons plutôt arriver du monde. Des véhicules, des groupes de gens à pied, mais pas de foule.

— Pas de foule ? insista Drakon. Des gens entrant en ville à pied mais dispersés. Pas de cohue ?

— Non, mon général. Ils arrivent de partout dans les environs, autant que je puisse le dire. Des forces terrestres, je dirais, rien qu’à leur manière de se déplacer.

— Quand vous aurez gagné assez d’altitude, demandez aux vaisseaux d’essayer de détruire les ponts et d’interdire l’accès aux routes menant en ville.

— À vos ordres, mon général. Compris. Je crois que vous avez encore quatre avisos en soutien rapproché. Avant notre dernière descente, j’ai vu tous nos croiseurs piquer sur ceux de Haris. »

Quatre avisos, ce n’était pas grand-chose mais déjà beaucoup mieux que rien.

Drakon afficha l’échelle sur sa visière. La base ennemie et ses propres troupes se trouvaient un peu à l’écart du centre-ville. Les renforts qui s’approchaient n’arriveraient pas tous ensemble ; il faudrait davantage de temps aux plus éloignés.

Des renforts. La base ennemie serait-elle pratiquement déserte et uniquement défendue par des armes automatisées ? Ou bien Haris leur réserverait-il à terre le même genre de surprises que ce cuirassé syndic dans l’espace ? Pourquoi Morgan ne l’avait-elle pas encore contacté ? Comment avait-elle pu passer à côté de cet appoint des forces terrestres ?

« Mon général, quelque chose ne tourne pas rond… » Malin s’interrompit ; il était de l’autre côté du périmètre par rapport à lui.

« Je le sais déjà. Écoutez-moi bien tous les trois, ajouta Drakon en se connectant également à Gaiene et Kaï. Au lieu de citoyens en fuite, nos coucous ont repéré des forces terrestres en train d’entrer en ville. Nous devons impérativement savoir comment est défendue cette base présentement.

— Elle a tiré sur nos soldats dès qu’ils étaient en vue, affirma Kaï.

— Je l’ai constaté. Mais il crève les yeux que nous aurons à affronter une menace extérieure bien plus sérieuse que prévue. Nous allons devoir mener l’assaut plus tôt et avec des effectifs inférieurs. Tentez de tester les défenses pour voir quelle puissance de feu vous attirez sur vous.

— Je déconseillerais une attaque prématurée, déclara Kaï. Nous aurons besoin d’assez de troupes au sol, non seulement pour pénétrer les défenses de la base mais encore pour tenir le terrain gagné et l’élargir. Elles sont trop peu nombreuses pour l’instant.

— Le colonel Kaï a raison, je crois, approuva Malin.

— Testez les défenses, répéta Drakon. Assurez-vous que cette base est aussi bien gardée que le présumaient nos plans. » Il commençait à mettre sérieusement en doute sa propre décision de ne pas ordonner à ses vaisseaux de bombarder en partie les défenses de la base en même temps qu’ils anéantissaient le QG du SSI. Compte tenu des capacités restreintes des quelques croiseurs de Midway en matière de bombardement, il lui avait paru préférable de s’assurer de la totale destruction du complexe des serpents et de prendre la base intacte avec tout son armement et ses réserves. Cela étant, il ne pouvait plus revenir dessus. Si les croiseurs de Midway avaient correctement suivi le plan, ils avaient épuisé tous leurs projectiles cinétiques.

« Mon général ? » Drakon releva instinctivement les yeux en reconnaissant la voix du major Barnes, le commandant de l’escadrille des navettes, à travers les crachotements des parasites et les ondulations sibilantes du brouillage. « Nous sommes en train de charger, mon général. Nous avons perdu deux coucous, plusieurs autres ont été touchés mais peuvent encore voler. Que devons-nous faire après avoir débarqué la dernière charretée ? »

Le plan prévoyait que les navettes regagneraient les cargos et attendraient en orbite la suite des événements. Mais il n’avait pas prévu, en revanche, qu’un cuirassé ennemi fondrait sur elles. « Quel délai nous reste-t-il avant l’arrivée du cuirassé ?

— Douze heures. Cela dit, l’équipage des cargos se comporte déjà comme s’il était à portée de son armement. Ils s’enfuiront dès que nous aurons décollé avec notre dernier chargement, mon général. Je vous le garantis. Il ne restera plus en orbite un seul cargo auquel nous rattacher après le débarquement. »

Drakon expira pesamment et consulta sa visière d’un œil noir. « Je répugne à vous donner cet ordre, Pancho, mais, cela fait, dites à vos navettes de s’égailler. Restez en orbite basse pour éviter les coucous de Haris encore opérationnels. Demandez à vos gens de trouver où se poser et se cacher jusqu’à ce qu’ils reçoivent l’ordre de redécoller pour nous rejoindre dans la base.

— À vos ordres, mon général. Mais cacher un objet de la taille d’une navette risque d’être malaisé.

— Il vous sera toujours plus facile de vous planquer au sol qu’en orbite ou en vol atmosphérique. Nous avons neutralisé les senseurs orbitaux de Haris. Il faut espérer que ses vaisseaux continueront de se focaliser sur les nôtres et sur nos cargos, et qu’ils oublieront de vous chercher. Il y a de bonnes chances pour que ses forces terrestres concentrent sans relâche toute leur attention sur nous.