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Drakon afficha les données. « Les séquelles d’un bombardement, dirait-on. Non pas massif et concentré mais sous la forme de nombreuses frappes localisées visant une cible distincte. Il pourrait y avoir un rapport avec ce à quoi nous assistons en ce moment dans les lignes syndics, mais je vois mal où la kommodore aurait pu se procurer d’autres cailloux. »

Des pulsations sonores attirèrent leur attention sur un nouveau développement. « Toutes les sources de brouillage puissamment alimentées ont cessé d’émettre dans un rayon de trois cents kilomètres, rapporta un technicien des trans. Quelqu’un cherche à nous contacter sur les fréquences autorisées. Il a nos codes de reconnaissance.

— Où est le problème, alors ? s’enquit Drakon. Il s’agit d’un de nos vaisseaux, n’est-ce pas ?

— Il s’identifie comme le Midway, mon général.

— Le Midway ? » Son cerveau fatigué mit quelques secondes à appréhender la signification de cette information. « Notre cuirassé ? D’où diable arrive-t-il ? Passez-le-moi. »

Drakon reconnut la femme qui le dévisageait depuis son fauteuil sur la passerelle du cuirassé. Iceni et lui étaient convenus ensemble de lui en confier le commandement. « Kapitan Freya Mercia, se présenta-t-elle dans les formes. À votre service, général Drakon. La kommodore Marphissa m’a priée de vous informer que les vaisseaux du Syndicat ont tous été détruits dans ce système stellaire, à l’exception d’un seul aviso qui fuit vers Kiribati et, malheureusement, n’a pu être intercepté. Le Midway est là pour vous apporter tout le soutien qu’il pourra fournir. Nous avons aussi éliminé un bon nombre de menaces à longue portée sur vos positions, ainsi que tous les sites de brouillage en activité couvrant votre région du globe.

— Bienvenue à Ulindi, kapitan », déclara Drakon, prenant seulement conscience de la sécheresse de sa gorge. Il avala en toute hâte une gorgée d’eau puis sourit. « J’ignore comment vous avez fait pour arriver jusqu’ici, mais j’ai grand plaisir à vous voir.

— La présidente Iceni nous a envoyés vous rejoindre dès qu’elle a appris qu’Ulindi risquait d’être un piège.

— Vraiment ? » Drakon avait hâte d’aborder le sujet avec Iceni. « Et vos armes sont opérationnelles ?

— Comme le cuirassé du Syndicat l’a découvert à ses dépens. Aimeriez-vous que nous en fassions la démonstration aux forces terrestres qui vous cernent ? »

Drakon consulta de nouveau les images disponibles des positions syndics où, manifestement, la bataille faisait toujours rage. « Pas encore. Je crois que votre apparition, s’ajoutant au fait qu’on les avait déjà poussés à bout, a incité une bonne partie de ces forces terrestres à revoir leur allégeance au Syndicat à la baisse. »

Elle lui décocha un curieux regard. « Néanmoins, celles qui restent constituent toujours une menace.

— Possiblement. Voire le noyau des forces terrestres d’un Ulindi indépendant. Tous les gens de cette planète appartenaient au Syndicat, kapitan.

— Tous ceux d’ici aussi. On s’habitue difficilement à faire quartier à l’ennemi.

— Il reste au moins une composante ennemie à qui nous ne pouvons pas accorder la vie sauve. Connaissez-vous la localisation du poste de commandement supplétif des serpents ? demanda Drakon.

— Oui, du moins si les informations qu’on nous a fournies sont exactes,

— On doit s’assurer de son élimination, kapitan. Notre agente était censée handicaper leur capacité à faire exploser depuis ce poste de commandement leurs engins nucléaires enfouis, mais nous n’avons pas de ses nouvelles et nous ignorons si elle a réussi.

— Vous n’aurez plus à vous en inquiéter dans quelques minutes, mon général. » Mercia se retourna pour en donner l’ordre.

Malin fixa Drakon. « Mon général, si le colonel Morgan se trouve encore dans le complexe ou à proximité…

— Je sais bien, Bran, je sais bien. » Drakon soutint son regard. « Mais nous ne pouvons pas risquer la vie de tous sur l’hypothèse que Morgan serait toujours en vie à l’intérieur ou à côté du poste supplétif. Si les forces terrestres syndics se désintègrent, les serpents pourraient décider à tout instant de déclencher des explosions, ou, à tout le moins, celle des engins enfouis sous la cité. »

Le visage de Malin se referma. Il hocha la tête sans trahir aucune émotion. « C’est exact, mon général. Nous n’avons pas le choix. Il faut le faire le plus tôt possible. Je sais que vous y réfléchiriez à deux fois si vous aviez le choix.

— En effet. » En dépit de tout ce qu’avait fait Morgan et de tout ce qu’elle risquait de faire encore si elle était toujours en vie, elle l’avait bien mérité, ne serait-ce que pour tous les services qu’elle avait rendus.

Le CECH suprême Haris arpentait d’un pas vif les couloirs du centre de commandement supplétif du SSI. Il se dirigeait vers l’entrée du refuge secret qui lui permettrait d’accéder au hangar camouflé où l’attendait une navette équipée du dernier cri du Syndicat en matière de furtivité. Plusieurs gardes du corps lourdement armés le précédaient et le suivaient à trois mètres.

Haris épongea son front ruisselant de sueur. Il cherchait à comprendre ce qui s’était passé et comment ça avait pu se produire, tout en s’efforçant de ne pas piquer un sprint. Après une entière carrière consacrée à son propre avancement, à pomper la cervelle de ses supérieurs, à se faire muter fréquemment afin de toucher à tout, il n’avait pourtant pas réussi à acquérir de très nombreux talents professionnels. Le travail n’était pas son but ultime. Bien au contraire. C’était une entrave à la promotion suivante.

C’était là un plan de carrière qui s’était soldé par des problèmes inattendus quand on l’avait secrètement prié de s’autoproclamer CECH suprême d’Ulindi. Le plus gros, du point de vue du CECH Haris, c’était qu’en le distrayant de la voie d’accès normale du SSI on l’avait privé de l’espérance d’un nouvel avancement. On lui avait coupé l’herbe sous le pied. L’autre problème, qu’il trouvait exaspérant, c’était son manque d’expérience du travail quotidien, travail qu’il lui fallait abattre lui-même puisqu’il ne pouvait plus compter sur un tiers. Sa moisson actuelle de subordonnés avait montré une fâcheuse tendance à saloper le boulot qu’il aurait dû exécuter lui-même, en dépit de tous ses efforts pour les motiver par des mesures coercitives telles que les arrestations ou les exécutions.

En vérité, il commençait à se demander si ses supérieurs ne l’auraient pas précisément nommé à ce poste à cause de ses lacunes dans tous les domaines, à l’exception du seul carriérisme. S’étaient-ils attendus à ce que les préparatifs ultrasecrets du traquenard qu’ils tendaient aux forces de Midway à Ulindi lui échappent ?

Certes, ils lui avaient bel et bien échappé – il n’avait su que ce qu’on lui en avait dit –, mais en quoi était-ce sa faute ? N’avait-il pas fait tout ce qu’on attendait de lui ? Ç’avait toujours marché par le passé.

Mais, cette fois, tout avait marché de travers. Non seulement les forces terrestres rebelles avaient survécu, mais elles avaient liquidé sa propre brigade et investi sa base. La division syndic s’était décimée elle-même en donnant l’assaut, s’il fallait en croire les rapports qu’il recevait, et elle continuait de se désagréger à la faveur de la mutinerie des travailleurs et de certains cadres exécutifs. La flottille de la CECH Boucher avait été anéantie par un cuirassé que les rebelles n’étaient pas censés lui opposer, du moins apte au combat, et maintenant ce cuirassé rebelle était en orbite et transformait ce qui restait de l’infrastructure visible du SSI d’Ulindi en un tas de ferraille.