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— Je sais, mais, s’il se remet à tirer, vous pourrez reprendre la destruction systématique de ses défenses. » Marphissa montra sur son écran l’image du vaisseau ennemi pratiquement couverte de marqueurs rouges signalant ses dommages. « S’ils sont disposés à se rendre, nous aurons toujours l’usage de ce cuirassé, ne serait-ce que pour nous approvisionner en pièces détachées.

— Les serpents ne capituleront pas, kommodore, insista Mercia.

— Je sais cela aussi. Les serpents de mes vaisseaux ne se sont pas rendus non plus. Nous nous en sommes débarrassés. Si l’équipage de ce cuirassé en a plein le dos, il les élimine peut-être en ce moment même.

— Combien de temps dois-je attendre, selon vous ?

— Je vous le ferai savoir. » Marphissa mit fin à la communication, un tantinet agacée. Mercia avait sans doute promis d’accepter son autorité, mais, apparemment, c’était seulement quand elle le jugeait bon. Dès que Marphissa donnait des ordres contrevenant à ses vœux, c’était manifestement une cause de friction.

Ils patientèrent en regardant le cuirassé syndic mutilé tanguer et rouler lentement dans l’espace. « Avons-nous des indications sur ce qui se passe à l’intérieur ? demanda-t-elle.

— Rien de visible, kommodore, répondit Czilla. Ni messages ni signes d’activité, rien que nos senseurs puissent détecter. »

Cinq autres minutes s’écoulèrent paresseusement pendant que Marphissa cherchait à déterminer dans quel délai elle pourrait ordonner à Mercia de rouvrir le feu. Elle était en proie à l’envie perverse de le prolonger à loisir pour punir le kapitan d’avoir montré si peu d’enthousiasme à obéir, mais elle la réprima. « Si rien n’arrive dans les cinq minutes qui viennent, vous aurez la permission de reprendre les tirs. »

Mercia réussit à adopter une voix et une expression toutes professionnelles. « À vos ordres, kommodore. Je vais placer le Midway en position. »

Ne restaient plus que deux minutes quand il se produisit enfin quelque chose.

« Le cuirassé ennemi largue un module de survie, rapporta Czilla. Un autre… deux… trois. Ils sortent en pagaille. Très nombreux.

— Contactez une de ces capsules, ordonna Marphissa. Je tiens à savoir qui abandonne le bâtiment et pourquoi. Kapitan Mercia, continuez de retenir vos tirs jusqu’à ce qu’on sache de quoi il retourne.

— Je ne dois pas viser ces modules ? demanda Mercia.

— Non. Nous ne… Ce n’est plus de mise, du moins là où la présidente Iceni fait autorité.

— “Ô glorieux nouveau monde qui héberge de pareils habitants” », déclama Mercia. La citation classique{Miranda dans La Tempête de Shakespeare. (N. d. T.)} prenait d’ordinaire une tournure sarcastique, mais elle avait décoché à Marphissa un regard qui n’avait rien d’acerbe ni de mordant. « Je me demande parfois si ces nouvelles mesures sont bien réelles, ajouta-t-elle. Jusqu’à ce que je voie ce que font les gens de la présidente quand ils ont l’occasion de les contourner.

— J’espère qu’au moins vous les approuvez, lâcha Marphissa d’une voix plus tranchante qu’elle ne l’aurait souhaité.

— Oui, kommodore. Toutes mes excuses s’il m’est arrivé un peu plus tôt de me comporter trop irrespectueusement. »

Elle semblait sincère, de sorte que Marphissa balaya les excuses d’un geste. « Il faut parfois du temps pour s’adapter à une nouvelle situation.

— En effet. »

S’agissant des modules de survie du cuirassé syndic, il fallut également un peu de temps – quelques minutes – pour en contacter un, tandis que la kommodore attendait avec une impatience croissante.

« Nous avons une capsule en ligne, annonça le technicien des coms du Manticore.

— Montrez-moi ça », ordonna Marphissa.

La fenêtre virtuelle qui s’ouvrit devant elle montrait l’intérieur d’un module de survie syndic standard, bourré en l’occurrence de personnel. En examinant les visages qu’elle distinguait, Marphissa estima qu’il s’agissait de travailleurs puisque rien de visible sous les combinaisons de survie n’évoquait le complet traditionnel des cadres ou des sous-CECH du Syndicat. « Je suis la kommodore Marphissa du système stellaire libre et indépendant de Midway. Et vous ? »

Les travailleurs les plus proches échangèrent des regards puis un homme entre deux âges se lécha les lèvres avant de répondre : « Travailleur en ligne Tomas Fidor. Division cinq de la propulsion. Service de maintenance un. Département de l’ingénierie.

— Que se passe-t-il à bord du cuirassé que vous venez de quitter ?

— Nous l’avons quitté… euh… honorab…

— Je suis à la tête des vaisseaux de Midway dans ce système stellaire, aboya Marphissa, consciente elle-même d’avoir adopté le ton sec du commandement. Nous n’appartenons plus au Syndicat. Je sais déjà que vous avez quitté le cuirassé. Vous a-t-on ordonné d’abandonner le vaisseau ? Des combats se déroulent-ils à l’intérieur ? »

Fidor hocha vigoureusement la tête puis la secoua. « Oui. Non, je veux dire. On ne nous en a pas donné l’ordre. L’équipage s’est passé le mot. Il y a des combats. Les serpents sont cinglés. Ils sont très nombreux. Beaucoup sont morts, mais on n’a pas pu les avoir tous.

— Que reste-t-il de l’équipage à bord ? Et combien de serpents ? »

L’image se troubla. Quelque chose avait interféré avec le signal. Puis elle se rétablit, montrant le travailleur qui souriait nerveusement. « Je ne sais pas. Tout le monde essayait de sortir. Sauf les serpents.

— Où est la CECH Boucher ? Est-elle encore en vie ? »

Le visage de Fidor se convulsa de haine. « Oui, toujours. Personne ne peut l’atteindre.

— S’est-elle bouclée dans la citadelle de la passerelle ?

— O-oui. Nul ne peut y entrer. Ni même s’en approcher.

— Qu’en est-il des citadelles qui abritent le centre de contrôle de l’armement et celui de l’ingénierie ?

— On a abandonné les armes. Il n’y a plus personne dedans. Les systèmes d’intégration de l’armement ont lâché, et on ne pouvait plus tirer depuis le centre de contrôle, si bien que tout le monde l’a déserté. Sauf les serpents. Mais ils ne peuvent rien faire non plus. »

Marphissa scruta l’image du travailleur, les yeux plissés. « Et l’ingénierie ? le pressa-t-elle.

— L’ingénierie ? Euh… l’ingénierie…

— J’essaie de décider si je dois aborder ce cuirassé pour en prendre possession, mentit Marphissa. Je serais très mécontente d’y trouver quelque chose dont j’ignorerais l’existence parce que vous ne m’en auriez pas parlé.

— Je… Vous n’allez pas monter à bord de cette unité ? Ne faites pas ça !

— Ils ont fait un truc, intervint Diaz. Avant de quitter le vaisseau. Captons-nous quelque chose du cuirassé ? »

Le technicien, à son poste sur la passerelle du Manticore, répondit aussitôt : « Des fluctuations mineures dans le cœur du réacteur, kapitan. C’est compréhensible, étant donné les dommages dont a souffert le cuirassé. Divers systèmes doivent se désactiver et se réactiver aléatoirement, imprimant ainsi des fluctuations au réacteur lorsqu’il doit répondre à ces variations dans les demandes d’énergie.

— Qu’avez-vous fabriqué ? demanda Marphissa au travailleur d’une voix sourde mais péremptoire.

— Je n’ai rien fait.

— Que va-t-il arriver ? »

L’indécision se lisait clairement sur les traits de l’homme.

« Je peux demander à n’importe qui d’un autre module, reprit Marphissa sur un ton désormais implacable. Si vous voulez vivre, il faudra qu’un de mes vaisseaux vienne vous recueillir. Donnez-moi maintenant une réponse claire et directe, sans autres manœuvres dilatoires.