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« Le colonel Gaiene a raison, renchérit Kaï, impassible. Ils ne cherchent pas à opérer des percées en différents points du périmètre extérieur pour tenter de nous isoler les uns des autres. Je constate que la même pression s’exerce sur tout le pourtour, du moins sur la portion que mes troupes défendent.

— Ils cherchent à nous anéantir en nous repoussant vers les forces syndics qui tiennent la base, affirma Malin. Pour l’instant, ils se contentent de maintenir cette pression jusqu’à l’arrivée de toutes leurs forces. Là, nous pourrons nous attendre à un tir de barrage écrasant de toute leur artillerie et de leurs missiles sol-sol, suivi par un assaut général. Il crève les yeux que les forces du Syndicat disposent de bien plus d’artillerie que prévu.

— De bien plus de tout que prévu, corrigea Gaiene.

— Vos recommandations ? demanda Drakon.

— Nous ne tiendrons pas très longtemps, fit laconiquement remarquer Gaiene. Même si nous survivons aux bombardements et que nous nous terrons assez bien dans les décombres pour repousser leurs attaques, notre énergie et nos munitions seront épuisées dans deux jours tout au plus. Impossible désormais de nous faire exfiltrer. Les seules zones d’atterrissage possibles sont couvertes par les armes de la base ou celles des troupes ennemies qui occupent les immeubles d’en face. Nos navettes ne tiendraient pas trente secondes contre la puissance de feu que peuvent aligner ces gens.

— Sans compter que, même si c’était possible, regagner les cargos reviendrait à tomber de Charybde en Scylla quand le cuirassé arrivera, ajouta Kaï.

— Les cargos ne sont plus en orbite, dit Malin. Les navettes ne pourraient que déplacer quelques-uns de nos soldats en restant à la surface avant que les autres ne soient submergés, mais, comme l’a dit le colonel Gaiene, elles ne survivraient pas à une tentative d’atterrissage.

— D’un autre côté, reprit le susnommé, si nous tentions de nous replier au sol, nous ne pourrions battre en retraite que vers l’intérieur. Et nous nous heurterions pile aux défenses de la base. »

Drakon se surprit à sourire, bien qu’il ne ressentît aucune gaieté. « Je vois où vous voulez en venir, Conner. Nous ne pouvons ni tenir ni nous replier. Ça ne nous laisse qu’une seule option.

— Oui, mon général, acquiesça le colonel. En effet. L’attaque.

— L’attaque ? s’étonna Kaï. Une percée ?

— Jamais de la vie, protesta Conner. Ils sont deux fois plus nombreux que nous sur le périmètre extérieur. Je préfère toujours le chemin de moindre résistance.

— Vers l’intérieur, alors ? lâcha Malin. Il est certain que les troupes les moins fiables de Haris sont celles qui tiennent la base, et nous leur sommes supérieurs en nombre. Mais elles se tapissent derrière leurs fortifications et leurs armes fixes.

— Nous ne pouvons pas abandonner le périmètre extérieur, laissa tomber Kaï comme si l’on débattait d’une situation difficile dont les retombées n’auraient aucune incidence personnelle sur lui. Et, dès que les troupes qui nous cernent se rendront compte que nous attaquons la base, elles redoubleront d’assauts contre nous. »

Drakon étudia son écran en ruminant ses choix. « Si nous prenons le contrôle de la base, nous nous retrouverons à notre tour derrière ses fortifications et nous aurons accès à ses fournitures. Nous y serons aussi protégés contre les tirs d’artillerie. Mais il n’y a pas moyen de tenir le périmètre extérieur et d’attaquer vers l’intérieur avec des forces suffisantes pour enfoncer les défenses de la base. Ces demi-mesures nous laisseraient avec trop peu de troupes dans les deux cas.

— Jetons tout dans la balance, suggéra subitement Malin. Lançons tous nos soldats à l’assaut. Renonçons complètement à défendre le périmètre et consacrons toutes nos forces à une attaque de la base. »

Gaiene sourit jusqu’aux oreilles. « Je savais que vous promettiez, jeune homme.

— C’est tout risquer sur un coup de dés, objecta Kaï. Pouvons-nous nous le permettre ?

— Pouvons-nous nous permettre de nous en abstenir ? demanda Malin.

— Il faut agir vite, affirma Drakon. Nos pertes sont de plus en plus lourdes chaque minute qui passe et nous n’avons aucune idée du temps qui nous reste avant qu’ils ne donnent l’assaut du périmètre extérieur. Nous lancerons le nôtre de toutes parts en même temps, en balançant simultanément tous les paquets de paillettes dont nous disposons pour nous couvrir. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer ou d’hésiter, de sorte que nous devrons mener personnellement nos hommes à l’assaut et les obliger à s’activer. » Il déplaça l’index sur l’écran virtuel de sa visière, sachant que tous les hommes, où qu’ils se trouvent le long du périmètre, percevraient les mouvements de son doigt. « Je le conduirai depuis ce quartier ; vous, Conner, de celui-ci ; Bran et vous, Hector, depuis celui-là. Laissez quelques armes automatisées le long de notre ligne défensive extérieure afin qu’elles continuent de tirer de manière autonome pour laisser croire que le périmètre est toujours défendu. Dès que je donnerai le signal de l’attaque, nous l’abandonnerons complètement. Tout le monde devra charger la base.

— La victoire ou la mort, laissa tomber Kaï avec résignation. Mieux vaut ça que se planquer dans un trou à attendre qu’on vienne nous achever, j’imagine. »

Malin interpella Drakon sur un canal privé que ni Kaï ni Gaiene ne captaient. « C’est démentiel, mon général. Je suis sûr que le colonel Morgan approuverait.

— Elle serait assurément surprise que l’idée vienne de vous, répliqua Drakon sur le même canal. Mais, ouais, en effet, ce serait bien d’elle. Morgan est probablement morte, vous savez.

— Oui, mon général, j’en suis conscient. » Impossible de dire ce qu’éprouvait Malin à cet égard. Il mit fin à la conversation sans rien ajouter.

Mais Gaiene intervint tout de suite après. « Ça va sacrément secouer, mon général.

— On survivra, répondit Drakon. Vous avez toujours été mon trio invincible, Kaï, Rogero et toi, dans d’innombrables batailles. Ce n’est jamais qu’un combat de plus, pas vrai ?

— Invincible et indestructible ne sont pas synonymes, fit remarquer Gaiene, l’air mélancolique. Dans la mesure où nous n’aurons vraisemblablement pas l’occasion de reparler, je tiens à vous faire savoir que je recommande chaudement la nomination du lieutenant-colonel Safir à la tête de ma brigade si d’aventure le poste se trouvait vacant dans un avenir proche. Elle est extrêmement compétente, respectée par ses troupes pour tout un tas d’excellentes raisons, et, au demeurant, elle a déjà plus ou moins dirigé la brigade.

— Je m’en souviendrai, répondit Drakon. Mais nous devons absolument nous en tirer, toi et moi, d’accord ? Sans nous, ces gamins ne sauraient plus où donner de la tête.

— Ah oui ! Ces gamins… » Gaiene garda un instant le silence. « J’aurais dû avoir des gosses. Mais je leur aurais fait honte ces dernières années. Mieux vaut qu’il en soit ainsi.

— Conner…

— Ne vous bilez pas, mon général. Je ne vous laisserai pas tomber. Ni moi ni mes hommes. On va prendre cette foutue base.

— Je n’en ai jamais douté, Conner. »

Gaiene le fixa un instant, l’œil sombre, et sa bouche esquissa son sempiternel rictus amer. « À tout à l’heure, mon général.