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Les transports n’apercevraient pas le Faucon avant quatre minutes, et, aussitôt après avoir repéré le croiseur léger, non seulement ils verraient débouler les autres vaisseaux de Marphissa, à mesure qu’ils s’écarteraient de l’étoile, mais encore recevraient-ils son ultimatum.

Que se passerait-il ensuite ? Ça dépendrait en grande partie du nombre de serpents à bord de chaque transport et de la loyauté de son équipage envers le Syndicat.

« Les Syndics n’ont jamais consacré leurs meilleurs vaisseaux au transport des troupes, affirma Diaz, comme en écho aux pensées de la kommodore. Ces transports sont plus lents, moins massivement blindés, équipés de boucliers faiblards et pratiquement désarmés à l’exception de quelques projecteurs de mitraille en défense ponctuelle. Le Syndicat se dit qu’il vaut mieux placer des gens vraisemblablement disposés à se mutiner ou à désobéir de quelque autre manière sur un transport de troupes plutôt que sur un vaisseau de guerre.

— Je l’ai entendu dire aussi, répondit Marphissa.

— Mais c’est la stricte vérité. Pas une rumeur ni même une tentative pour rabaisser l’équipage des transports. Ma sœur a été affectée sur un transport et elle me l’a confirmé.

— Votre sœur ? » Marphissa lui décocha un regard étonné. Elle se rappelait vaguement avoir vu dans les états de service de Diaz une référence à une sœur appartenant aux forces mobiles, mais il n’en avait jamais parlé.

« Elle est morte quand son transport a été détruit », déclara le kapitan sans cesser de fixer son écran, l’air de chercher à se remémorer un événement auquel il avait encore du mal à croire lui-même. « Elle, son équipage et près de cinq cents soldats des forces terrestres quand un vaisseau de l’Alliance a réussi à effectuer une percée entre les escorteurs du Syndicat.

— Je… Je suis désolée. »

Diaz baissa les yeux puis les releva, voilés. « Combien de leurs propres frères et sœurs croyez-vous que j’ai tués ? Je n’en ai aucune idée. Je ne peux même pas haïr l’équipage de ce vaisseau de l’Alliance. J’aimerais qu’il ne se soit jamais approché de celui de ma sœur, mais il y a de bonnes chances pour que tout son équipage ait aussi péri depuis. Sinon dans ce combat, dans un autre peu après. Et il ne faisait que son travail. Non, je hais plutôt le Syndicat pour avoir affecté ma sœur à ce transport, l’avoir envoyé vers cette étoile avec un nombre insuffisant d’escorteurs, pour avoir déclenché la guerre et l’avoir prolongée. Mais ma sœur m’a expliqué, comme elle vous l’aurait dit à vous aussi, que les matelots des transports étaient conscients qu’on les recrutait à ce poste parce qu’ils n’étaient pas regardés comme assez doués ou fiables pour être affectés à des vaisseaux de guerre. C’est la pure et simple vérité. »

Marphissa dut détourner les yeux. « Merci… de m’avoir donné cette… précieuse information, kapitan.

— C’est pour ça que je combats encore, kommodore.

— Je comprends. Le Syndicat a assassiné mon frère et, même si j’ai pu me venger du coupable, ça ne l’a pas ramené à la vie. Tout ce que je peux faire, c’est essayer d’en protéger d’autres. »

Ne restaient plus que deux minutes avant que les transports syndics n’aperçoivent le Faucon et ne reçoivent son ultimatum. Puis trois ou quatre autres, à mesure qu’il s’en rapprocherait, pour assister à leurs premières réactions.

Ses vaisseaux dépassèrent en trombe leur point de rapprochement maximal de l’étoile en aplatissant leur trajectoire parabolique pour contourner sa masse colossale et ses brasiers nucléaires afin de faire converger leur course vers les transports syndics.

Si certains avaient décidé de se rendre aussitôt, elle aurait déjà reçu leurs messages.

« À toutes les unités, transmit-elle. Branle-bas de combat, afin que les vaisseaux syndics nous sachent disposés à riposter. Mais ne tirez sur aucun des transports tant que je ne vous en aurai pas spécifiquement donné l’autorisation. Nous tenons à les laisser le plus intacts possible.

— On a deux fuyards », annonça Diaz.

L’écran de Marphissa afficha en surbrillance ces unités qui avaient allumé leur propulsion principale en même temps que leurs propulseurs de manœuvre leur relevaient le nez pour les orienter vers le point de saut pour Kiribati. Elle tapota sur les deux symboles et l’écran lui fournit instantanément des vecteurs permettant leur rapide interception. « Aux deux transports de troupes du Syndicat qui cherchent à s’échapper, sachez que nous pouvons vous intercepter et vous détruire sans aucune difficulté. Freinez sur-le-champ et maintenez-vous sur votre orbite présente.

— Une transmission de l’unité syndic ULTT 458 vient de nous parvenir, annonça le technicien des trans. “Nous obéissons à vos ordres et nous soumettons à votre autorité.” »

Le symbole représentant l’unité légère de transport de troupes 458 ne correspondait à aucune des deux qui tentaient de s’éclipser. « Griffon, altérez votre vecteur pour une interception de l’ULTT 380, ordonna Marphissa. Faucon, même chose pour la 743.

— Nous avons reçu les messages de reddition des ULTT 236, 643 et 322 », rapporta le technicien des trans.

Une alerte retentit en même temps qu’un symbole disparaissait de l’écran de Marphissa. « L’ULTT 481 a été détruite par une surcharge de son réacteur, annonça Czilla d’une voix lugubre.

— La signature de l’explosion correspond à celle du dispositif de surcharge des serpents, ajouta le technicien de l’ingénierie sur le ton de la fureur impuissante.

— Qu’est-ce que ça va inspirer aux autres ? demanda Marphissa à Diaz. Peur ou défi ? Nous verrons bien.

— Plus que dix minutes avant d’arriver à portée d’armes des transports, dit Czilla.

— Je détecte des coupures du réacteur des ULTT 333 et 712, annonça le technicien de l’ingénierie.

— Vous avez votre réponse, kommodore, exulta Diaz. Certains cherchent à prendre de vitesse les serpents. Ah, l’ULTT 380 décélère !

— Mais la 743 tente toujours de fuir, grommela Marphissa.

— La 532 vient de se rendre. »

Le commandant du Faucon appela. « J’arrive à portée de tir de la 743, kommodore, et elle ne ralentit pas.

— Essayez quelques coups de semonce, ordonna Marphissa.

— Kommodore, les ULTT 333 et 712 se sont rendues, mais elles prétendent devoir rallumer leur réacteur, signala le technicien des trans.

— Informez toutes les unités qui se sont rendues qu’elles doivent nous fournir un statut des serpents qui se trouvent à leur bord.

— Pas de réaction aux coups de semonce, reprit le commandant du Faucon. La 743 continue d’accélérer à plein régime. Je peux la filer aussi longtemps que vous voudrez, kommodore, mais… Des modules de survie viennent de s’en détacher. »

Marphissa vit toute la panoplie des capsules de survie du transport en décoller en une rafale hoquetante.

« Nous recevons des communications de ces modules, rapporta le Faucon. Ils déclarent que les serpents de la 743 ont pris le contrôle des citadelles de l’ingénierie et de la passerelle et se sont barricadés à l’intérieur.

— Les transports n’ont pas de citadelles, contesta Diaz. Les serpents ont dû en improviser.

— Ça ne nous laisse guère le choix, déclara Marphissa. Faucon, tirez sur l’ULTT 743. Visez ses unités de propulsion principale. » Elle fixa son écran d’un œil mauvais, consciente qu’une fraction importante de l’équipage de la 743 devait être restée piégée à son bord, puisqu’il n’y avait pas assez de modules de survie pour tout le monde. Elle se demandait si l’on avait tiré les places au sort de manière équitable et disciplinée, ou si des luttes sanglantes s’étaient déroulées dans la soute des modules, hommes et femmes s’écharpant pour s’emparer de ce qui était peut-être leur dernière planche de salut.