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— Leur CECH les a sacrifiés pour accentuer la pression sur nous. Il ne pourra pas continuer bien longtemps à ce rythme, sauf s’il dispose d’une autre division en arrière-garde.

— Ouais, convint Drakon. Ça a failli marcher, mais, après les pertes qu’ils viennent d’endurer, ils auront le plus grand mal à nous frapper aussi durement sur plusieurs points. »

Peut-être la situation avait-elle évolué, de désespérée qu’elle était, à un peu moins décourageante. Peut-être.

À condition que la kommodore Marphissa ait trouvé un moyen de venir à bout du cuirassé ennemi.

Marphissa vit soudain briller comme une lueur d’espoir quand un nouveau vaisseau émergea du point de saut pour Midway.

Un très gros vaisseau.

Le Pelé. C’était sûrement le croiseur de combat. Il n’allait sans doute pas rétablir l’équilibre des forces, mais au moins donnerait-il une chance. « Je n’arrive pas à y croire ! s’écria-t-elle. Merci, madame la présidente ! Comment a-t-elle pu savoir ? »

Le kapitan fixait son propre écran. « Ce n’est pas le Pelé.

— Quoi ? Comment pourrait-il ne pas s’agir de lui ? Ce vaisseau est trop gros pour n’être pas le Pelé, mais… » Marphissa resta muette un instant, le temps que les senseurs du Manticore affichent l’identification de la nouvelle unité. « C’est le Midway ! »

Elle entendit la passerelle tenter vainement de réprimer des cris de joie. Diaz souriait comme un demeuré. « Notre cuirassé. Ça ne rétablit pas seulement l’équilibre ! »

Auraient-ils oublié que l’armement du Midway n’était ni installé, ni activé ni intégré ? Un bluff pouvait-il encore avoir une incidence sur l’opération ? Marphissa s’apprêtait à refroidir l’enthousiasme général quand arriva le rapport sur le statut du Midway. « Vous voyez ce que je vois ? demanda-t-elle à Diaz. Regardez un peu son statut !

— Presque tout son armement principal est désormais opérationnel, constata Diaz sans cesser de sourire.

— Comment a-t-on… ? Comment la présidente Iceni a-t-elle su que nous aurions besoin de lui ? Est-ce bien réel ? »

Diaz désigna son écran d’un geste. « L’état de son armement fait partie des données classifiées. Le kapitan Mercia pourrait certes vouloir leurrer l’ennemi par des faux-semblants, mais elle ne nous enverrait pas cette information si elle n’était pas exacte.

— Je savais qu’on était sur le point d’intégrer son armement aux systèmes de combat et d’activer tout le bastringue, mais elle a dû sacrément faire claquer son fouet pour obtenir des résultats aussi vite. »

Un message adressé à Marphissa leur parvint juste après l’image de l’arrivée du Midway.

« Tous mes vœux, kommodore, disait Fraya Mercia, assise dans la luxueuse passerelle du cuirassé, l’air miséricordieusement sereine et sûre d’elle. On dirait que nous arrivons à temps. Je compte gagner au plus vite l’intérieur du système et sa planète habitée, à moins que je ne reçoive d’autres instructions. La présidente Iceni s’inquiétait pour nos vaisseaux et les forces terrestres du général Drakon, et je constate que ses craintes étaient fondées. J’attends vos ordres, et je peux vous affirmer que le Midway est prêt à frapper l’ennemi et à venger les citoyens de Kane. »

L’image du kapitan Mercia glissa légèrement de côté, révélant une autre personne assise dans le siège voisin et vêtue d’un uniforme différent. « Nous avons aussi embarqué le capitaine Bradamont. Elle a quelques lumières sur la façon d’affronter les vaisseaux syndics, après tout. Veuillez informer de ma part la CECH Boucher que ce système stellaire sera sa tombe. Au nom du peuple, Mercia, terminé. »

Marphissa pointa l’index sur Diaz. « Kapitan, établissez-moi un vecteur permettant de ramener le Manticore et le Griffon au-dessus des troupes du général Drakon. Je vais ordonner au Faucon et à l’Aigle de nous y rejoindre. Si je connais bien Boucher, elle va cesser de se préoccuper des cargos, ralliera à elle les deux croiseurs de Haris et foncera vers une interception du Midway. » Elle se redressa, rajusta son uniforme, se composa sa plus belle contenance de commandant et appuya sur ses touches de com. « Kapitan Mercia, capitaine Bradamont, nous sommes tous très heureux de vous retrouver. Maintenez votre cap actuel. Je m’attends à ce que la CECH Boucher altère sa trajectoire pour vous intercepter. Nous allons fournir aux troupes terrestres le peu de soutien que nous avons encore en réserve puis nous rejoindrons le Midway avant le contact avec la flottille syndic. Au nom du peuple, Marphissa, terminé.

— Kommodore, Jua la Joie risque d’opter pour frapper le général Drakon avant de s’attaquer au Midway, prévint aussitôt Diaz.

— Non, elle ne le fera pas. » Marphissa tourna vers le kapitan un regard farouche. « Le Syndicat nous attendait à Ulindi. Il connaissait une bonne partie de nos projets et était informé de nos forces. Il a dû dire à Boucher que les armes du Midway n’étaient toujours pas opérationnelles et, se fiant aux critères en usage dans le Syndicat, Jua la Joie en a certainement conclu qu’elles ne pouvaient pas être prêtes en un si bref délai. Elle doit s’en vouloir cruellement d’avoir permis la dernière fois au bluff du Midway de la chasser de notre système. Elle tiendra à contrecarrer ce qu’elle prend pour un nouveau bluff. Sa priorité sera d’engager et détruire le Midway avant qu’il ne puisse s’échapper d’Ulindi. »

Diaz sourit derechef. « Jua va mettre la main dans un piège à loups.

— Et nous serons là quand elle s’y risquera. Mais, avant tout, apportons aux forces terrestres le renfort dont nous sommes encore capables. » Elle afficha l’image de leur dernier statut connu. « Sont-elles encore dans les immeubles ou ont-elles pris la base ? Nous ne pouvons pas déclencher un bombardement si nous ne le savons pas. Demandez à vos gens des trans d’essayer de les contacter.

— Exécution, ordonna Diaz à la technicienne de la passerelle. Dites aux trans que je veux passer en force malgré le brouillage.

— À vos ordres, kapitan. Brouillage et interférences sont encore assez denses, et les émetteurs-récepteurs de nos forces terrestres sont relativement peu puissants. Mais on fera ce qu’on peut. »

Diaz se rejeta en arrière pour étudier son écran, l’air pensif. « J’ai travaillé naguère pour une sous-CECH qui, elle, m’aurait répondu de le faire même si c’était impossible.

— Moi aussi, dit Marphissa. Et même pour trois CECH du même acabit. Au moins nous rapprochons-nous des positions des forces terrestres. Peut-être arriverons-nous à contacter quelqu’un quand nous serons assez près.

— Encore une demi-heure avant de les surplomber directement », rapporta Diaz.

Marphissa s’ébranla de nouveau pour frapper une touche de com. « Sentinelle, pouvez-vous déjà surveiller les activités de surface, les autres avisos et vous ? »

La réponse du Sentinelle mit presque six minutes à leur arriver. « Négatif, kommodore. Nous avons assisté à des combats et vu bouger des silhouettes, mais notre capacité à percer la fumée et les paillettes est encore trop réduite. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’on continue de se battre autour de la base. »