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« Jua la Joie nous ciblait ce coup-ci, déclara Diaz, l’air fumace. Elle ne pouvait pas toucher le Midway, alors elle a cherché à nous allumer.

— C’est très moche ? s’enquit Marphissa.

— Une batterie de lances de l’enfer et un lance-missiles HS. Pénétration de la coque en deux endroits. Deux morts et une douzaine de blessés. »

Marphissa tiqua intérieurement à l’énoncé de ces pertes, mais elle ne détacha pas le regard de son écran.

Les tentatives hésitantes du cuirassé syndic pour retourner sa proue ne semblaient pas près d’être couronnées de succès. Le Midway avait rudement secoué sa poupe et éliminé toutes ses unités de propulsion intactes sauf une, et il avait aussi cruellement raboté un autre de ses quarts arrière.

Cela étant, le Manticore n’avait pas été le seul escorteur du Midway malmené par les tirs syndics. Le Griffon avait essuyé une frappe, l’Aigle avait perdu une partie de sa propulsion principale et le Faucon était provisoirement inapte à manœuvrer. Marphissa avait sciemment tenu ses avisos à l’écart du cuirassé ennemi durant cet engagement, et c’était vraisemblablement ce qui leur avait épargné de sévères dommages voire la destruction.

Elle chercha sur son écran ce qu’était devenu le seul rescapé de l’escorte ennemie et repéra l’aviso en train de décrire, au maximum de son accélération, une longue parabole qui le conduirait au point de saut pour Kiribati, à l’autre bout du système stellaire.

Elle vérifia aussitôt le niveau des cellules d’énergie de ses propres avisos et secoua la tête. « Il va falloir le laisser filer, dit-elle à Diaz. Nos avisos n’ont plus assez de réserves de carburant pour le rattraper.

— Dommage.

— En effet. » Elle pressa ses touches de com. « Midway, désolidarisez-vous de la formation et opérez indépendamment afin d’achever de désemparer et détruire le cuirassé syndic. Je garderai le reste de la formation en retrait jusqu’à ce qu’on puisse l’approcher en toute sécurité, afin de lui éviter de souffrir d’autres dommages.

— Ce sera fait, dit le kapitan Mercia en montrant les dents.

— Griffon, restez à proximité du Faucon jusqu’à ce qu’il ait recouvré sa capacité de manœuvre puis regagnez tous les deux la formation.

— À vos ordres, kommodore », répondit le kapitan Stein. Elle ne cachait pas son soulagement ; on ne lui avait pas demandé de procéder à une nouvelle passe de tir contre un cuirassé.

Le Midway se retournant pour engager de nouveau le combat avec le cuirassé ennemi, Marphissa entreprit d’inverser la trajectoire de ses autres vaisseaux en les faisant pivoter sur place et en freinant leur élan, avant d’accélérer de nouveau sur le même vecteur mais en direction opposée. Cela étant, contrairement au Midway, elle ne s’approcherait à portée de tir du cuirassé ennemi que lorsqu’on lui aurait arraché les crocs.

Celui-ci n’était plus déséquilibré dans sa course par la poussée latérale de sa propulsion principale, mais il avait perdu nombre de ses propulseurs arrière. Même beaucoup moins massif qu’un cuirassé, un vaisseau peinerait à manœuvrer dans ces conditions, et celui-ci rencontrait de sérieux problèmes. Et, avec une seule unité de propulsion en état de fonctionner, il ne pourrait plus accélérer ni changer de cap assez vite pour s’échapper ni esquiver.

Ne lui restait plus qu’à en découdre avec le Midway et, pendant que Marphissa l’observait, il tenta de nouveau de faire pivoter sa proue à temps pour affronter la dernière charge.

Or les propulseurs de manœuvre et la propulsion principale du kapitan Mercia étaient encore intacts, eux, de sorte que, si le Midway évoquait un poussif pachyderme auprès des vaisseaux plus petits, il n’en restait pas moins un gracieux éléphant au pied léger comparé au cuirassé ennemi blessé.

Le bâtiment de Mercia se servit de sa vitesse acquise pour glisser autour de l’ennemi plus vite que celui-ci ne pouvait se retourner, le ravager sur toute sa longueur, détruire sa dernière unité de propulsion encore fonctionnelle et pulvériser ses senseurs, ses armes et tout ce qui n’était pas protégé par un blindage.

Le cuirassé de la CECH Boucher chancela sous la violence des coups puis se mit à lentement tournoyer sur lui-même sans que ses derniers propulseurs de manœuvre pussent, malgré tous leurs efforts, contrecarrer cette réaction.

Une fois sa vélocité relative réduite à un taux à peu près équivalent à celui du cuirassé du Syndicat, Mercia avait en l’espace de dix minutes remis le Midway en position et entrepris de pilonner systématiquement l’ennemi de la proue à la poupe pour frapper l’une après l’autre toutes ses sections, tout en n’exposant son propre bâtiment qu’à de rares tirs des quelques armes qui lui restaient.

« Je n’ai jamais rien vu de pareil, déclara Diaz, pris d’un effroi quasi religieux à la vue de la destruction méthodique des armes et des propulseurs du cuirassé syndic. On sait pourtant de quel armement et de quelles défenses dispose un cuirassé, mais ce n’est qu’en assistant à un pareil spectacle, quand on voit le nôtre expédier l’une après l’autre des rafales qui déchiquetteraient le Manticore et l’ennemi encaisser tous ces dommages sans broncher qu’on se rend vraiment compte des monstres effroyables qu’ils sont.

— Ce n’est pas jojo, convint Marphissa. Si ce vaisseau n’était pas responsable d’une bonne partie des dommages infligés à Kane, je prendrais presque son équipage en pitié.

— Il doit y avoir à son bord de nombreux serpents qui forcent ces gens à…

— Je m’en fiche, dit la kommodore d’une voix sourde et chargée de colère. Nous aussi, nous avions des serpents à bord, et nous nous sommes rebellés. Eux sont en train de mourir, mais ils pourraient encore réagir. »

Oh, ils réagissaient, certes, mais surtout pour continuer de combattre et de riposter ! Le cuirassé syndic expédiait encore au Midway des salves de missiles, mais à trop courte portée, de sorte que, compte tenu de leur vélocité relative peu élevée, celui-ci pouvait les viser de ses lances de l’enfer et les détruire juste après leur largage. Les rares rescapés échouaient à percer ses boucliers.

Une fois ses missiles épuisés, l’équipage syndic tenta de lâcher des projectiles cinétiques sur le cuirassé de Midway, du moins chaque fois qu’il l’avait dans sa ligne de mire. Mais le Midway recourait à ses propulseurs pour esquiver les cailloux, accompagnant parfois la manœuvre, quand c’était nécessaire, de brusques poussées d’accélération. Aucun lanceur ne réussit à en placer plus d’un avant d’être détruit, puisque, pour pouvoir tirer, il devait s’exposer aux armes du Midway.

Pendant que les escorteurs assistaient au lent démantèlement de l’aptitude au combat du cuirassé ennemi, le Griffon et le Faucon rejoignaient la formation de Marphissa : le croiseur léger avait réussi à remettre assez de ses propulseurs en marche pour manœuvrer.

Le Midway avait déjà méticuleusement canonné les deux tiers de la coque du cuirassé ennemi quand le bâtiment syndic cessa brusquement de tirer.

« Halte au feu ! » commanda Marphissa.

L’ordre parut déplaire à Mercia. « Il reste dangereux.