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Les tirs d’artillerie lourde ou les roquettes qui s’abattaient juste devant la base faisaient des ravages dans les premiers rangs des assaillants. Ceux qui sortaient indemnes des explosions pour entrer dans une zone qui, trop proche de la base, n’était plus protégée par les nappes de paillettes, se retrouvaient, titubants, sous le feu nourri de ses défenses et des soldats de Drakon. C’était un carnage.

Personne n’applaudissait. À l’instar de Drakon, nombre de ses soldats avaient participé à de semblables attaques par le passé, quand ils étaient encore sous les ordres du Syndicat ; ils avaient eu la chance d’en revenir et ne savaient que trop bien l’effet que ça faisait.

Les coucous ennemis descendaient à présent plus bas et sollicitaient continuellement les défenses antiaériennes de la base, leur interdisant ainsi de s’en prendre à des cibles au sol.

Une deuxième vague d’assaillants surgit de la grisaille, piquant bille en tête. « Le colonel Safir renforce le secteur 6 avec sa compagnie de réserve », rapporta Malin. Une unique goutte de sueur dégoulinait sur son visage, traçant des méandres dans la poussière de ses joues. « Il lui en faudrait davantage.

— Nous n’en avons pas davantage, répondit Drakon en consultant la disposition de ses hommes dans la base. L’ennemi cherche à ce que nous réduisions les défenses de Kaï parce que c’est là qu’il compte attaquer ensuite.

— Beaucoup d’hommes sont occupés à garder les prisonniers, fit calmement remarquer Malin.

— Pas question. Je ne massacrerai pas les prisonniers pour libérer ces soldats.

— C’est une pure question de pragmatisme, mon général. Si nous ne survivons pas, si vous-même ne survivez pas, tout ce travail n’aura servi de rien. »

Drakon secoua la tête. « Vous ne voyez pas l’essentiel, Bran. Si je commence à agir au nom du seul pragmatisme, c’est que j’ai déjà perdu.

— Je peux en donner moi-même l’ordre.

— Sous-traiter le meurtre n’élude pas la culpabilité, rétorqua Drakon. Évaluez plutôt le nombre des prisonniers partout où ils sont retenus et réduisez au minimum nécessaire celui des gardes. Si nous fermions hermétiquement les issues de chaque local et que nous postions des sentinelles devant l’entrée, ça devrait faire l’affaire. Voyez combien on pourrait en libérer ainsi. »

Malin hésita un instant puis hocha la tête. « À vos ordres, mon général. » Il se pencha sur l’écran, le regard fiévreux, et ses mains s’activèrent de nouveau à toute vitesse.

Drakon ouvrit une fenêtre virtuelle lui permettant de voir par la visière de Safir et obtint aussitôt une vue d’ensemble de la ligne de front. Safir se déplaçait de point fort défensif en point fort défensif dans les secteurs tenus par sa brigade, inspectait personnellement ses soldats et s’efforçait de soutenir leur moral. Pendant que Drakon l’observait, il vit l’arme du lieutenant-colonel se relever tandis qu’elle se joignait à un peloton qui déversait un déluge de feu sur un groupe d’assaillants fondant sur un de ces points forts. Le coin qu’ils formaient se fragmenta sous les coups : les soldats syndics battaient en retraite ou tombaient, mais une autre vague arrivait juste derrière.

« Quelle tournure ça prend ? lui demanda-t-il.

— Plutôt moche, mon général, répondit-elle en même temps qu’elle visait et tirait. Une minute ! Tanaka ! Prélevez une section sur le peloton de Badeu et déplacez-la de dix mètres sur la gauche ! Là-bas, où je montre. C’est vu ? Mon général, ils ouvrent par endroits des brèches dans le périmètre. Nous avons réussi à les colmater jusque-là, mais je commence à manquer d’hommes et de nombreuses unités ont épuisé leurs munitions. »

Drakon se tourna vers Malin, qui venait de se redresser. « Deux pelotons, dit-il au général.

— Fournissez-leur des munitions prélevées sur les stocks de la base et envoyez-les à Safir. Colonel Safir, je vous dépêche deux pelotons avec un ravitaillement en munitions. Postez-les où il vous plaira.

— Merci, mon général ! »

Malin fixait son écran. « Les forces syndics devraient maintenant attaquer Kaï d’une seconde à l’autre.

— C’est ce que je me disais. » Tactique conventionnelle consistant à inciter l’adversaire à déplacer ses troupes pour renforcer une position menacée par un assaut violent puis à livrer un assaut d’une violence équivalente sur la zone ainsi affaiblie. Des alertes retentirent au secteur 2. « Les voilà !

— Kaï saura les repousser, lâcha Malin. Si quelqu’un en est capable, c’est lui.

— Je sais. C’est un roc. » D’aucuns s’étaient plaints de la lenteur de Kaï, du temps qu’il mettait à étudier la situation sous tous ses angles avant d’arrêter une décision, de sa prudence à l’heure de l’assaut. Mais, en défense, Kaï restait inébranlable. « Faites-moi savoir si vous avez besoin de quelque chose, colonel Kaï. »

La visière de Kaï montrait une masse de soldats syndics arrivant dans son champ de vision, assez nombreux pour couvrir tout le front du secteur 2. « Il nous faudrait encore des munitions, répondit sereinement le colonel. L’environnement est très riche en cibles potentielles. Si d’autres problèmes se présentent, je ne manquerai pas de vous en informer. »

Les soldats de Kaï et les défenses encore intactes du secteur 2 ouvrirent le feu, perçant des trouées dans les rangs des assaillants.

Malin observait lui aussi le combat et il secoua la tête. « Il faut nous préparer à battre en retraite vers les défenses intérieures, mon général. Kaï ne dispose tout bonnement pas de la puissance de feu nécessaire à arrêter un assaut aussi massif. Le commandant syndic envoie ses hommes au casse-pipe sans se soucier de ses pertes. »

Drakon vérifia où en était Safir, constata que sa brigade était toujours soumise à une rude pression et qu’on ne pouvait en aucun cas prélever des renforts de ce côté. « Établissez un plan de repli. Quelles sont nos chances s’il nous faut absolument abandonner les fortifications extérieures ?

— Minces, dit Malin.

— Faites au mieux. » Drakon vit la vague de troupiers syndics se drosser sur les positions de Kaï, des groupes de plus en plus compacts d’attaquants traverser la zone dégagée par-delà ses lignes alors que le statut de ses réserves de munitions baissait bien trop rapidement, et il comprit qu’elles seraient enfoncées dans les minutes qui suivraient. « Et vite », ajouta-t-il.

Il eut tout juste le temps de remarquer l’alerte qui clignotait sur son écran avant que plusieurs violentes explosions ne se produisent à l’extérieur, creusant d’énormes vides dans les rangs des assaillants du secteur 2. Toute la base trembla sous les chocs, qui ébranlèrent les couches supérieures de la planète comme autant de petits séismes.

Malin s’en était décroché la mâchoire de stupeur. « Bombardement orbital. La kommodore Marphissa avait dû garder quelques projectiles cinétiques par-devers elle, mon général, et elle a réussi à ramener ses vaisseaux au-dessus de nos positions en dépit de la flottille ennemie. »

L’assaut contre la brigade de Kaï avait volé en éclats : les assaillants les plus proches se retrouvaient brusquement isolés, paniquaient, rompaient en visière et refluaient à travers les cratères récemment engendrés par les projectiles cinétiques. Les forces de Kaï, quant à elles, continuaient à cribler d’un feu nourri les rangs ennemis qui battaient en retraite, tant que la débandade leur laissait des cibles à viser.

Drakon vérifia les positions de Safir et constata que, là aussi, les attaquants syndics se retiraient. « Ils craignent sûrement la chute de nouveaux cailloux, commenta Safir avec une joie mauvaise.

— Il n’y en aura probablement plus, la doucha Drakon. Nos vaisseaux ont sûrement balancé leur dernier chargement. Mais ce seul bombardement a dû méchamment affecter les Syndics.