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« La CECH Boucher a vu ce qui se passait, déclara Diaz. Son vaisseau vient d’allumer des propulseurs de manœuvre pour retourner sa proue. »

Les vecteurs et points d’interception projetés changeaient rapidement, le cuirassé syndic activant ses propulseurs à plein régime afin de contrebalancer les modifications subitement intervenues dans sa rencontre avec le Midway.

« À toutes les unités, ordonna Marphissa. Feu à volonté dès que vous arriverez à portée. »

Chapitre douze

Tout se passait sans doute très vite, mais on avait pourtant l’impression que le temps s’était figé. Marphissa vit le cuirassé du Syndicat, incapable de refréner son élan à temps, passer en flèche au-dessus de la proue du Midway au lieu de frôler sa poupe. Elle ne vit pas réellement toutes les armes de son bâtiment se déchaîner sur le quart arrière de l’ennemi. Ce fut trop rapide pour que des sens humains l’enregistrent. Pas plus qu’elle ne vit ses croiseurs et ses avisos joindre leurs frappes à ce tir de barrage, ni les armes des vaisseaux syndics riposter. L’angle de tir du cuirassé ennemi était si médiocre que la plupart de ses armes restèrent muettes.

Le Manticore frémit sous plusieurs frappes, mais on n’entendit résonner aucune alarme signalant des dommages sérieux.

Les deux formations se séparèrent plus lentement cette fois. Celle de Midway continua de décrire vers l’extérieur un arc de cercle aplati, tandis que celle du Syndicat s’éloignait à angle aigu.

Marphissa n’attendit pas de recevoir les résultats de l’engagement. « À toutes les unités, virez de cent vingt-cinq degrés vers le haut et accélérez à 0,1 c. Exécution immédiate. » Sa formation incurva de nouveau sa trajectoire dans ce sens, le Midway réactivant complètement sa propulsion principale et tous ses vaisseaux désormais retournés sur le dos par rapport à leur alignement antérieur, ce qui, au demeurant, n’avait aucune incidence sur eux ni sur leur équipage.

Alors qu’ils se retournaient, elle vit s’afficher les premiers rapports sur son écran.

Le cuirassé du Syndicat n’était plus escorté que par un seul aviso. Le croiseur léger s’éloignait en culbutant sur lui-même, tous ses systèmes HS, un des avisos avait explosé et le troisième s’était brisé en trois morceaux qui tournoyaient sur eux-mêmes.

Les quelques escorteurs ennemis rescapés avaient dû concentrer leur feu sur le Manticore. De rares tirs avaient réussi à franchir ses boucliers mais déjà trop affaiblis pour percer son blindage. Aucun autre vaisseau de Marphissa n’avait essuyé de frappes, sauf le Midway, et les tirs que lui avait portés le cuirassé ennemi semblaient n’avoir touché que la zone de sa proue protégée par ses boucliers les plus puissants et son blindage le plus épais.

Marphissa inspira profondément à la vue des résultats des tirs du Midway sur son équivalent syndic. Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait retenu sa respiration jusque-là.

Le cuirassé de la CECH Boucher donnait l’impression que sa poupe et son quart arrière avaient été pilonnés par le marteau d’un dieu. Il cherchait encore à récupérer le contrôle de ses manœuvres, mais, avec la moitié de sa propulsion principale et de nombreux propulseurs de manœuvre détruits, il connaissait de graves difficultés.

« J’aurais aimé voir sa tête, lâcha Diaz. Celle qu’elle tirait quand elle a compris que toutes les armes du Midway étaient opérationnelles et lui pinçaient le valseur au passage. »

Marphissa acquiesça. « C’était sûrement hilarant. Kapitan Mercia, quel est le meilleur moyen d’achever le cuirassé syndic ?

— Faites-nous repasser derrière sa poupe, kommodore. S’il n’a toujours pas recouvré le contrôle de ses manœuvres, nous pourrons lui porter l’estocade, et, sinon, il ne pourra pas non plus nous échapper. J’ai le plaisir de vous annoncer que toutes les armes du Midway ont admirablement fonctionné. »

Marphissa ramena sa formation un peu plus bas et l’orienta vers bâbord de manière à épouser les mouvements oscillants du cuirassé syndic. Le seul aviso qui lui restait lui collait toujours au train, mais sans véritablement lui offrir une protection. « Ils sont en train de remettre le bâtiment en état, déclara Diaz, mais ils rencontrent de nombreux problèmes. Les unités de propulsion principale encore intactes poussent d’un côté de son centre de gravité, et ils font tout leur possible pour l’empêcher de partir en spirale.

— Ils auraient moins de mal à le contrôler s’ils coupaient les unités de propulsion encore en activité, kapitan, avança le technicien des manœuvres.

— Vraiment ? Oui. Je m’en rends compte. Mais ils ne le feront pas parce que la CECH Boucher le leur interdira. » Diaz se tourna vers Marphissa. « Je me trompe ?

— Vraisemblablement pas. Persuader un CECH syndic que réduire la propulsion en un pareil moment reste la meilleure solution serait pour le moins ardu. Boucher se dira qu’elle a absolument besoin de maintenir ce qui lui reste de propulsion à plein régime, même si c’est la pire des décisions puisque son fonctionnement empêche le vaisseau de tenir le cap. Nous allons cibler son autre quart arrière et marteler la propulsion principale du cuirassé jusqu’à sa destruction complète. Il ne pourra pas nous présenter sa proue dans la mesure où sa propulsion principale le pousse dans le sens inverse, tant et si bien qu’il lui faudra tenter de nous tourner le dos pour pivoter entièrement.

— Même s’il cherchait à fuir, nous aurions encore sa proue dans notre ligne de mire, affirma Diaz.

— J’y compte bien. »

Le cuirassé syndic remontant vers l’étoile en vacillant tandis que la flottille de Marphissa s’en rapprochait par-derrière et par au-dessous, on avait davantage affaire à une poursuite qu’aux affrontements des contacts précédents, de sorte que la vélocité relative en était grandement réduite.

Le kapitan Mercia appela. « Nous pourrions encore perdre de la vitesse en approchant, de manière à ramener la vélocité relative assez près de zéro pour que le Midway puisse continuer à pilonner ce fumier, quasiment en vol stationnaire, jusqu’à ce qu’il daigne freiner.

— Pas encore, dit Marphissa. Freiner de cette façon prendrait plus de temps et prolongerait notre approche. Si je lui en laisse le loisir, Jua la Joie finira par comprendre qu’il lui suffit de se retourner pour nous présenter sa proue à temps. Mais je tiens à détruire entièrement sa propulsion principale pour lui interdire de s’échapper. Ensuite, à notre retour, nous arriverons assez lentement sur elle pour frapper son cuirassé à mort aussi longtemps qu’il le faudra.

— D’accord, kommodore. Demande permission d’altérer légèrement mon vecteur lors de l’approche finale, autant que nécessaire pour maximiser mes chances de frapper durement sa poupe.

— Permission accordée. Je dirai aux autres vaisseaux de ne pas se conformer à vos manœuvres cette fois, parce que je ne voudrais pas donner à Boucher l’occasion de dégommer mes escorteurs pendant que le Midway s’orientera pour faire mouche. »

Mercia marqua une pause puis hocha sentencieusement la tête. « J’aurais dû y penser, kommodore.

— Soulever de telles questions est mon travail. Le vôtre est d’éliminer ce cuirassé. »

Ils rattrapèrent et dépassèrent en trombe la flottille cruellement diminuée de la CECH Boucher : nouvel instant fulgurant d’extrême violence. Cette fois, le Manticore tressaillit à deux reprises, et des alarmes retentirent à la fin de la passe de tir.