Les forces terrestres contraintes de prêter un nouveau serment de fidélité au syndicat.
Iceni invite le Syndicat à revenir à Midway pour rétablir l’ordre.
Drakon aurait infiltré clandestinement de nombreux serpents dans notre système stellaire et leur aurait restitué le contrôle de leur QG.
Batailles rangées en ville ; les forces d’iceni et de drakon luttent pour le pouvoir.
Iceni se déclare seule CECH de Midway.
Drakon projetterait des arrestations en masse.
Iceni envisagerait de rouvrir les camps de travail.
Toutes les élections seraient annulées et tous les élus sous les verrous.
Les forces mobiles auraient reçu l’ordre de bombarder la planète.
Mutinerie des forces mobiles.
Mutinerie des forces terrestres.
Iceni vend Midway à l’Alliance.
Selon les forces terrestres, Drakon serait un traître qui aurait délibérément perdu des batailles contre l’Alliance.
Midway cerné par les Énigmas.
Attaque Énigma imminente. La plupart des défenseurs auraient été envoyés au loin sur l’ordre d’Iceni.
Attaque Énigma imminente. La plupart des défenseurs envoyés au loin par Drakon.
Elle frappa une touche de contrôle assez violemment pour se demander s’il était possible d’endommager une commande virtuelle. « Pourquoi ne met-on pas fin à ces messages ? Pourquoi les diffuse-t-on sur toute la planète ? »
Un chef assistant secoua la tête, terrifié. « Nous l’ignorons, madame la présidente. Vous avez radouci les restrictions sur le contenu…
— Et nous avons repris pleinement le contrôle des mécanismes chargés de diffuser de tels messages. Pourquoi ne les avons-nous pas coupés ? »
Une femme au visage lugubre se chargea de répondre : « On a dû saboter le logiciel de commande. Nous ne pouvons activer aucun des contrôles du censeur permettant de les outrepasser. Nos techniciens informatiques…
— Au diable vos techniciens informatiques ! Coupez tout ! Coupez le courant ! »
La femme battit des paupières de stupeur. « Oh ! mais c’est une solution matérielle ! Je dois contacter…
— Faites-le ! Arrachez les prises !
— À vos ordres, madame la présidente.
— Débranchez tout à part les canaux de com sécurisés, commanda Iceni. Puis rebranchez chaque élément un par un avec des logiciels rechargés. Commencez tout de suite ! Il faut réactiver ces canaux publics pour nous permettre de diffuser nos propres messages et calmer ce foutoir ! »
Elle voyait les foules réagir aux messages, des ondes de colère et de peur parcourir les masses, chaque vague successive exacerbant la précédente. Peu importait que les craintes se contredisent l’une l’autre. Ni même qu’elles paraissent fondées. Les citoyens avaient dépassé le stade de la logique, de la raison et du sens commun, et même leur sauvegarde et leur propre sécurité n’avaient plus sur eux qu’une influence restreinte.
Dans toutes les cités de la planète, les foules étaient sur le point de virer à la populace émeutière.
Iceni frappa une autre touche. « Mobilisez tous les officiers de police et ordonnez-leur de se rassembler dans les commissariats locaux. Rappelez tous les employés du gouvernement dans leurs bureaux, avec l’ordre de se présenter sur-le-champ au rapport. Verrouillez tous les bâtiments gouvernementaux, cote d’alerte Un alpha. Envoyez-moi quelqu’un au QG des forces terrestres. Qui est le responsable là-bas en l’absence du colonel Rogero et jusqu’à ce que nous l’ayons retrouvé ? »
Une femme aux yeux écarquillés fixait Iceni. « Nous… allons faire intervenir les forces terrestres, madame la présidente. »
Tous ceux qui avaient grandi sous la tutelle du Syndicat savaient ce que cela signifiait. Mesures coercitives, munitions réelles, massacre d’autant de citoyens que nécessaire jusqu’à ce que les survivants se soumettent. Si jamais la nouvelle s’ébruitait qu’Iceni envisageait de prendre cette mesure, toutes les manifestations sombreraient dans la violence. « Non ! Nous n’avons besoin des soldats que pour protéger les citoyens ! Faites-le savoir à tout le monde ! On cherche à soulever la population, à lui faire semer le chaos, la mort et la destruction ! Les soldats protégeront les gens et leurs biens ! Maintenant, mettez-moi en relation avec quelqu’un du QG des forces terrestres ! »
Propos bravaches. Idéalistes. Mais, si les rassemblements se changeaient en émeutes à grande échelle, saurait-elle s’y conformer ? Ou bien devrait-elle ordonner qu’on prît les mesures requises pour y mettre fin ?
Iceni fit une pause ; toutes les lignes de communication étaient coupées, de sorte que nul ne pourrait plus la voir, du moins pendant un moment. Elle se pencha pesamment sur son bureau, les bras croisés et la tête baissée, cherchant en elle la force ne pas s’abandonner au désespoir. Elle devait avoir l’air forte, être forte et, surtout, se montrer perspicace. Ses ennemis avaient manifestement un trait d’avance sur elle, et d’ailleurs sur Artur Drakon : une longue partie, mûrement réfléchie, avait atteint le stade où le roi et la reine menaçaient d’être tous deux mis en échec.
Mais la reine restait la pièce la plus forte de l’échiquier.
Elle frappa haineusement une nouvelle touche. « Togo ! Où diable es-tu passé ? »
Pas de réponse. Elle essaya deux autres canaux, dont celui d’urgence, puis frappa une touche différente. « Où est Mehmet Togo ? demanda-t-elle à son directeur de cabinet.
— Je… Je ne sais pas, madame la présidente. » L’homme ne chercha même pas à dissimuler son étonnement, car les allées et venues de Togo relevaient toujours, tout bonnement, des ordres d’Iceni. Nul n’était censé s’interroger sur les activités de Togo ni chercher à les entraver.
« Quand l’a-t-on vu pour la dernière fois ? »
Le directeur de cabinet aboya un ordre à l’intention d’un sous-fifre puis attendit anxieusement la réponse. « On l’a aperçu il y a environ treize heures sur une caméra de sécurité.
— Treize heures ? Minute ! Personne ne l’a vu directement ? Juste un enregistrement vidéo ?
— Oui, madame la présidente. »
Iceni mit fin à la communication et fixa longuement le dessus de son bureau. Togo dispose de tout le matériel qu’il faut pour aveugler les caméras de sécurité et il sait où elles se trouvent. Il ne se laisse jamais pister par l’équipement standard. Pourquoi aurait-il permis à celle-là de le filmer ?
À demi oubliée depuis qu’elle se concentrait sur la situation qui régnait sur la planète, la carte céleste proche de sa table de travail afficha brusquement un brillant symbole d’avertissement à proximité du portail de l’hypernet, en même temps qu’une alarme claironnait pour retenir son attention.
Iceni releva la tête pour étudier l’écran.
De nombreux vaisseaux avaient émergé du portail quelque quatre heures plus tôt. De très gros vaisseaux. Les senseurs de Midway s’affairaient à évaluer les nouveaux arrivants et cherchaient à les identifier.
Iceni se surprit à sourire, les lèvres crispées en un rictus de défi. Vous croyiez déjà à un échec et mat, n’est-ce pas ? demanda-t-elle silencieusement à ses ennemis sans visage.
Vous vous trompiez.
« Quelle est votre opinion ? » demanda Drakon. L’immeuble où il se trouvait vibra sourdement ; une bonne partie venait de s’en effondrer.
« Comme disent les travailleurs, c’est “Fouis ou crève, cochon{Root hog or die. On-dit attesté avant 1823 dans le sud des États-Unis, quand la misère était telle qu’on lâchait les cochons dans la nature pour qu’ils se nourrissent eux-mêmes. (N. d. T.).}”. » Gaiene avait l’air tout content, comme s’il venait d’annoncer une bonne nouvelle. L’origine de l’expression se perdait dans la nuit des temps, mais chacun savait qu’elle signifiait : C’est à toi de faire le boulot, d’échouer ou de réussir. T’es tout seul sur ce coup et, si t’échoues, t’es cuit.