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Drakon s’aperçut qu’il souriait. La deuxième brigade n’était plus commandée par Gaiene, mais il en avait été assez longtemps le chef pour lui imprimer sa marque, surtout depuis que la division de Drakon avait été exilée à Midway et que, conséquemment, de manière assez ironique, elle s’était quelque peu affranchie de la microgestion du Syndicat par la grâce de cette punition. Pendant un bon moment encore, elle se regarderait comme la brigade de Gaiene, et ce n’était pas dommage. Pas dommage du tout.

« J’ai l’impression que le lieutenant-colonel Safir a côtoyé un peu trop longtemps le colonel Gaiene, laissa tomber Malin.

— Il me semble à moi qu’elle l’a fréquenté juste ce qu’il fallait », rétorqua Drakon.

Témoignant peu de patience pour les traînards, le troisième bataillon propulsa les prisonniers désarmés à l’intérieur de la base et referma les poternes. « Bien joué, colonel Safir, lui dit Drakon. Placez les captifs sous bonne garde jusqu’à ce qu’on les fouille individuellement pour trouver toutes les armes qui nous auraient échappé dans la précipitation.

— Tir de barrage en approche, rapporta Malin avant de se tourner vers Drakon. Quatre minutes et quinze secondes. »

Drakon lui sourit, soulagé qu’on eût repoussé les derniers assauts. « Rapide pour une réaction du Syndicat.

— Un fichu spectacle plutôt qu’une prompte réaction de sa part, mon général. » Le sol trembla de nouveau ; le tir avait frappé en dehors du secteur 2. « Les soldats syndics qui nous cernent sauront que ce tir frappe aussi leurs blessés.

— Nous en avons ramené autant que nous le pouvions à l’intérieur, protesta Drakon.

— Nous le savons, mais les forces terrestres syndics présumeront qu’ils sont toujours dehors et que leur propre artillerie les massacre. » Malin eut ce sourire glacial qui lui appartenait. « Ajouté à toutes les pertes qu’ils ont accusées lors des vains assauts d’aujourd’hui… les forces syndics vont se payer de sérieux problèmes de moral. »

Drakon opina, les yeux rivés sur son écran de visière où les nuages de paillettes dérivaient à présent sans dévoiler aucun ennemi. « Il va falloir filtrer les prisonniers pour déceler les recrues potentielles, Bran. Ceux de la brigade qui tenait la base comme ceux qu’on a recueillis dehors. Nous avons subi trop de pertes aujourd’hui. Peut-être trouverons-nous parmi eux des recrues un peu prometteuses. »

Drakon mit une seconde à comprendre qu’il voyait au-delà de l’heure à venir, voire de la journée en cours.

Peut-être avait-il encore un avenir.

Mais ils étaient toujours cernés. En dépit de leurs pertes, les forces terrestres syndics bénéficiaient toujours de l’avantage d’armes de soutien comme l’artillerie et les coucous de l’aérospatiale, et, par-dessus tout, il fallait aussi s’inquiéter du cuirassé.

En termes de chiffres, les deux flottilles qui se ruaient l’une vers l’autre étaient quasiment équivalentes. Chacune disposait d’un unique cuirassé. Maintenant que les croiseurs de Haris l’avaient rejointe, celle du Syndicat se composait aussi de deux croiseurs lourds, d’un croiseur léger et de trois avisos. Aux vaisseaux de Marphissa (deux croiseurs lourds, deux croiseurs légers et quatre avisos) venait de s’ajouter le Midway récemment arrivé.

« Je devrais changer de vaisseau pavillon », déclara la kommodore à contrecœur. Elle s’était rendue dans sa cabine pour discuter en privé avec Mercia et Bradamont, qui se trouvaient pour leur part dans une salle de conférence sécurisée du cuirassé, mais qui, grâce au logiciel de conférence, semblaient être assises à côté d’elle autour de son bureau du Manticore. « Je devrais être sur le Midway. Une navette aurait largement le temps de venir me prendre à bord pour me ramener au cuirassé. »

Le kapitan Mercia détourna les yeux tandis que Bradamont se grattait la gorge. « Kommodore, je recommanderais plutôt que vous restiez sur le Manticore, répondit formellement l’officier de l’Alliance. Pas parce que le Midway présente des défauts, ajouta-t-elle en désignant Mercia d’un geste. Nous tombons tous d’accord pour dire que le Syndicat croit qu’il bluffe encore et que ses armes ne sont pas pour la plupart opérationnelles. Si vous changez de vaisseau amiral, les Syndics verront l’aller et retour de la navette et en comprendront la signification. Ils se demanderont alors si le Midway cherche réellement à les leurrer. Pourquoi vous transféreriez-vous sur un bâtiment dont les armes sont censées ne pas fonctionner ? »

Mercia opina. « Donc, si la kommodore montait à bord du cuirassé, cette démarche inciterait la CECH Boucher à se demander s’il est pleinement opérationnel, ou, tout du moins, s’il est aussi paré au combat que s’y attendent ses experts. Je suis de l’avis du capitaine Bradamont.

— Cela étant, reprit Honore, si vous restiez sur le Manticore alors même que vous avez la possibilité de vous transférer à bord du Midway, cela devrait renforcer les Syndics… pardonnez-moi, les forces du Syndicat dans leur estimation, selon laquelle le cuirassé ne serait toujours pas pleinement opérationnel. »

Marphissa hocha à son tour la tête. « C’est un argument à prendre en considération. Je serai de toute façon très près du Midway et capable de communiquer avec vous sans trop de délai. Je vais donc rester à bord du Manticore. Je tiens à prendre toutes les mesures nécessaires pour réserver à Jua la Joie les pires surprises possibles dès notre premier engagement. » Personne n’avait fait allusion à la plus grande vulnérabilité d’un croiseur lourd tel que le Manticore. La sécurité personnelle du commandant de la flottille n’avait pas à intervenir dans le débat.

« Jua visera la propulsion principale du Midway, ajouta Bradamont. Elle veillera par-dessus tout à ce qu’il ne lui échappe pas.

— Et moi je viserai les siennes, s’esclaffa Mercia. Nous allons tourner en rond comme deux chiens se flairant l’arrière-train.

— Vous avez toutes deux bien plus d’expérience que moi de l’engagement avec un cuirassé, déclara Marphissa. Existe-t-il un autre moyen de mettre rapidement celui de Jua la Joie hors de combat ? À part en endommageant sa propulsion principale, je veux dire ? »

Mercia secoua la tête. « Dans un combat à un contre un ? En une seule passe de tir ? Même si nous avions cette arme furtive de l’Alliance, nous ne pourrions que cibler sa propulsion principale. Mais si nous nous efforçons toutes les deux de frapper la poupe adverse, nous n’arriverons à rien. Aucune ne parviendra à déjouer les manœuvres de l’autre. Ça reviendra à une série de passes de tir frontales qui affaibliront graduellement les deux bâtiments, et, si Jua constate que le sien flanche plus vite, elle trouvera le moyen de fuir et nous échappera.

— Comment nous y prendre, alors ? insista Marphissa.

— Vous avez dit que ça ne pourrait pas marcher si chacun des deux cuirassés cherchait en même temps à s’en prendre à la propulsion de l’autre, fit observer Bradamont en s’adressant à Mercia.

— En effet. » L’interpellée se pencha et s’aida des deux mains pour illustrer les mouvements respectifs des deux vaisseaux. « La CECH Boucher croit que nous bluffons. Elle arrive sur nous pour un choc frontal. Je peux faire mine de panner l’angle de notre proue au moment du contact, ce qui ne la surprendra pas outre mesure puisqu’elle me prendra pour un cadre subalterne ou même pour un travailleur qui aura liquidé ses supérieurs et aussitôt été promu au commandement d’un vaisseau de guerre, d’accord ? Cela devrait donner au cuirassé syndic l’impression qu’il a placé au moins un coup heureux sur ma poupe. Les armes du Midway ne tireront que quelques coups pendant la passe, comme si nous n’avions qu’elles en magasin. Nous en sortirons comme si notre propulsion principale avait été partiellement endommagée par des frappes. Il n’y aura pas de dommages apparents, mais, intérieurement, les raisons pour lesquelles les unités de propulsion principale pourraient flancher après avoir été touchées sont innombrables. Nous nous retournons ensuite et nous piquons sur le point de saut pour Midway, l’air de fuir. Notre bluff est dévoilé et nous sommes touchés. » Sa main décrivit un large moulinet.