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Les assauts de Safir se heurtaient à des grumeaux de soldats syndics trop occupés à se combattre les uns les autres pour prêter beaucoup d’attention aux troupes de Drakon. « Débusquez-moi ces serpents ! » ordonna Safir, ses hommes prenant position partout où ils jouissaient d’une ligne de mire dégagée pour en descendre au plus vite autant qu’ils le pouvaient. « Divisez-vous et contournez ce foutoir. Continuez d’avancer jusqu’aux lignes de Gozen et n’en laissez aucun en vie derrière vous ! »

L’assaut se fragmenta tant et plus, les soldats de Safir se divisant en de nombreux petits groupes à mesure qu’ils poussaient leur avance à travers les immeubles dévastés en évitant les tas de décombres et les plus solides poches de résistance. À les voir, Drakon éprouvait une grande fierté, conscient que les troupes régulières syndics n’auraient jamais opéré de cette façon, en misant sur l’initiative individuelle, la rapidité et la faculté d’adaptation pour poursuivre leur attaque, rattraper ou isoler les défenseurs qu’ils rencontraient sur leur chemin. Mais il avait entraîné ses soldats à réfléchir par eux-mêmes, et, dans un tel affrontement, ça se révélait payant.

Et partout où passaient les soldats de Safir les symboles d’un vert vénéneux désignant les serpents s’éteignaient comme des chandelles mouchées.

Lorsque le troisième bataillon atteignit enfin la ligne des défenseurs qui faisait face aux troupes rebelles de Gozen et abattit les serpents qui s’y embusquaient, les derniers loyalistes se bornèrent à lâcher leurs armes pour courir au-devant de leurs anciens camarades, les bras tendus.

« Mon colonel, est-ce normal qu’ils se rendent aux autres forces terrestres du Syndicat ? demanda un lieutenant.

— Ces autres forces terrestres n’appartiennent plus au Syndicat, répondit Safir, essoufflée par la cavalcade à travers le dédale des bâtiments fracassés. Mais veillez à ce qu’ils tombent les armes. Et assurez-vous qu’aucun ne s’esbigne en ville. »

Entre-temps, le deuxième bataillon était arrivé de l’autre côté des anciennes positions syndics, où la plupart des soldats du Syndicat lui livraient les ultimes serpents ou l’aidaient à les éliminer avant de reposer leurs armes et de tenir bien en vue leurs mains vides.

Ceux du deuxième bataillon de Safir marquèrent une pause pour observer les rebelles de Gozen, de l’autre côté d’une faille dans les ruines. Drakon attendit de voir si quelqu’un faisait une sottise, mais, après s’être toisés un instant, chacun des deux bords battit lentement en retraite.

Il grossit l’échelle sur son écran, en quête de symboles désignant des soldats ou des serpents syndics encore actifs, mais, pendant qu’il observait, les dernières poches de résistance cessèrent le combat. « Envoyez des éclaireurs explorer les immeubles de l’autre côté de la rue, ordonna-t-il à Safir. Voyez s’il s’y trouve encore des troufions syndics puis dépêchez des unités à l’intérieur pour vous assurer qu’aucun ne tente de s’éclipser pour se perdre en ville. »

Malin affichait un rare sourire. « Vous avez réussi, mon général. Nos senseurs ne décèlent plus aucun signe de résistance.

— Continuez de surveiller les activités jusqu’à ce que nous soyons bien certains que tous les loyalistes ont été désarmés et rassemblés, ordonna Drakon. Il faut… Je dois répondre à un appel du Midway. »

Entre les récents et chaotiques combats au sol dans les ruines et l’image de la passerelle impeccable et bien ordonnée du cuirassé, le contraste était saisissant. « Où en êtes-vous, kapitan ?

— Général Drakon… » Mercia gesticula vers son propre écran. « Deux navettes viennent de décoller d’une aire de stationnement proche de la position que vous nous aviez demandé de surveiller. Superbe furtivité sans doute, mais les nuages de poussière soulevés par les combats nous permettent néanmoins de les suivre à la trace. Elles accélèrent vers l’intérieur des terres. »

Le CECH syndic responsable de la division des forces terrestres qui venait tout juste d’être défaite avait donc jugé, comme on s’y attendait, que prudence est mère de sûreté. « Deux navettes, apprit Drakon à Malin. Il a dû laisser sur place une bonne partie de son état-major.

— Abandonner à leur sort les travailleurs et cadres subalternes est de tradition syndic en pareil cas, commenta laconiquement Malin.

— Kapitan Mercia, pouvez-vous abattre ces deux navettes ? reprit le général.

— Tout ce que vous voudrez. Si vous préférez minimiser les dégâts, je peux aussi attendre qu’elles se soient éloignées de la cité et les frapper quand elles survoleront la campagne.

— Pourrez-vous les filer jusque-là ?

— La fumée et la poussière se répandent assez densément dans la campagne pour nous permettre de les pister sur au moins trente kilomètres, répondit Mercia.

— Alors descendez-les dès qu’elles seront hors de la ville. Avez-vous repéré autre chose dont je devrais être informé ?

— Le personnel de sites militaires secondaires s’en échappe un peu partout. Je me suis dit que vous tiendriez à récupérer intact leur matériel abandonné et nous avons donc cessé de les bombarder. Nous avons aussi identifié d’importants rassemblements dans des campements extra-muros. Probablement des citoyens de la cité que vous occupez.

— Ça expliquerait pourquoi nous n’avons vu aucun civil durant les combats. Étonnant ! Je ne m’attendais pas à ce que Haris et les serpents s’inquiètent d’une hécatombe de citoyens.

— Je doute qu’on les ait déplacés par souci de leur santé. Plutôt pour de tout autres raisons, vraisemblablement. » Mercia étudiait intensément son écran. « Les deux navettes survoleront la campagne dans trente secondes. Restez en ligne. »

Trente secondes peuvent durer une éternité quand on les égrène l’une après l’autre.

Mercia donna un signal. Les faisceaux de particules des lances de l’enfer du cuirassé en jaillirent et transpercèrent les fuyardes. « Les deux coucous sont cuits. Un de crashé. Deux de crashés. Vous voulez les coordonnées des épaves ?

— Plus tard, s’il vous plaît. » Drakon se disait que, si ça s’était passé différemment, il aurait pu se trouver lui-même à bord d’une de ces navettes en fuite, tandis que, du haut du ciel, le cuirassé syndic l’aurait écrasé comme une mouche avec la même brutale efficacité.

Non. Il serait sans doute mort, mais pas de cette manière. Pas en fuyant. Plutôt debout comme Conner Gaiene, en combattant jusqu’au dernier souffle.

« Colonel Kaï, envoyez une compagnie en ville à ces coordonnées. Vous devriez y débusquer le plus gros de l’état-major de la division syndic. Leur CECH a trouvé la mort en fuyant. Rassemblez ces gens et voyez quels équipements, matériel, codes et autres éléments utiles ils peuvent nous remettre intacts.

— Mon général, le cadre exécutif Gozen aimerait vous parler, annonça le technicien des trans.

— Passez-la-moi. »

Le visage de Gozen lui apparut. Elle avait l’air plus lasse que jamais et les récents événements ne semblaient lui inspirer aucune joie. « C’est fini, hein, général ?

— À moins que le Syndicat ne planque encore d’autres unités sur cette planète.

— Rien de bien dangereux à ma connaissance. Il avait déjà tout mis dans la balance pour vous anéantir. » Elle eut un sourire désabusé. « Ça n’a pas marché.