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Elle se rendit compte qu’on avait relayé sa question en voyant tous les rescapés de l’équipage du transport de troupes qui entraient dans son champ de vision secouer la tête avec plus ou moins de violence.

« Ils disent tous que non, kommodore. Je suis du même avis, ajouta le commandant du Faucon. À ce qu’a pu constater notre équipe d’abordage, la 743 n’est plus qu’une épave. Avant de mourir, les serpents ont incendié tous les systèmes et circuits qu’ils avaient sous la main, la structure de la coque a été sérieusement éprouvée par nos frappes et le noyau du réacteur est fluctuant à cause du traitement qu’ils ont fait subir à ses contrôles. »

Les autres problèmes auraient sans doute pu prendre une tournure différente, s’aggraver ou s’améliorer, mais pas celui d’un réacteur au mieux instable. « Réglez ce réacteur sur autodestruction. Pouvez-vous prendre tous les rescapés à votre bord ?

— Oui, kommodore. On sera un peu à l’étroit, mais ça ira.

— Placez-les sous bonne garde jusqu’à ce qu’on puisse les trier, ajouta Marphissa. Réglez le minutage de l’explosion sur une demi-heure après avoir rompu le contact avec la 743.

— Une demi-heure seulement ?

— Oui. Si ça se passait mal et qu’il n’explosait pas, je ne tiens pas à vous voir pourchasser ce transport jusqu’à mi-chemin du point de saut pour Kiribati afin de le rattraper et de vous assurer de sa destruction. »

Marphissa étudia de nouveau son écran d’un œil irrité. « Le Faucon ne pourra pas prendre à son bord tous les survivants des modules, apprit-elle à Diaz. Il sera déjà comble avec ceux de la 743. » Elle fixa encore son écran avec humeur puis enfonça ses touches de com. « Griffon, Aigle, détachez-vous de la formation et allez récupérer les capsules de survie de l’ULTT 743. Le kapitan Stein du Griffon sera aux commandes jusqu’à ce que vous ayez rejoint la flottille. »

Trente minutes plus tard, les vestiges de l’ULTT 743 disparaissaient dans la décharge d’énergie consécutive à la surcharge de son réacteur, le Faucon rejoignait la flottille, le Griffon et l’Aigle entreprenaient de récupérer les survivants et Marphissa donnait aux autres unités l’ordre de regagner la planète habitée d’Ulindi.

Les défaites sont toujours sinistres, mais les victoires elles-mêmes peuvent être foutraques.

La petite région de la planète habitée tournant autour d’Ulindi ressemblait à un chantier de construction, telle une balafre infectée au beau milieu de champs verdoyants et de bouquets d’arbres. Drakon descendit la rampe d’accès de la navette et adressa un signe de tête aux officiels indigènes fébriles qui l’attendaient à son pied. « C’est ici ? demanda-t-il.

— Entre autres », répondit un jeune homme en chevrotant.

Le général s’approcha d’une excavation toute fraîche et plongea le regard au fond du cratère sur les cadavres enchevêtrés encore souillés par la terre qui les avait ensevelis. La fosse commune semblait contenir les dépouilles de plusieurs centaines d’hommes et de femmes. « Ils ont l’air morts depuis des semaines, dit-il sans chercher à cacher son écœurement.

— Oui, honorable… Je veux dire oui, général, confirma un ancien. Nous savions qu’il y avait eu un grand nombre d’arrestations, que les serpents n’avaient pas seulement rassemblé tous ceux qu’ils suspectaient mais qu’ils avaient encore pris des citoyens au hasard pour terroriser l’ensemble de la population et la contraindre à se soumettre. Mais nous les croyions internés dans des camps de travail » Sa voix se brisa sur ces derniers mots.

« Vous avez une idée précise de leur nombre ?

— Nos archives sont un vrai foutoir, reconnut une femme d’une voix triste et lasse. Les serpents ont fait exploser des bombes virtuelles dans toutes nos bases de données et sur tous nos réseaux dès qu’ils ont compris qu’ils couraient à leur perte. Nous en sommes revenus au papier et au crayon pour tenter de reconstituer les données à partir de sauvegardes illicites des enregistrements détruits.

— Au pif, nous avons affaire à des milliers de morts, reprit le jeune homme.

— Et pendant les combats ? demanda Drakon. Combien ont-ils été molestés pendant que nos forces se battaient contre celles du Syndicat et de Haris ?

— Vos pertes… militaires, général ? demanda l’ancien, l’air interloqué. Nous ignorons…

— Non, reprit patiemment Drakon. Les citoyens. J’ai cru comprendre qu’on avait évacué la cité avant notre atterrissage. Combien ont-ils été touchés pendant les combats ? »

Tous avaient l’air choqués de voir un supérieur exprimer de l’inquiétude pour le sort de travailleurs et de leur famille. « Pas trop, répondit quelqu’un. On avait ordonné aux citoyens de quitter la cité que vous avez attaquée avant que vous ne bombardiez le QG du SSI.

— Ils avaient peur qu’on se soulève et qu’on s’en prenne aux troupes syndics qui vous agressaient, affirma un autre. Nous n’étions pas armés, nous n’avions pas de chef, nous ne pouvions rigoureusement rien faire. Mais les serpents se voient des ennemis partout.

— Amusant, n’est-ce pas ? lâcha l’ancien. Ils ont sauvé beaucoup des nôtres de crainte de nous voir nous en prendre à eux et ils nous ont forcés à quitter la ville avant le début des hostilités.

— Reste-t-il des chefs parmi vous ? » s’enquit Drakon.

Les autochtones échangèrent des regards. Aucun ne semblait pressé de revendiquer ce titre ni de citer des noms. Drakon en connaissait la raison, bien sûr. Ils ne se fiaient pas assez à lui pour le croire incapable d’arrêter quiconque risquait de se révéler un meneur. « Écoutez-moi bien, vous tous, reprit-il comme s’il s’adressait à ses soldats. Ni mes hommes ni moi-même ne comptons nous attarder à Ulindi. Nous devions débarrasser cette région du Syndicat et de Haris parce qu’ils représentaient une menace. Ce système stellaire est le vôtre. Vous devez constituer un gouvernement capable d’arrêter des décisions, de planifier et de coordonner des actions. Vous avez eu votre content du Syndicat. Une de ces décisions aura trait à votre alignement volontaire sur le système stellaire de Midway. Nul ne vous contraindra à vous rallier à Midway, mais nous cherchons à instaurer un traité de défense mutuelle destiné à protéger tous les systèmes voisins du Syndicat, des seigneurs de la guerre et des Énigmas. »

Tous le dévisagèrent de nouveau. L’un d’eux finit par prendre la parole. « Les… Énigmas ?

— Vous avez forcément entendu des rumeurs à leur sujet même si le Syndicat voulait tenir leur existence secrète. » Drakon montra le ciel. « Une espèce extraterrestre intelligente et hostile. Elle a chassé le Syndicat de certains systèmes, tels que Hina et Pelé, et ils ont cherché plus d’une fois à annexer Midway.

— Des bruits ont couru, en effet, confirma une femme. Vous les savez fondés ?

— Les Énigmas ont attaqué Midway. J’ai vu moi-même leurs vaisseaux.

— Vous n’êtes venus que pour déboulonner Haris et le Syndicat ? s’enquit une voix éberluée. Mais, maintenant qu’ils ne sont plus là, qui va gouverner ?

— Qui voulez-vous mettre au pouvoir ? demanda Drakon. Je vais vous laisser des enregistrements d’événements survenus récemment dans des systèmes stellaires comme Taroa, Kane et Midway. Nous – et j’entends par ce “nous” les soldats de mes forces terrestres et les équipages de nos vaisseaux – allons vous faire un cadeau. Un cadeau dangereux. Nous allons vous laisser décider de qui vous gouvernera et comment. Nous vous conseillerons. Nous vous montrerons ce qui s’est passé ailleurs, les choix et les erreurs que d’autres ont faits.