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Parfait ! Ses supérieurs l’avaient laissé sans directives et ses subordonnés avaient échoué. Lui-même filait ; ses subalternes et les travailleurs pouvaient bien se garder le foutoir qu’ils avaient eux-mêmes contribué à créer par leur propre incapacité à le seconder convenablement. Mais ça ne durerait pas bien longtemps. Une fois qu’il aurait atteint le refuge, il entrerait les codes qui déclencheraient le compte à rebours, jusqu’à l’explosion de tous les engins atomiques enfouis sous chaque cité de la planète. Lui-même en aurait décollé et serait loin quand le feu nucléaire consumerait ces incapables en même temps que tous leurs ennemis.

Quant à lui, il envisagerait un transfert dans un autre système stellaire, assorti d’une nouvelle occasion de repérer d’autres ouvertures. Sans doute devrait-il témoigner quelque créativité dans sa manière d’accommoder les événements d’Ulindi et de les faire passer pour un succès justifiant une légitime promotion, mais c’était la seule activité pour laquelle Haris avait quelque talent.

Le bout du couloir leur apparut lorsque ses gardes et lui-même tournèrent un angle et franchirent un poste de contrôle dont les gardes n’étaient sûrement pas conscients qu’ils auraient l’honneur de se sacrifier pour couvrir sa fuite. Encore quelques centaines de mètres et…

Le plafond explosa et un rectangle occupant toute sa longueur, large d’environ quatre mètres, fut brusquement surligné par une bande de feu. Haris le fixa, bouche bée, sans reconnaître dans cette coupe franche la bande adhésive explosive qu’elle était, assez puissante pour défoncer instantanément le blindage du plafond, et qu’on avait disposée sur le plancher de l’étage supérieur. S’il avait eu assez de présence d’esprit, il se serait sans doute demandé ce qui était arrivé aux gardes et aux senseurs de contrôle qui surveillaient la section supérieure du complexe.

La portion de plafond détourée par l’explosion s’abattit sur les gardes du corps qui marchaient devant lui. Une minicaméra en surplomb avait certainement couvert le couloir pour en assurer le bon minutage.

Haris n’avait pas vraiment prêté attention à la femme qui, comme plantée sur le plancher d’un ascenseur, se tenait sur le rectangle découpé dans le plafond alors même qu’il tombait. Il n’avait pas remarqué son grand sourire, ni l’arme qu’elle avait à la main et qu’elle déchargea à trois reprises ; et il ne sut jamais que ces trois tirs l’avaient cueilli à la tête avant même que le plafond blindé n’ait eu le temps de broyer les trois gorilles de tête.

Alors que son corps sans vie s’affalait mollement, il n’eut pas non plus conscience de la fusillade tonitruante qui éclatait dans le couloir : ses serre-files venaient de déverser un déluge de feu sur sa meurtrière.

Le bombardement du Midway visant le poste de commandement supplétif caché du SSI zébrait le ciel ; terrifiés, les citoyens se pressaient les uns contre les autres pour observer les féroces trajectoires des projectiles cinétiques. Mais les cailloux ne pleuvaient pas sur eux. En revanche, les bâtiments et les parkings d’une lugubre zone industrielle étaient réduits en un amas de décombres au fond d’un cratère. Quiconque en aurait examiné le contenu aurait découvert au milieu des débris les vestiges de nombreux objets qui n’avaient rien à faire dans une zone industrielle et, à sa profondeur, aurait conclu qu’il s’était élevé sur de nombreux niveaux. Cela étant, la population d’Ulindi avait d’autres soucis pour le moment. Les gens n’avaient pas le temps de s’intéresser à un nouveau tas de ruines, ni de se demander qui avait bien pu y trouver la mort.

Chapitre treize

« Les combats s’apaisent sur les lignes syndics », rapporta le colonel Safir.

Malin adressa un signe de tête à Drakon. « En effet, mon général. Nous voyons un peu partout des signes indiquant qu’ils ont pris fin.

— Mais rien qui permette de déterminer l’identité des vainqueurs ? demanda sèchement le général.

— Non. On se bat toujours en face du secteur 2 et nous voyons des soldats des secteurs 1 et 3 converger vers les zones où la bataille fait encore rage.

— Il semblerait que quelqu’un soit aux commandes, fit remarquer Drakon au technicien des trans. Essayez de faire passer un message aux soldats syndics. Servez-vous des codes et des fréquences en usage avant notre rébellion. Ils devraient pouvoir les lire.

— Que comptez-vous faire, mon général ? demanda Safir.

— Découvrir ce qui se passe avant de prendre une décision. Il y a des moments où il faut faire preuve d’audace, mais celui-là n’en est pas un. Nous ne sommes toujours que deux brigades et, bien que nous ayons infligé de lourds dommages à ces forces syndics, nous en avons aussi essuyé de très sévères. En outre, nous ignorons quels étaient leurs effectifs au départ. Peut-être jouissent-ils encore de la supériorité numérique, des réserves pourraient déjà être en chemin et, autant que nous le sachions, les loyalistes ont liquidé leurs mutins.

— Notre position reste fragile », conclut le colonel Kaï.

Drakon surprit le sourire de Malin. Kaï aurait sans doute encore trouvé leur position fragile s’ils avaient été dix fois plus nombreux que l’ennemi et tapis dans les fortifications les plus solides construites de main d’homme.

Mais Malin se borna à dire : « C’est bien possible. »

Le technicien des trans s’activa plusieurs minutes avant de se tourner vers Drakon. « Mon général, j’ai établi le contact avec un cadre exécutif de troisième classe qui consent à vous parler.

— C’est bien aimable de sa part », grommela Drakon. Il se savait la dégaine d’un homme qui s’est battu désespérément et n’a pas quitté sa cuirasse intégrale depuis trop longtemps, mais ça ferait l’affaire. Tout individu qui présenterait bien après avoir soi-disant mené des troupes au combat dans ces conditions serait vraisemblablement un charlatan et ne mériterait donc pas qu’on négociât avec lui.

Le cadre exécutif de troisième classe avait meilleure allure que Drakon, mais elle n’avait pas non plus l’air fraîche et dispose. « Qu’est-ce qu’un général ? demanda-t-elle à Drakon quand son visage lui apparut.

— L’équivalent d’un CECH.

— Vous êtes un CECH ? »

Sa véhémence incita Drakon à nuancer sa réponse. « Je suis un général. Mes commandants de brigade ne sont pas des sous-CECH mais des colonels. Nous avons cessé depuis un moment déjà d’appartenir au Syndicat. Et de nous conduire en Syndics.

— Vous n’avez pas l’air d’un CECH, admit-elle. Y a-t-il des serpents parmi vous ?

— Aucun qui soit encore vivant à notre connaissance. Nous continuons de filtrer les prisonniers afin de vérifier s’il en reste encore dans leurs rangs.

— Les prisonniers ? » Elle avait prononcé ce dernier mot comme s’il lui était entièrement étranger et parfaitement incompréhensible. « Vous avez fait des prisonniers ? Dans la brigade qui était censée tenir cette base ?

— Un bon nombre, ouais. Et d’autres parmi les assaillants d’une des vagues que vous nous avez envoyées. Nous avons lancé une contre-attaque et ramené à l’intérieur deux cents hommes au bas mot, plus une quarantaine de blessés.

— Vous… Qui êtes-vous ? On nous a dit que vous étiez des renégats aux ordres d’un CECH félon, qui cherchaient à établir une sorte de seigneur de la guerre. »

Drakon sourit. « C’est ce que vous ont raconté votre CECH et les serpents ? Vous les avez crus ?

— Non. » Elle lui retourna son sourire. Sa manière de montrer les dents ne devait pas tout à l’humour. « Tout cela m’a appris qu’ils mentaient, ce que je savais déjà. Mais ça ne me dit toujours pas qui vous êtes.