— Merci, répondit Drakon en s’efforçant de se faire à l’idée qu’il ne reverrait plus Conner Gaiene. Vous êtes promue colonel sur le terrain et affectée au commandement de la deuxième brigade, sur les chaudes recommandations du colonel Gaiene.
— Je… Merci, mon général. Je… Qu’il soit maudit !
— Je sais. Mais il est mort comme il l’avait souhaité. Il faudra vous y habituer.
— J’essaierai, promit Safir. Mon général, mes troupes ont repéré du mouvement dans nos anciennes positions. »
La poursuite avait pris plus longtemps que prévu. Le commandant de la division syndic avait dû craindre que l’assaut de Drakon ne fût une feinte, une ruse pour attirer les soldats du périmètre extérieur à découvert, et il avait donc avancé avec prudence.
Le colonel Kaï semblait un tantinet hors d’haleine mais autrement imperturbable. « On tire des paquets de paillettes en face du secteur 3 », annonça-t-il.
Malin avait opéré sa magie habituelle sur les systèmes opérationnels du centre de commandement. De nouveaux voyants s’allumaient sur l’écran du général à mesure que la besogne entreprise par le colonel permettait à tous les soldats de Drakon d’accéder aux senseurs, systèmes d’armement et plans de la base. Les secteurs qui la divisaient servaient désormais de références aux forces du général comme un peu plus tôt à l’ennemi.
« Contacts au secteur 5 !
— Les toubibs sont arrosés !
— Couvrez-les ! »
Drakon afficha une vue des zones extérieures à la base, où son personnel médical s’activait encore à découvert pour soigner les blessés là où ils étaient tombés et transférer à l’intérieur ceux qu’on pouvait transporter. Des tirs syndics commençaient à provenir des immeubles récemment abandonnés par les forces de Midway, menaçant les médecins qui, avec leur ténacité habituelle, s’entêtaient à sauver tous les blessés qu’ils pouvaient. « Faites sortir des troufions, ordonna Drakon. Pilonnez-moi ces immeubles pour obliger les soldats syndics à rentrer la tête et aidez à transporter les blessés à l’intérieur.
— Mon général, les toubibs disent qu’ils ne sont pas tous transportables…
— Faites rentrer tous les médecins et tous les blessés ! Tous ceux qui resteront dehors mourront sur place ! Exécution !
— Attaque en cours sur le secteur 1. Demandons des renforts.
— Gérez-moi ça ! » ordonna-t-il à Safir. En dépit des pertes endurées pendant l’assaut, il lui restait encore deux fois plus de soldats qu’à la brigade ennemie, en sous-effectif, qui tenait la base avant lui. Mais on continuait de ramener des blessés, quelques médecins s’activaient encore dehors au mépris de leur propre sécurité et il devait maintenant s’inquiéter de plus de mille prisonniers détenus à l’intérieur de la base, ainsi que de la probable présence de serpents planqués quelque part dans ses entrailles. « Malin, assurez-vous que les hommes qui patrouillent en quête de serpents inspectent toutes les cachettes possibles.
— À vos ordres, mon général », réagit aussitôt Malin, dont la voix laissait quelque peu percer l’enjouement que lui inspirait une victoire à tout le moins temporaire, ce qui ne lui ressemblait guère. « Quelques-uns des soldats qui se sont rendus demandent à se joindre aux patrouilles pour débusquer les serpents.
— Négatif. Certains de ces volontaires pourraient être eux-mêmes des agents du SSI. Tant que nous n’aurons pas filtré les prisonniers, tous restent des serpents potentiels. Compris ?
— Oui, mon général. Les senseurs de la base repèrent un attroupement massif de forces ennemies en face du secteur 3. »
Drakon se déplaçait aussi vite qu’il le pouvait dans les tunnels souterrains de l’ex-base ennemie, tandis que les soldats qu’il croisait sur sa route se plaquaient aux parois pour le laisser passer. « Je serai au centre de commandement dans deux minutes. Colonel Kaï, avez-vous de quoi renforcer le secteur 3 ?
— Strictement rien. Tous mes gens sont occupés à surveiller les prisonniers ou à fouiller la base. On est en train d’apporter les derniers blessés. Je me déplacerai ponctuellement chaque fois que ce sera nécessaire pour soulager la pression. »
Cela suffirait, du moins fallait-il l’espérer. « Colonel Safir, si les troupes syndics suivent le manuel, elles devraient se préparer à frapper le secteur 6, de l’autre côté de la base, dans les quelques minutes qui suivront le début de l’attaque du secteur 3. Tenez-vous prête.
— Oui, mon général. Nous finissons de récupérer toubibs et blessés. Ils seront à l’abri dans une minute, mais nous allons perdre quelques-uns des blessés. »
Malédiction ! « Les ramener à l’intérieur était leur seule chance de survivre, lâcha Drakon.
— Je n’en disconviens pas, mon général. Oh-ho ! Arrivée imminente d’un tir de missiles.
— Je le vois. » Des diodes d’avertissement s’allumaient sur la visière de Drakon. « De quelle importance, ce tir de barrage, colonel Malin ?
— On dirait qu’ils ont mis le paquet, rapporta Malin. On va bientôt savoir si cette base a été solidement construite, mon général.
— Espérons que c’est du bon boulot, répondit Drakon en suivant des yeux le tir d’artillerie massif qui n’était plus qu’à quelques secondes de frapper. L’attaque au sol se déclenchera aussitôt après la fin du tir de barrage. Que tous ceux des fortifications extérieures gagnent sans tarder le plus proche bunker anti-explosions ! » Si d’aventure des serpents se terraient encore dans les bâtiments de surface, ils n’allaient pas tarder à comprendre leur erreur.
Il s’engouffra dans le centre de commandement au moment où les missiles frappaient et le monde trembla tout autour de lui.
Chapitre dix
« Il faut faire quelque chose, déclara la kommodore Marphissa. Existe-t-il un moyen de frapper certains des escorteurs du cuirassé de Jua la Joie et de protéger les cargos survivants ? »
Les écrans du Manticore montraient deux boules de débris en expansion à l’extrémité de deux des cargos. Comme elle l’avait craint, Jua avait autorisé quelques-uns de ses escorteurs à s’éloigner assez de son cuirassé pour détruire les capsules de survie dont s’était servi leur équipage dans sa vaine tentative de fuite.
Et Marphissa restait impuissante.
« Kommodore… (un message du Défenseur) nous avons reçu une transmission tronquée du général Drakon. Autant que nous puissions en être sûrs, il nous ordonne d’ouvrir le feu sans délai sur les positions des forces terrestres proches de ses soldats. Nous avons retenu jusque-là celui de nos lances de l’enfer afin de les garder en réserve en cas de tirs de roquettes, attaques d’aéronefs ou missiles de croisière. Demandons instructions. »
Marphissa vérifia la distance. Dans leurs futiles efforts pour protéger les cargos et infliger des dommages au croiseur lourd de Haris, Griffon et Manticore s’étaient éloignés d’environ une minute-lumière sur tribord en direction de la planète. Le message du Défenseur remontait à une minute. Le délai était sans doute conséquent mais pas effroyablement long.
Elle enfonça la touche de com. « Répondez à la requête du général Drakon et ouvrez le feu sur les positions ennemies au sol dès réception de ce message. Frappez-les autant que vous le pourrez avant la surchauffe de vos lances de l’enfer. »
Diaz fixait son écran. « Drakon doit avoir cruellement besoin de renfort. Mais nous ne pouvons pas faire mieux.